FNH N° 1233

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026

Recherche scientifique Le Maroc bute encore sur le mur de l’impact et du transfert technologique

l’effort de R&D sont portés par le secteur privé. Au Maroc, cette part reste très limitée. L’enjeu est donc d’ancrer davan- tage la recherche dans le tissu productif et de renforcer son rôle comme levier de compétitivité économique. F. N. H. : Est-il difficile de transformer un projet de recherche en innovation industrielle ou en startup ? A. K. : La transformation d’un résultat de recherche en innova- tion industrielle reste un processus exigeant. Elle suppose une chaîne com- plète - maturation technologique et commerciale, prototypage, financement early-stage, incu- bation, accompagnement, etc. -, qui demeure peu développée. De nombreux projets à fort potentiel existent, mais peinent à franchir ce que l’on appelle dans le jargon du transfert technologique «la vallée de la mort», pour arriver au stade de l’industrialisation. On pourrait résumer la situation ainsi : notre système national de recherche produit des connais- sances et des idées, mais nous devons mettre en place les méca- nismes et les financements néces- saires pour accélérer leur transfor- mation en innovations. F. N. H. : Des structures, comme l’Unité de gestion des fonds, permettent-elles réellement de changer la donne ? A. K. : L’Unité de gestion des fonds (UGF) de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) constitue une évolution très positive dans le pilotage du système de recherche et d’innovation. Elle apporte une professionnalisa- tion accrue de la gestion des pro- jets de recherche et de transfert technologique, avec des proces- sus plus rigoureux de sélection, et surtout un suivi renforcé des projets, orienté vers les résultats et l’atteinte des objectifs. Un apport particulièrement struc- turant réside dans l’accompa- gnement des chercheurs par des experts, qui permet d’améliorer la qualité des projets et de leur exécution, leur structuration et leur

Alors que le Maroc a franchi un cap important dans la structuration de son système de recherche, la question de son impact économique reste entière. Dans cet entretien, le Dr. Abdelaali Kossir, Senior expert R & D/ Technology transfer, livre une lecture lucide des limites actuelles et des leviers à activer pour transformer la connaissance en véritable moteur de croissance et d’innovation.

Propos recueillis par M. A. L.

Finances News Hebdo : Aujourd’hui, comment évaluez-vous le niveau de maturité de la recherche scientifique au Maroc ? Peut-on dire que le pays a réussi à structurer son éco- système de recherche ces dernières années ? Dr. Abdelaali Kossir : Le Maroc a clairement franchi une étape importante dans la structuration de son système de recherche. La promulgation récente de la loi 59-24 relative à l’organisation de la recherche scientifique, du développement technologique et de l’innovation constitue à cet égard un tournant majeur, en ren- forçant la gouvernance et la coor- dination entre les acteurs, dans la continuité des efforts du minis- tère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Sur le plan quantitatif, l’effort national de R&D se situe autour de 0,7 à 0,8% du PIB, avec une base de plusieurs milliers de cher- cheurs et une production scienti- fique en progression continue. La structuration est donc réelle. Mais elle reste encore largement orientée vers la recherche aca- démique. La prochaine étape

devrait être : compléter ce cadre par une structuration équivalente du système d’innovation, afin de transformer plus efficacement la connaissance produite au niveau des universités et des instituts de recherche en valeur. F. N. H. : Structurer, oui… Mais, quid de l’impact ? Pourquoi, à votre avis, son impact économique reste limité ? A. K. : La structuration progresse, notamment avec des avancées comme la loi 59-24, mais l’impact économique reste en retrait car le système national d’innovation n’est pas encore à la même matu- rité. Le Maroc produit de plus en plus de connaissances, mais leur trans- formation en brevets, en solutions industrielles ou en startups reste limitée. Le taux de valorisation des résultats de la recherche, via le transfert technologique, demeure

relativement faible. Comme le souligne l’OCDE, «l’enjeu n’est pas seulement de produire de la connaissance, mais de la trans- former en valeur économique et sociale». C’est précisément sur ce point que se situe aujourd’hui le principal défi. F. N. H. : Où se situe, selon vous, le principal point de rupture : financement, gou- vernance, ou lien avec les entreprises ? A. K. : Les avancées récentes, notamment avec la loi 59-24, ont permis de progresser sur les volets gouvernance et structura- tion. Le financement, bien qu’en- core limité, est en nette amélio- ration, en témoigne le lancement du programme PNARDI ainsi que d’autres programmes. Le principal point de rupture reste néanmoins le lien avec les entre- prises. Dans les économies les plus performantes, 60 à 70% de

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