DEVELOPPEMENT DURABLE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
Dans perspective, Oussama Ouassini propose une grille de lecture géoéco- nomique particulièrement éclai- rante. Selon lui, la compétition mondiale ne se jouera pas sur le coût de production, appelé à converger sous l’effet de l’inno- vation et de l’intelligence artifi- cielle, mais sur la maîtrise des flux. «Si l’énergie devient quasi gratuite, le seul coût détermi- nant sera celui du transport et de la distribution. Le Maroc transforme ainsi un désavan- tage potentiel en avantage structurel en se positionnant comme plateforme logistique aux portes de l’Europe» , ana- lyse-t-il. cette Cette approche reconfigure la notion même d’avantage comparatif. Face à des géants comme l’Australie ou l’Arabie saoudite, dotés de ressources énergétiques abondantes, le Maroc ne peut rivaliser sur la seule base du coût. En revanche, sa proximité géo- graphique avec l’Europe lui confère un avantage décisif en matière de latence et de sécu- rité d’approvisionnement. Dans une économie où la rapidité de livraison et la fiabilité des flux deviennent centrales, cette position pourrait s’avérer déter- minante. Reste que cette trajectoire n’est pas exempte de risques. La contrainte hydrique, dans un contexte de stress croissant, impose des investissements supplémentaires dans le des-
salement. Le coût du capital demeure plus élevé que dans les économies développées, ce qui peut affecter la compétitivi- té des projets. Enfin, l’absence d’un marché domestique struc- turé limite encore les effets d’apprentissage et les écono- mies d’échelle. Pour autant, le pari marocain repose sur une logique cohé- rente : anticiper une transfor- mation structurelle du système énergétique mondial en inves- tissant dès aujourd’hui dans les infrastructures clés. Il s’agit moins de gagner la bataille du présent que de se positionner pour celle de demain. Dans un monde où l’énergie pourrait devenir abondante, voire quasi gratuite, la rareté se déplacera vers les capacités de transformation, de stockage et de distribution. C’est pré- cisément sur ce terrain que le Maroc tente de se positionner. La question n’est donc pas tant celle de la rentabilité immédiate que celle de la pertinence stra- tégique. Entre pari technologique et vision géoéconomique, le Royaume avance sur une ligne de crête. Si la rupture annon- cée se matérialise, il pourrait se retrouver au cœur des nou- veaux flux énergétiques mon- diaux. Dans le cas contraire, il aura au moins construit les fondations d’une infrastructure industrielle capable de soutenir d’autres trajectoires de déve- loppement. ◆
Le Maroc ambitionne de transformer son potentiel renouvelable en levier de puissance industrielle et géopolitique, au cœur de la nouvelle économie de l’hydrogène vert.
en 2024, l’Office chérifien des phosphates a accéléré son positionnement en intégrant l’hydrogène vert dans sa straté- gie de décarbonation, avec des investissements massifs dans l’ammoniac vert destiné à sécu- riser ses approvisionnements. Ces initiatives témoignent d’une volonté claire de struc- turer une filière intégrée, allant de la production d’électricité renouvelable à la transforma- tion industrielle. Elles s’ins- crivent également dans la continuité des succès enregis- trés dans le solaire et l’éolien, où le Maroc a su développer des projets d’envergure comme Noor Ouarzazate. Toutefois, le passage à l’échelle reste le principal défi. La production d’hydrogène vert nécessite des investissements colossaux en infrastructures, notamment en électrolyseurs, en réseaux de transport et en capacités de stockage.
Le Maroc face au défi de l’échelle et de la crédibilité Depuis le lancement de sa stra- tégie nationale de l’hydrogène en 2021, le Maroc s’est pro- gressivement inscrit dans cette dynamique. Le Royaume ambi- tionne de capter jusqu’à 4% de la demande mondiale à l’ho- rizon 2030, en ciblant notam- ment les marchés européens. Plusieurs accords structurants ont été signés pour concrétiser cette vision. En octobre 2022, un partenariat stratégique a été conclu avec l’Allemagne pour le développement de la filière, incluant des projets pilotes et des mécanismes de finance- ment. En juin 2023, un consor- tium réunissant TotalEnergies et des partenaires internatio- naux a annoncé un projet d’in- vestissement de près de 100 milliards de dirhams pour la production d’hydrogène et d’ammoniac vert dans le sud du Royaume. Plus récemment,
Hydrogène vert
Les chiffres qui redessinent la carte énergétique mondiale • 95 millions de tonnes d’hydrogène consommées aujourd’hui dans le monde, dont plus de 99% encore issus de sources fossiles. • Plus de 500 millions de tonnes attendues à l’horizon 2050, sous l’effet de la décarbonation de l’industrie et des transports lourds. • Moins de 1% de la production actuelle est réellement «verte», révélant un marché encore large- ment à construire. • Plus de 300 milliards de dollars d’investissements annoncés dans les projets d’hydrogène bas carbone à l’échelle mondiale. • 20 millions de tonnes visées par l’Union européenne dès 2030, dont la moitié devra être importée. • Jusqu’à 3 dollars/kg de subvention aux États-Unis via l’Inflation Reduction Act, redéfinissant les équilibres de compétitivité. • Un coût de production actuel compris entre 3 et 6 dollars/kg, avec un objectif de convergence sous les 2 dollars dans les zones à fort potentiel renouvelable.
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