DEVELOPPEMENT DURABLE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
Hydrogène vert
émergence de l’hydrogène vert ne relève pas d’une dynamique spontanée du marché. Elle s’inscrit dans un basculement plus profond des systèmes énergétiques, marqué par la décarbonation, la fragmenta- tion des chaînes d’approvision- nement et la montée des poli- tiques industrielles. L’Europe, confrontée à sa dépendance au gaz russe mise en lumière depuis 2022, a ainsi fait de l’hydrogène un levier de sou- veraineté, avec un objectif de production domestique de 10 millions de tonnes et autant d’importations d’ici 2030. Cette reconfiguration ouvre un espace inédit pour les pays dis- posant d’un avantage compa- des grandes puissances. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale d’hydrogène pourrait dépasser 500 millions de tonnes à l’horizon 2050 contre environ 95 millions aujourd’hui, encore majoritairement d’origine fossile. Pour des pays comme le Maroc, l’enjeu dépasse la simple transition écologique : il s’agit d’une opportunité de repositionnement stratégique dans la géographie mondiale de l’énergie. Par M. B. L À mesure que la transition énergétique s’accélère, l’hydrogène vert s’impose comme l’un des pivots des stratégies industrielles Le Maroc peut-il devenir une superpuissance énergétique de demain ? ’
ratif en énergies renouvelables, capables de produire de l’hy- drogène à coûts compétitifs. La compétition mondiale autour de l’hydrogène redessine les cartes. L’Allemagne, malgré un potentiel limité en renou- velables, a sécurisé des par- tenariats stratégiques avec la Namibie ou les Émirats arabes unis pour garantir ses approvi- sionnements futurs. L’Australie, riche en ressources solaires et éoliennes, a lancé des pro- jets géants comme Asian Renewable Energy Hub, visant à produire plusieurs millions de tonnes d’hydrogène destinées à l’export vers l’Asie. Le Chili, de son côté, ambitionne de devenir l’un des producteurs les moins chers au monde grâce à ses conditions exceptionnelles dans le désert d’Atacama, avec un objectif de 25 GW d’élec- trolyse installés d’ici 2030. Ces stratégies ne reposent pas uniquement sur des dotations
naturelles, mais sur des poli- tiques publiques agressives, combinant subventions, garan- ties de prix et infrastructures dédiées. Aux États-Unis, l’In- flation Reduction Act prévoit jusqu’à 3 dollars de crédit d’im- pôt par kilogramme d’hydro- gène produit, bouleversant les équilibres économiques du sec- teur. Cette intervention massive des États révèle une réalité : l’hydrogène vert est moins une commodité qu’un instrument de puissance industrielle. Dans ce contexte, la question de la rentabilité immédiate tend à masquer une logique plus profonde. Comme le souligne l’expert en intelligence écono- mique Oussama Ouassini, le modèle marocain ne doit pas être appréhendé comme un simple arbitrage énergétique, mais comme une stratégie de positionnement dans une éco- nomie en mutation. Selon lui, «le Maroc ne cherche pas à optimi-
ser un rendement aujourd’hui encore imparfait, mais à cap- ter une forme de valeur imma- térielle liée à la maîtrise des infrastructures de conversion». Autrement dit, la logique n’est plus celle de l’efficacité ins- tantanée, mais celle de la pré- paration d’un socle industriel capable d’absorber une future rupture technologique. Cette lecture permet de dépas- ser le paradoxe apparent du rendement énergétique. L’électrolyse reste aujourd’hui un processus coûteux et éner- givore, où l’énergie produite demeure inférieure à l’éner- gie consommée. Mais cette contrainte pourrait devenir mar- ginale à mesure que le coût de l’électricité renouvelable tend vers zéro. Dans cette hypo- thèse, l’avantage compétitif ne résidera plus dans la produc- tion d’énergie elle-même, mais dans la capacité à la transfor- mer, la stocker et la transporter.
La production d’hydrogène vert nécessite des investissements colossaux en infrastructures, notamment en électrolyseurs, en réseaux de transport et en capacités de stockage.
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