FNH N° 1233

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026

pelle, sous certains aspects, ce qui s’était produit en 2022 avec la guerre en Ukraine, la hausse de l’inflation et la pression sur la masse bénéficiaire des sociétés cotées. À l’époque, la hausse des coûts de l’énergie et des intrants avait comprimé les marges, notam- ment dans les secteurs les plus cycliques de la cote. C’est ce type de risque que les investisseurs surveillent aujourd’hui. F. N. H. : Si l’on met de côté le bruit de marché, que disent les fondamentaux du MASI 20 ? Jérôme Boumengel : J’ai choi- si de parler du MASI 20, car le contrat à terme sur cet indice a été lancé le 6 avril. Cela dit, les grandes tendances sont assez proches de celles du MASI, même si les niveaux peuvent différer. Le premier indicateur que nous regardons est la croissance des prévisions de résultats des valeurs du MASI 20. En moyenne, cette croissance reste solide. Elle est encore supérieure à 20%, même si elle commence à baisser. À la fin du dernier trimestre 2025, elle était au-dessus de 30%. Aujourd’hui, elle se situe autour de 22%. Cela reste un niveau conséquent. Mais la configuration rappelle un peu celle de 2022, lorsque la crois- sance des prévisions de bénéfices avait commencé à se replier. Il faudra donc suivre cet indicateur de près. F. N. H. : Qu’en est-il des valorisations ? J. B. : Le deuxième indicateur important est le PER prospectif, c’est-à-dire le ratio cours/béné- fices calculé sur les résultats anti- cipés des douze prochains mois. Sur ce point, la configuration est plutôt intéressante. Le PER est revenu en un ou deux mois sur la borne basse de son enveloppe de volatilité, autour de 16 fois les bénéfices attendus. En septembre 2025, il était proche de 22 fois. Il y a donc eu une baisse significative de la valorisation de l’indice. C’est plutôt positif, car ce niveau

 Pour les équipes d’African Financial Investment, la tendance de fond reste préservée, même si la faiblesse relative des volumes impose encore de la prudence.

politique plus accommodante de Bank Al-Maghrib et une inflation maîtrisée. Depuis fin septembre 2025, la hausse des taux s’ex- plique d’abord par des facteurs domestiques. Le Trésor a accepté de payer des taux plus élevés pour se financer, tandis que les inves- tisseurs ont procédé à des arbi- trages lors des adjudications. Cela a entraîné une remontée graduelle des rendements. Ensuite, le déclenchement du conflit au Moyen-Orient a renfor- cé cette tendance, avec la prise en compte du choc pétrolier et d’un regain d’aversion au risque au niveau global. On observe d’ail- leurs une évolution comparable sur les marchés internationaux. F. N. H. : Le marché maro- cain suit-il donc les courbes internationales ? T. A. : En partie, oui. La détente récente observée sur le marché marocain s’inscrit, toutes pro- portions gardées, dans le même mouvement que celui observé sur les taux souverains internationaux.

peut contribuer à amortir la cor- rection du marché. À moyen et long terme, cette configuration reste constructive, même si à court terme une correction vers les 18.000 points reste possible. F. N. H. : Peut-on parler d’une normalisation des valorisations ? J. B. : Oui. Pour l’instant, les pré- visions de résultats restent solides, avec une croissance moyenne supérieure à 20% pour les valeurs du MASI 20. En parallèle, le PER est revenu autour de 16 fois. Si l’on rapporte la valorisation à la crois- sance attendue, le PEG ressort à un niveau tout à fait correct. Cela donne des signaux plutôt positifs sur le plan fondamental. La correction récente a donc per- mis une certaine normalisation des valorisations. F. N. H. : Un mot sur le marché obligataire. Quels facteurs expliquent les ten- sions observées depuis fin septembre ? T. A. : L’évolution des taux peut être décomposée en deux étapes. D’abord, il y a eu un réajuste- ment technique après une longue période de baisse des rendements, dans un contexte marqué par une

Elle traduit aussi un certain opti- misme sur une possible résolution du conflit au Moyen-Orient, même si celle-ci n’est pas acquise. F. N. H. : Sur le pétrole, comment interprétez-vous la configuration actuelle ? J. B. : Le pétrole a connu une première vague de hausse liée aux tensions entre l’Iran et les États- Unis. Le Brent est passé d’environ 70 dollars à près de 120 dollars en moins d’un mois. Depuis début mars, il consolide dans un petit canal baissier et revient autour de 90 dollars. Ce qui est intéressant, c’est que cette baisse des prix s’est accompagnée d’une baisse des volumes de transactions et des positions ouvertes sur les contrats à terme. Cela traduit sur- tout des liquidations de positions acheteuses ou des rachats de positions vendeuses par des opé- rateurs qui prennent leurs béné- fices. Nous sommes donc, à mon sens, dans une phase de conso- lidation. Le prix rebondit actuelle- ment sur la moyenne mobile 100 jours. Une sortie par le haut du canal baissier pourrait permettre un retour vers 120-125 dollars. Mais la suite dépendra largement de l’évolution géopolitique, ce qui reste difficile à prévoir. ◆

Pour l’instant, les prévisions de résultats restent solides, avec une croissance moyenne supérieure à 20% pour les valeurs du MASI 20.

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