FNh N° 1050

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ECONOMIE

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

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◆ La loi 19-20 modifiant et complétant la loi 17-95 relative aux sociétés anonymes, adoptée en juillet 2021, entend apporter plus d’équilibre au niveau de la représentativité des femmes au sein du management des entreprises. ◆ Entretien avec Me Nesrine Roudane, avocate au Barreau de Casablanca, Managing Partner Roudane & Partners Law Firm, présidente de la Commission juridique et fiscale de la CFCIM. La culture du «Old Boys Club», un frein à la féminisation des organes de gouvernance Loi sur la S.A.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Quel état des lieux faites-vous aujourd’hui de la représentation des femmes dans les organes de gouvernance au Maroc ? Me Nesrine Roudane : Les dernières statistiques, notamment celles du HCP, où l'on constate que les femmes sont très peu représentées dans les organes de gouver- nance des entreprises, restent en dessous des aspirations de la société marocaine. Cette représentativité est meilleure dans les TPE et PME, alors qu’elle l’est moins dans les grandes entreprises. On constate également que les femmes dirigeantes sont plus présentes dans le secteur des services (17,3%), suivi par le commerce (13,8%), l’industrie (12,6%) et enfin la construction (2,6%). Le constat est le même dans la fonction publique où seulement 23,5% des femmes occupent des postes de responsabilité. La représentativité de la femme dans la sphère politique s’est nettement améliorée, mais on est encore loin de la parité et le plafond de verre est loin d’être brisé. F.N.H. : Quels sont pour vous les freins qui bloquent l’accès des femmes aux instances de gouver- nance ? N. R. : Le poids de la tradition constitue un véritable frein à la féminisation des organes de gouvernance. La féminisation des sphères de pouvoir représente une transformation sociale nécessitant sou- vent une intervention légale pour aller à l’encontre de préjugés et des barrières structurelles, culturelles, organisationnelles

Les entre- prises diri- gées par les femmes affichent souvent une meilleure rentabilité. Et celles qui ont développé la mixité dans leur mana- gement, ont augmenté leurs béné- fices de 5 à 20%.

et individuelles. L’un de ces freins est la culture du «Old Boys Club», selon laquelle les Conseils d’administration restent encore un cercle composé essentiellement d’hommes. La taille des Conseils d’administration et le processus de «recrutement» des adminis- trateurs peut également jouer un rôle signi- ficatif dans la féminisation des organes de gouvernance : plus restreint est le Conseil d’administration, moins il compor-

tera de femmes et inversement. De même, le «scouting» des profils des administra- trices est souvent plus difficile parce que les femmes sont souvent moins visibles, publicisées, listées... Le manque de confiance dans le leader- ship féminin est aussi un frein, puisqu’on va prétexter le manque d’expérience, de connaissances, de motivation, voire de visibilité des femmes, etc. Sans oublier que certains secteurs d’activité demeurent à ce

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