FNH N° 1244 V2 (2)

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO LUNDI 31 AOÛT 2026

Projet de Loi de Finances 2027 Le prochain gouvernement ne disposera pas d’un budget très flexible

Le PLF 2027 est exceptionnel à plusieurs niveaux. Il a été établi par le gouvernement en place et sera exécuté par celui qui sera nommé. Il se veut un budget d’un «État systémique et de souveraineté territoriale» et ambitionne de poursuivre les chantiers structurants en prévision de l’organisation de la Coupe du monde 2030. Entretien avec Amine Sami, expert en planification stratégique et conduite de changement.

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Quelle est votre évaluation du projet de Loi de Finances 2027 ? Amine Sami : Mon évaluation centrale est que le projet de Loi de Finances 2027 s’oriente vers un budget de transition stratégique, à la charnière entre deux cycles gouvernemen- taux et deux modèles de développement : un modèle fondé sur le lancement de grands chantiers et un modèle plus complexe, visant à articuler ces chantiers au sein de systèmes productifs, sociaux et territoriaux intégrés. Il ne s’agit pas d’un budget d’austérité au sens classique, puisque l’État poursuivra ses investissements dans les infrastructures ferroviaires, les aéroports, les ports, l’eau, l’énergie, l’industrie, la santé, l’éducation et la protection sociale. Il ne s’agit pas non plus d’un budget ouvertement expansionniste, car il cherche à concilier la poursuite de l’investis- sement avec la réduction du déficit à 3% du PIB et la maîtrise de la dette autour de 65% en 2027, puis de 63% à l’horizon 2029. C’est là que réside le principal paradoxe: l’État veut simultanément investir davan- tage, renforcer la protection sociale, mettre à niveau les territoires, préparer l’échéance de 2030, financer le coût du dialogue social, reconstruire les zones sinistrées, puis réduire le déficit et l’endettement. Cette équation n’est pas impossible, mais elle reste extrême- ment sensible à la qualité des arbitrages, au rythme d’exécution des projets et au maintien de la dynamique des recettes fiscales.

Le projet est solide du point de vue de son orientation stratégique. La note repose sur quatre axes interdépendants. Premièrement, il s’agit de consolider les acquis économiques et renforcer le position- nement du Maroc parmi les pays émergents. Deuxièmement, il est question de lancer une nouvelle génération de programmes de déve- loppement territorial intégré. Le troisième axe consiste à poursuivre la consolidation de l’État social. Quant au quatrième, il consiste à continuer les réformes structurelles tout en préservant les équilibres des finances publiques. La force de cette architecture réside dans le fait que ces axes ne sont pas totalement dissociés. Le transport est lié à l’industrie et au tourisme; l’eau à l’énergie, à l’agriculture et à l’investissement; la protection sociale dépend de la création d’emplois formels; et le développement territorial suppose l’attri- bution de véritables fonctions économiques aux régions. Cela traduit le début d’un passage d’un «bud- get des secteurs» à un «budget systémique»,

fondé sur les relations entre les secteurs. Un projet ferroviaire n’est plus seulement un pro- jet de transport : il reconfigure les marchés du travail, le tourisme, le logement et l’industrie. Le dessalement n’est pas uniquement un dossier hydraulique : il constitue une condi- tion de la sécurité industrielle, alimentaire et urbaine. De même, l’éducation et la santé ne représentent pas seulement des dépenses sociales, mais des investissements dans la productivité du capital humain. Deuxièmement, le projet est fortement char- gé par des engagements antérieurs à 2027. Une partie importante de la Loi de Finances ne relèvera donc pas de nouveaux choix, mais découlera d’engagements accumulés au cours des années précédentes, notamment : 1. Le coût des mesures issues du dialogue social, qui atteindra environ 49,7 milliards de dirhams par an en 2027. 2. L’aide sociale directe destinée à près de quatre millions de ménages, pour un coût mensuel d’environ 2,2 milliards de dirhams, soit 26,4 milliards par an si le même rythme est maintenu.

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