29
FINANCES NEWS HEBDO
LUNDI 31 AOÛT 2026
FOCUS SANTÉ MENTALE
F. N. H. : Comment engager un homme marocain dans une thérapie ? G. E. K. : Je dirais que l'homme marocain rentre mieux, et plus facilement en thérapie que les femmes. Cela va vous surprendre. A partir du moment où il évalue le psy qui va l’accompagner, il y a quelque chose qui se passe, et il se lâche. Mes plus grandes thérapies, analyses, psy- chanalyses et réussites se sont passées avec des hommes.
F. N. H. : Quel conseil donneriez- vous à un jeune psychiatre qui va se lancer dans cette aventure de psychiatrie ? G. E. K. : Je lui conseillerais d’aller se faire psychanalyser avant de commencer l’aven- ture. Nous ne pouvons pas être psychiatre sans être psychanalysé. Et ce, pour être un bon psychiatre, efficace, qui non seule- ment reçoit des patients, mais réussit à les armer. Le diplôme ne suffit pas. ◆
Quand quelqu’un entend des voix, c'est psychotique. Quand c'est spirituel, il n'y a pas de voix, il y a un appel de l’âme.
est normative et refuse tout écart. Tout ce qui n’est pas normal est écarté. Il faut rester dans les rangs. Etre marginal ou fou n’est pas toléré, ça fait tache. F. N. H. : Quand quelqu'un entend des voix, est-ce une psychose ou un appel spirituel ? Comment peut-on distinguer l'un de l'autre ? G. E. K. : Quand quelqu’un entend des voix, c'est psychotique. Quand c'est spirituel, il n'y a pas de voix, il y a un appel de l’âme, c’est l’être qui est aspiré vers quelque chose. Ce sont des sensations, des perceptions. Mais tout ce qui est hallucination auditive ou visuelle, relève de la psychose. Il existe aussi les hallucinations cénesthésiques où nous pouvons avoir des impressions sur le corps qui n’existent pas. Je tiens à clarifier une chose. Actuellement, nous pouvons stabiliser des troubles lourds comme la schizophrénie et la bipolarité. Nous avons les moyens et les médicaments qui le permettent. Certes, il existe des formes graves dans les psychoses que nous ne parvenons pas à gérer. En France, il y a des services de très haute sécurité pour cela, que nous n’en avons pas encore au Maroc. Ce sont des maladies tellement graves que nous pouvons nous y mettre à plusieurs soignants mais la violence de la maladie est telle que nous n’y parvenons pas. Toutefois, je dirais que dans 90-95% des cas, il y a des améliorations spectaculaires, surtout avec les nouveaux médicaments. Quand certains patients comprennent leur maladie, ils réussissent à la gérer. F. N. H. : Un patient qui ne pleure pas, ne parle pas de ses émotions…, com- ment l’expliquez-vous ? G. E. K. : L’idée que l’homme ne parle pas est très patriarcale. Il arrive que beaucoup de patients pleurent dans mon cabinet. Je leur pose toujours la même question. Est-ce que vous pleurez quand vous êtes seul. Là, rassu- rés, ils répondent oui. Ils pleurent, mais jamais devant quelqu’un. C’est la résultante de l’édu- cation, une sorte d’enracinement dans l’éduca- tion traditionnelle. Les hommes pleurent moins que les femmes parce qu'on les a éduqués à ne pas le faire. Mais les choses ont changé, car de nos jours, les femmes pleurent beaucoup moins qu’avant. On constate plus de retenue dans notre société actuelle.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker