L'UNIVERS DES TPME
FINANCES NEWS HEBDO LUNDI 31 AOÛT 2026
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Agri 4.0 «L’agriculteur marocain n’est pas réfractaire à la technologie, il est rationnellement réfractaire au risque»
équipes, elles leur évitent de pas- ser leurs journées à contrôler des vannes et des compteurs. Il y a également un enjeu de mar- ché. Nos clients exportent vers l’Europe, où la traçabilité, l’em- preinte eau et l’empreinte carbone deviennent des conditions d’ac- cès. La donnée agricole n’est plus un confort de gestion, c’est un passeport commercial. F.N.H. : Qu’est-ce qui permet réellement de convaincre un agriculteur d’adopter une solution technologique et d’en faire un outil quotidien de décision ? F. T. : Rien ne convainc autant qu’un incident évité et chiffré. Une démonstration commerciale ne convertit personne. Ce qui conver- tit, c’est le jour où le système alerte sur une pompe qui dérive, une vanne défaillante ou une rupture de chaîne du froid, et où le client calcule ce qu’il vient d’économiser. À partir de ce moment-là, la plate- forme cesse d’être un abonnement pour devenir un réflexe. Notre méthode repose d’abord sur un pilote limité mais payant, à savoir une parcelle témoin, un péri- mètre ou une ligne de production. Payant, parce qu’un pilote gratuit n’engage personne et ne mesure rien. Nous définissons ensuite des indicateurs précis, comme les mètres cubes par hectare, les kilo- wattheures par tonne, le temps d’arrêt machine ou encore le taux d’alarmes pertinentes. L’appropriation par l’équipe terrain est également essentielle. Nous assurons la formation sur site, avec des interfaces simples et des alertes poussées sur téléphone. Le support local et rapide est détermi- nant. Nous visons une intervention sous 48 heures, avec des pièces disponibles au Maroc.
Face au stress hydrique et aux nouvelles exigences du marché, l’agriculture marocaine accélère sa transformation. Pour Agri 4.0, l’enjeu est désormais de transformer la donnée en décisions concrètes pour mieux gérer l’eau, les équipements et la performance agricole. Entretien avec son fondateur et CEO Fouad Tabit.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Depuis le lancement d’Agri 4.0, votre regard sur les besoins du secteur agricole a certainement évolué. Que vous a appris cette expé- rience de terrain sur les réa- lités et les attentes des agri- culteurs marocains ? Fouad Tabit : En 2018, nous sommes partis d’une conviction technologique. Sept ans de terrain nous ont appris que le problème n’était pas technologique, mais décisionnel. L’agriculteur marocain n’attend pas de la donnée, il attend un arbitrage. «Est-ce que j’irrigue aujourd’hui, et combien ?» «Est-ce que ma pompe va tenir la semaine ?» Une plateforme qui affiche des courbes sans trancher ne sert à rien. Nous avons donc arrêté de vendre de la mesure pour vendre de la décision. Nous avons également compris que la fiabilité prime sur la sophis- tication. Nos équipements tra- vaillent à 45°C, sous poussière, en eau chargée, sur des sites sans couverture réseau. Un capteur bril- lant qui tombe en panne au pic de la campagne détruit la confiance pour dix ans. Nous avons recons- truit notre matériel autour de cette contrainte, pas autour d’une fiche technique.
Autre enseignement important, l’utilisateur réel n’est pas l’ingé- nieur agronome, c’est le chef de station, le pompiste ou le respon- sable d’irrigation. Si l’interface ne lui parle pas, dans sa langue et dans son quotidien, le projet meurt malgré la signature de la direction. Il faut impérativement dire les choses : l’agriculteur marocain n’est pas réfractaire à la techno- logie, il est rationnellement réfrac- taire au risque. F.N.H. : L’agriculture maro- caine est aujourd’hui confrontée à plusieurs transformations. Quel rôle la technologie peut-elle jouer pour répondre concrètement à ces nouveaux enjeux ? F. T. : La technologie n’est pas une réponse à la sécheresse. Elle est une réponse à l’inefficience, et l’inefficience coûte très cher quand la ressource est rare.
Prenons l’eau. Le Maroc a connu une embellie hydrique remarquable début 2026, avec des barrages remontés autour de 75% de rem- plissage contre moins de 30% un an plus tôt. Mais la période 2018- 2025 a été marquée par des défi- cits pluviométriques annuels com- pris entre 54% et 85%. Autrement dit, la contrainte est structurelle, l’embellie est conjoncturelle. La vraie question devient donc, que faisons-nous de chaque mètre cube disponible ? C’est exactement là qu’intervient le pilotage à la dose, à travers les sondes d’humidité, le bilan hydrique et le pilotage de la sta- tion de tête. Sur nos déploiements, l’enjeu n’est pas d’irriguer moins, c’est d’irriguer juste. La deuxième transformation concerne la main-d’œuvre. La pénurie de bras est déjà là. La supervision à distance et l’auto- matisation ne remplacent pas les
AVEC LA PARTICIPATION DE TAMWILCOM
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