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L'UNIVERS DES TPME

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FINANCES NEWS HEBDO LUNDI 31 AOÛT 2026

parce qu’il est devenu subvention- nable. Tant que le pilotage numé- rique de l’irrigation ne sera pas éligible aux mêmes mécanismes d’aide que l’équipement hydrau- lique, l’adoption restera réservée aux grandes exploitations. C’est une décision de politique publique, pas un problème de startups. Quelles sont aujourd’hui les nouvelles opportunités que vous iden- tifiez pour Agri 4.0 ? Et quels sont vos projets et vos prio- rités pour les prochaines années ? F.N.H. : F. T. : Nous entrons dans une phase de changement d’échelle. Nous développons d’abord AGRIX360, un ERP agricole en mode SaaS. L’objectif est de sor- tir du monitoring pour couvrir la gestion complète de l’exploita- tion, du parcellaire aux intrants, en passant par la main-d’œuvre, les coûts de production et la traçabi- lité. L’agriculteur n’a pas besoin de six outils, il a besoin d’un seul. Nous voulons également monter vers l’agro-industrie, avec les sta- tions de conditionnement, le cali- brage, la chaîne du froid et la supervision des machines. C’est un relais de croissance à forte valeur, où notre expertise en supervision industrielle s’applique directement. La donnée constitue également un actif que nous voulons davantage valoriser. Nous accumulons depuis plusieurs années des séries de mesures issues du terrain maro- cain, dans des conditions arides et semi-arides. C’est un actif rare. La priorité est d’en tirer des modèles prédictifs utiles sur les besoins en eau, le risque sanitaire ou encore la prévision de récolte. Nous travail- lons à l’international, notamment en Afrique subsaharienne, où nos solutions sont directement trans- posables, au Canada via un projet de coentreprise, et en Europe sur les volets conformité et traçabilité.

En interne, la priorité des dix-huit prochains mois est la structura- tion notamment, industrialiser la production, renforcer les équipes techniques, consolider le holding Falcon Technologie et préparer une opération de financement à la hauteur de ces ambitions. F.N.H. : Comment voyez- vous l’avenir de l’AgriTech au Maroc ? Et quelles condi- tions faudra-t-il réunir pour faire émerger un véritable écosystème capable de transformer durablement l’agriculture et de porter les solutions marocaines à l’in- ternational ? F. T. : Je suis résolument opti- miste. Le Maroc dispose de ce qui manque à la plupart des pays qui veulent faire de l’AgriTech, c’est- à-dire une agriculture d’export exi- geante, structurée et capable de payer pour de la performance. L’agriculture représente environ 14% du PIB et reste le premier employeur du pays. La stratégie Génération Green 2020-2030 place explicitement l’innovation et la digi- talisation parmi ses priorités, avec un objectif de doublement de l’effi- cience hydrique. Plusieurs condi- tions seront toutefois décisives. Il faut rendre le digital éligible aux aides à l’investissement agricole, au même titre que le matériel d’irri- gation. C’est la condition numéro un. Il faut également fixer des stan- dards d’interopérabilité et de sou- veraineté des données agricoles. Aujourd’hui, chaque acteur crée son silo. Sans standard, pas d’éco- système, juste une juxtaposition de solutions. L’ouverture réelle de la commande publique aux startups est égale- ment nécessaire, à travers un allo- tissement adapté et des exigences de références proportionnées. Il faut aussi reconstruire le conseil agricole comme canal de diffusion. Nous devons assumer notre posi- tionnement à l’export. Mon ambi- tion d’ici 5 ans tient en une phrase, «que la donnée devienne un intrant aussi banal que l’engrais». ◆

 Agri 4.0 développe des solutions adaptées aux réalités du terrain afin d’optimiser la gestion des ressources en eau et d’améliorer la performance des exploitations agricoles.

F.N.H. : Comment avez-vous construit votre modèle éco- nomique et quels choix ont été déterminants pour faire grandir la startup ? F. T. : Agri 4.0 s’est financée par son chiffre d’affaires et par l’ingé- nierie de conseil, avant tout capital externe. Dans un secteur où le cycle de vente dépasse souvent la campagne agricole, brûler du cash en amont du marché est le premier facteur de mortalité des AgriTech. Nous avons d’abord choisi de maîtriser le hardware. Concevoir nos propres équipements, sur des technologies bas débit longue por- tée de type LoRaWAN, nous a donné le contrôle du coût, de la fia- bilité et des délais. C’est plus lourd au départ, mais décisif à l’échelle. Nous sommes ensuite passés d’un modèle d’installation ponctuelle à un modèle mixte, avec un inves- tissement initial complété par un abonnement de supervision. Cela lisse la trésorerie et rend l’entre- prise plus finançable. Nous avons également choisi de commencer par les clients les plus exigeants. Travailler pour les grands opérateurs agricoles et agro-industriels, notamment les groupes exportateurs, les coopé- ratives structurées ou les acteurs de la protection biologique, nous a imposé un niveau de qualité que nous n’aurions jamais atteint seuls. Nous avons fait de la conformité un actif. La certification ISO 9001 et la conformité CNDP sur les don- nées participent à cette logique.

F.N.H. : Quelles formes de financement ou de partena- riats seraient aujourd’hui les plus adaptées pour accom- pagner et accélérer le déve- loppement des startups marocaines du secteur ? F. T. : Il faut dire une vérité peu confortable, le capital-risque stan- dard est mal calibré pour l’Agri- Tech matérielle. Nous avons du stock, un besoin en fonds de roule- ment, une saisonnalité forte et des marges industrielles. Ce n’est pas le profil d’une application mobile. Il faut d’abord financer le bas de bilan, et pas seulement le capi- tal, à travers le leasing d’équipe- ments, l’affacturage ou les lignes de trésorerie garanties. Un Dirham de garantie sur le BFR crée sou- vent plus de déploiements qu’un Dirham d’equity dilutif. Il faut également du capital patient et mixte, combinant subvention R&D, dette et fonds propres. Le dispositif catalytique lancé par le ministère de la Transition numé- rique, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement et la CDG, avec une taille cumulée cible d’environ 2,5 milliards de dirhams et l’Agri- Tech explicitement citée parmi les secteurs visés, va dans le bon sens. Son efficacité se jugera à sa capacité à descendre jusqu’à l’amorçage et à financer du maté- riel, pas seulement du logiciel. Mais pour moi, le levier le plus puissant reste la solvabilisation de la demande. Le goutte-à-goutte ne s’est généralisé au Maroc que

Nous avons arrêté de vendre de la mesure pour vendre de la décision. De l’irrigation à la traçabi- lité, la donnée agricole s’impose progressivement comme un véritable levier de performance.

AVEC LA PARTICIPATION DE TAMWILCOM

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