FNH N° 1244 V2 (2)

SOCIÉTÉ

FINANCES NEWS HEBDO LUNDI 31 AOÛT 2026

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Grève des avocats Le coût caché d’une justice paralysée Cent jours d'arrêt. Une loi promulguée envers et contre tout. Et une profession qui, trois mois après le début du bras de fer, ne sait toujours pas comment sortir de l'impasse. Pendant ce temps, la facture continue de courir pour les avocats, et pour tous ceux qui attendent leur tour devant un tribunal. Par L . Ch.

virement, formation continue impo- sée, stage rallongé à 24 mois, accès à la profession désormais réservé aux 21-45 ans titulaires d'un master. Et surtout : l'article 50 interdit, noir sur blanc, toute cessation concer- tée d'activité et toute manifestation dans l'enceinte des tribunaux. Trois dispositions seulement restent sus- pendues, en attendant leurs décrets d'application (articles 12, 39 et l'ali- néa 11 de l'article 121). Pour le reste, le texte s'applique dès sa publication. Statu quo Face à l'urgence, l'ABAM avait avancé sa réunion extraordinaire, initialement prévue le 5 septembre, au jeudi 27 août. Mais la veille de cette échéance, le ton était déjà loin de la désescalade. Selon une revue de presse de nos confrères d’Al Ahdath Al Maghribia, l'ABAM a appelé l'ensemble des avocats, bâtonniers et instances à «mainte- nir le débrayage total tant qu'une réponse satisfaisante n'aura pas été apportée » à leurs revendications, présentant ce combat comme «celui de l'indépendance de la profession et de la dignité de ses praticiens». Plus radicale encore, la Fédération des associations des jeunes avo- cats du Maroc a qualifié ce bras de fer de «combat existentiel» et appelle à diversifier les formes de protestation, ce qu’elle a soutenu via l’un de ses membres auprès de Finances News Hebdo : maintien du débrayage total, suspension de l'as- sistance judiciaire, et surtout, une menace inédite jusqu'ici, celle de démissions collectives, si la situa- tion ne se débloque pas. À l’heure où nous écrivons ces lignes, seule une note d’information a été communiquée par l’ABAM : la grève est maintenue, décision prise à l’issue d’un conclave qui aura duré jusqu’à 2h du matin. Pour les avocats qui, comme celui interrogé par Finances News Hebdo, voyaient déjà leurs économies fondre, la note va continuer à s'alourdir. Pas de trêve, pas de date de sortie. Et pour les citoyens, dont aucun n’a signé pour ce bras de fer, la même incertitude se prolonge : sommes bloquées, audiences reportées, dossiers en attente. Pour combien de temps encore ? ◆

quée au tribunal. Étant moi-même à l'arrêt depuis le procès, j'ai cruel- lement besoin de cet argent, et je ne sais toujours pas quand je pourrais le récupérer». Elle n'est pas seule. Détentions provisoires dont l'audience saute encore et encore, divorces gelés, référés d'entreprises qui moisissent depuis des semaines dans un tiroir. Même le parquet s'en inquiète : dans un courrier daté du 29 juillet, le procureur général près la Cour d'appel de Settat parle sans détour de «quasi-paralysie» du trai- tement des affaires. La loi passe en force, la grève continue 20 août. La loi encadrant la profes- sion d'avocat est publiée au Bulletin officiel. Près de 150 articles, cen- sés moderniser le métier : mandats des bâtonniers limités, procédures dématérialisées, création d'un ins- titut de formation. Ce qui coince, concrètement : le parquet peut désormais contester une décision de classement de l'Ordre en cas de plainte contre un avocat, ou exi- ger le contrôle d'un cabinet par le bâtonnier. Une brèche que certains juristes voient déjà comme une invi- tation aux pressions. Autre point de discorde : les fonds des justiciables, jusqu'ici gérés par les Ordres sans audit externe, passeront dorénavant par un compte dédié, sous la sur- veillance de la Cour des comptes. L’objectif ? La traçabilité et la lutte contre le blanchiment. Mais une partie de la profession y voit une intrusion pure et simple dans son autorégulation, une attaque envers sa moralité, en somme. Et puis il y a les mesures plus discrètes : contrat écrit obligatoire avec le client, honoraires au-delà de 10.000 DH exclusivement par chèque ou

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Moins de ceux qui, dans l'ombre, encaissent le choc en silence. Des cabinets qui ne soutiennent pas for- cément le mouvement se retrouvent bloqués par ricochet, impossible de travailler dans une justice à l'ar- rêt : «De nombreux confrères sont contraints de s’arrêter alors qu’ils ne soutiennent même pas cette grève. Lorsqu’on est dans un gros cabinet qui compense, ça va, mais pour les jeunes, ceux qui débutent, c’est vraiment l’hécatombe, au niveau financier, en ce moment. En plus de la frustration de ne pas pouvoir exercer», poursuit ce même avocat. Signal qui ne trompe pas : le barreau de Casablanca, justement, le plus gros du pays, a dû sortir le chéquier pour venir en aide à ces stagiaires et titulaires précaires. Traduction : ce sont les jeunes de la profession, ceux qui n'ont ni matelas financier ni clientèle installée, qui paient le prix fort de ce combat collectif. Et de l'autre côté, ce sont des vies suspendues. Littéralement. Le témoignage de cette jeune cadre casablancaise résume tout : «J'ai gagné mon procès en appel il y a plusieurs mois déjà, et la somme que je dois obtenir est toujours blo-

5 juin 2026. La grève générale de l'Association des barreaux du Maroc (ABAM) démarre, sans date de fin. Ce n'est pas une première salve : un mois d’arrêt avait déjà eu lieu en début d’année. Cette fois, c'est plus sérieux. Plus de cent jours de mobilisation cumulés depuis le début de l'année, et une consigne limpide, distillée dans tous les bar- reaux du Royaume : on ne bouge pas. Résultat, aucun des 17.000 avocats marocains, qu'il soit gré- viste convaincu ou simple spec- tateur forcé, ne peut aujourd'hui exercer normalement. La paralysie ne fait pas de détail. Ceux qui trinquent «On ne se rend pas forcément compte de tout le manque à gagner. Bien que la grève soit légitime, beaucoup d’entre nous sommes en train de prendre sur nos propres économies, car il n’y a pas de ren- trée d’argent pour l’instant. Sur un mois ça va, mais lorsque ça s’étale comme ça, les dents commencent à grincer», nous confie un avocat du barreau de Casablanca sous cou- vert d’anonymat. Car on a beau- coup parlé des tribunaux à l'arrêt.

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