ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
rent et plus sécurisé. Même si les transferts des MRE pourraient représenter près de 10% du PIB marocain en 2025, le Maroc demeure bien moins dépendant des transferts de sa diaspora que cer- tains pays comme le Tadjikistan où ils atteignent 51% du PIB, les Tonga (44%), le Liban (36%), les Samoa (34%) ou encore la République kir- ghize (31%). Les transferts des MRE n’en demeurent pas moins straté- giques puisqu’ils représentent envi- ron un quart des réserves de change du Maroc. F. N. H. : Les mesures d’ac- compagnement des MRE par l’État sont-elles ciblées et suf- fisantes ? A. Y. : Les mesures mises en place par l’État marocain en faveur des MRE ont connu des avancées importantes ces dernières années, mais elles demeurent encore large- ment insuffisantes. Le principal défi est que la relation avec les MRE reste souvent saisonnière, centrée sur les opérations estivales ou sur des dimensions symboliques et évé- nementielles, alors qu’elle devrait s’inscrire dans une véritable stra- tégie systémique et permanente à partir des pays d’accueil. Le Maroc gagnerait à structurer davantage ses réseaux économiques internationaux en développant, dans les grands pays d’immigration, de véritables chambres de commerce, des banques de projets et des pla- teformes de mise en relation entre entrepreneurs marocains du monde et investisseurs nationaux. L’objectif serait également de construire un véritable tableau de bord d’évalua- tion du ruissellement des capitaux, des compétences et des réseaux des Marocains du monde vers leur pays d’origine. Il faut néanmoins reconnaître les efforts entrepris. Des mécanismes comme MDM Invest, relancé puis renforcé par MDM Tamwil, visent à soutenir les inves- tissements des MRE dans des sec- teurs à forte valeur ajoutée comme l’industrie, la logistique, l’économie verte ou les technologies. D’autres initiatives ont également été lan- cées, comme la 13 ème région écono- mique de la CGEM, les plateformes digitales d’accompagnement ou encore des programmes spécifiques comme Maghrib Belgium Impulse
destinés à accompagner les por- teurs de projets. Cependant, le potentiel de la dias- pora reste encore largement sous- exploité. Beaucoup de MRE conti- nuent de se heurter à la complexité administrative, aux difficultés liées au foncier, au manque de visibilité, à l’insuffisance du réseautage éco- nomique et parfois à un déficit de confiance institutionnelle. Conscient de ces mutations, le Roi a engagé une réflexion visant à opé- rer une transformation profonde de
la gouvernance des questions liées aux Marocains du monde, avec la perspective de créer une véritable institution constitutionnelle repré- sentative, composée d’élus. Cette future structure pourrait jouer le rôle d’une Assemblée des Marocains du monde capable de faire converger les attentes, les propositions et les doléances de la diaspora vers les institutions nationales et les deux Chambres du parlement. L’enjeu est majeur car la diaspora marocaine connaît aujourd’hui de
profondes recompositions démo- graphiques, sociales et profession- nelles, marquées par une forte mobi- lité internationale, une élévation du capital humain et une présence crois- sante dans les secteurs stratégiques des pays d’accueil. L’objectif est désormais de passer d’une logique d’accompagnement administratif à une véritable stratégie nationale de mobilisation des compétences, des réseaux et des investissements des Marocains du monde au service du développement du Royaume. ◆
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