ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
ment inférieur aux projections avancées avant la compétition. L’impact sur la croissance s’est lui aussi révélé relativement limité. Plusieurs analyses menées après la compétition, notamment par Bruegel et des chercheurs de University of Stellenbosch, ont montré que l’impact du Mondial 2010 sur la croissance sud-afri- caine est resté largement inférieur aux projections initiales, avec une contribution estimée autour de 0,2% à 0,3% du PIB malgré l’af- flux touristique observé durant la compétition. Plusieurs infrastructures sont d’ailleurs devenues embléma- tiques des difficultés de rentabi- lisation post-Mondial. Le Cape Town Stadium, construit pour plus de 600 millions de dollars, a longtemps souffert d’une faible utilisation après la compétition, avec des coûts de maintenance particulièrement lourds pour les finances locales. D’autres équi- pements sportifs ont également peiné à générer des revenus suffi- sants pour absorber leurs charges d’exploitation, alimentant le débat sur le coût réel de l’événement pour l’économie sud-africaine. Pour le Maroc, le véritable enjeu sera, par conséquent, d’éviter le piège de «l’effet vitrine» en ins- crivant les infrastructures réali- sées dans une logique durable de compétitivité, de mobilité et de création de valeur. Car au-delà de la réussite organisationnelle du Mondial, c’est surtout la rentabi- lité économique de l’après-2030 qui déterminera le véritable suc- cès de cette séquence. «Le véritable indicateur sera la capacité du pays à transformer cet élan en gains économiques durables après les compétitions. Si les investissements permettent une amélioration durable de la productivité, une logistique plus performante, une montée en gamme touristique, une attrac- tivité renforcée pour les inves- tisseurs, une meilleure intégra- tion territoriale, s’ils permettent la création d’emplois pérennes, alors le Mondial 2030 pourra être considéré comme un tournant historique dans le développement du Royaume», conclut Khalid kabbadj. ◆
Dans le ferroviaire, un programme d’investissement de 96 milliards de dirhams est prévu entre 2024 et 2030.
lités structurelles demeurent. Car transformer l’effervescence événementielle en levier durable de développement suppose bien davantage que la réussite organi- sationnelle des compétitions. Le premier enjeu concerne la capacité du tissu économique local à réellement bénéficier de cette dynamique. Au Maroc, les TPME représentent plus de 95% du tissu entrepreneurial national, mais elles continuent de faire face à des contraintes structurelles: accès limité au financement, faibles capacités de compétiti- vité, retards de paiement persis- tants ou encore difficulté d’accès à la commande publique. Selon Bank Al-Maghrib, près d’un tiers des TPME marocaines déclarent rencontrer des difficul- tés d’accès au crédit, tandis que les délais de paiement dépassent fréquemment les 120 jours dans certains secteurs. Une situation qui fragilise particulièrement les petites structures appelées à intervenir dans le BTP, la sous- traitance, l’événementiel ou les services touristiques. Dès lors, le véritable enjeu sera moins la mul- tiplication des investissements que la capacité du Maroc à diffu- ser les retombées économiques vers le tissu entrepreneurial local. La question de l’emploi demeure également centrale. Malgré la reprise du tourisme et l’accéléra- tion des investissements, le taux de chômage avoisine encore les 13%, avec des niveaux dépas- sant les 35% chez les jeunes
urbains. Si les grands événe- ments devraient stimuler l’activi- té économique, plusieurs écono- mistes alertent déjà sur le risque d’une concentration des emplois autour d’activités temporaires liées aux chantiers et à l’événe- mentiel. À ces fragilités s’ajoutent des déséquilibres territoriaux per- sistants. Casablanca, Rabat, Marrakech et Tanger concentrent l’essentiel des investissements liés à 2030, tandis que plusieurs régions continuent de souffrir d’un déficit d’infrastructures et d’attractivité économique. Le risque serait alors de voir les bénéfices du Mondial renforcer davantage les écarts de dévelop- pement existants. Le Royaume devra également composer avec d’importantes contraintes hydriques. Les res- sources en eau par habitant ont fortement reculé ces dernières décennies. Or, l’accélération des projets touristiques et urbains entraînera mécaniquement une hausse des besoins en eau dans plusieurs zones déjà sous pres- sion. L’autre défi majeur réside dans l’héritage post-2030. Car l’his- toire des grands événements sportifs montre que l’euphorie des investissements ne garantit pas nécessairement une trans- formation économique durable. «Le principal risque concerne les infrastructures susceptibles de devenir sous-utilisées après 2030. Certains stades, équipements
événementiels ou projets immo- biliers pourraient générer des coûts d’entretien importants sans produire un niveau d’activité suffi- sant. Le Maroc tente précisément d’anticiper cette problématique en privilégiant des infrastruc- tures multifonctionnelles et réuti- lisables», souligne l’économiste. L’exemple de l’Afrique du Sud après le Mondial 2010 demeure, à cet égard, particulièrement révé- lateur. Premier pays africain à accueillir une Coupe du monde, Pretoria avait engagé près de 3,9 milliards de dollars pour l’orga- nisation de la compétition, dont au moins 1,3 milliard consacré à la construction et à la rénovation des stades. À l’époque, les projections tablaient sur un afflux massif de visiteurs étrangers et sur un puis- sant effet d’entraînement éco- nomique. Certaines estimations anticipaient plus de 350.000 tou- ristes internationaux supplémen- taires durant la compétition. Mais plusieurs études publiées après le tournoi ont montré que les retom- bées réelles sont restées bien en deçà des attentes initiales. Les données officielles sud-africaines ont finalement recensé environ 110.000 visiteurs étrangers addi- tionnels pendant le «mois du Mondial», soit un niveau nette-
«Le Mondial 2030 ne constitue plus seulement un rendez-vous sportif, il devient un puissant accélérateur de transformation économique.»
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