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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026

IDE «Le défi central est de maximiser l'impact de ces investissements»

Unis. Mais le principal facteur de force, qui commence à être de plus en plus valorisé, est sa pos- ture de neutralité géostratégique. Dans un monde où les blocs se recomposent, notamment autour d'un bloc occidental mené par les Etats-Unis et d'un autre centré autour de la Chine, le Maroc peut jouer un rôle de connecteur. Cela commence à apparaître dans les chiffres, dans les évaluations des institutions internationales et dans nos propres analyses au Policy Center for the New South. Le Maroc est en train de tirer son épingle du jeu dans un contexte international très mouvementé. F. N. H. : Quels sont les deux ou trois signaux d'alerte que vous surveillez personnelle- ment pour évaluer si cette dynamique tient dans la durée ? A. A. A. : Le premier élément à suivre de près est la structure de l'investissement. Il ne suffit pas de constater une hausse des IDE; il faut regarder leur origine, leur diver- sification et leur contribution réelle à la transformation productive. Sur ce point, le Maroc a commencé à relever un défi important ces der- nières années, notamment avec la montée en puissance de la Chine, y compris Hong Kong, qui est deve- nue le 2ème investisseur en 2024 et le 5ème en 2025. Historiquement, la Chine n'était pas aussi présente dans le paysage des IDE au Maroc. Elle voyait plutôt le pays comme un marché. Les choses semblent changer, et le Maroc est de plus en plus perçu comme une plateforme d'investissement et de production. Le deuxième élément est la diver- sification sectorielle. L'industrie est devenue, depuis un certain temps, le secteur qui attire le plus les inves- tisseurs. C'est un signal important. Le Maroc entre clairement dans une nouvelle phase, notamment avec des investissements de grande taille dans la mobilité élec- trique. Ce secteur peut conférer au pays un avantage stratégique sur la scène internationale. C'est un sec- teur d'avenir. Pour la première fois, en Europe, les ventes de voitures électriques ont dépassé celles des voitures à essence. Cela représente un défi majeur pour l'automobile

Dans un monde fracturé entre grandes puissances, le Maroc tire parti de sa neutralité géostratégique pour s'imposer comme plateforme d'investissement. Abdelaaziz Ait Ali, Lead Economist au Policy Center for the New South, décrypte les ressorts d'une attractivité en hausse et les conditions pour qu'elle se transforme en développement réel.

Propos recueillis par Z. A.

Finances News Hebdo : Le Maroc a enregistré une hausse de 73% des IDE sur quatre ans. Cette dynamique repose-t-elle sur des fonda- mentaux structurels solides ou sur une conjonction de facteurs conjoncturels qui pourraient s'inverser rapide- ment ? Abdelaaziz Ait Ali : Il faut d'abord replacer l’évolution des IDE au Maroc dans un contexte mondial. Depuis plusieurs années, et bien avant la pandémie, les flux mon- diaux d'investissements directs étrangers connaissent une ten- dance baissière. Cette tendance a commencé à se dessiner avec les tensions commerciales sino-améri- caines, puis s'est renforcée avec la montée des politiques industrielles nationales et les mesures améri- caines de soutien à l'investisse- ment sur le territoire américain. Le Maroc n'a pas été totalement épargné par cette évolution. Les IDE nets, c'est-à-dire les recettes

d'IDE diminuées des dépenses, ont reculé dans les années récentes, avec un creux observé en 2023, autour de 0,7% du PIB. C'est, à mon sens, la métrique la plus appropriée pour évaluer l'attrac- tivité réelle d'une économie aux yeux des investisseurs étrangers. En 2024 et 2025, la tendance s'est inversée, avec un niveau qui s'est établi autour de 1,3% du PIB. Je ne pense donc pas que le redressement auquel vous faites référence s'agisse simplement d'un mouvement conjoncturel. Nous sommes plutôt face à un nouveau cycle, qui reflète à la fois des facteurs internationaux et des fondamentaux propres au Maroc. Sur le plan international, la reconfi- guration des chaînes de valeur, la fragmentation géopolitique et la recherche de plateformes de production plus stables jouent en faveur du Maroc. Sur le plan interne, cette dynamique consacre

aussi des réformes structurelles engagées depuis plusieurs années, qui ont fait de l'ouverture écono- mique, commerciale et financière un ancrage de la politique écono- mique du pays. Un investisseur étranger cherche d'abord un cadre stable, prévisible et transparent. C'est ce que le Maroc offre, notamment en com- paraison avec plusieurs pays de la région. Le pays dispose d'une continuité dans ses politiques éco- nomiques, ce qui permet aux inves- tisseurs de se projeter. Il bénéficie également d'un cadre de gouver- nance économique qui, malgré les défis que nous connaissons, demeure très attentif à l'investisse- ment étranger. Le Maroc dispose aussi d'un accès privilégié à une part importante du marché mondial à travers ses accords commer- ciaux, avec une position à la porte de l'Europe, de l'Afrique et, dans une certaine mesure, des Etats-

Dans un monde où les blocs se recomposent, notamment autour d'un bloc occidental mené par les États-Unis et d'un autre centré autour de la Chine, le Maroc peut jouer un rôle de connecteur.

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