ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026
DH concerne le minimum net du secteur public et ne constitue pas le SMIG du secteur privé. Le sujet devient donc celui de l'absorption de cette hausse par l'économie réelle. Une augmenta- tion du salaire minimum améliore naturellement le revenu des sala- riés concernés et peut soutenir la consommation intérieure. Mais elle augmente simultanément le coût salarial des entreprises, par- ticulièrement dans les activités à faible productivité et à forte inten- sité de main-d'œuvre telles que le textile, la restauration, le com- merce et certaines activités de services. Or, une étude de Bank Al-Maghrib consacrée spécifique- ment au SMIG au Maroc montre qu'une hausse nominale de 5% du SMIG produit, dans son modèle, une hausse cumulée de 1,24% du salaire réel, mais s'accompagne également d'une accélération estimée du chômage urbain de 2,9%, partiellement compensée par des gains de productivité. Il faut évidemment considérer ces résultats comme des estimations de modèle et non comme une pré- diction mécanique d'une hausse de 34%. Le contexte macroéconomique offre néanmoins une fenêtre de possibilité. La Banque mondiale estime la croissance marocaine à 4,9% en 2025 et prévoit 4,2% en 2026, tandis que l'inflation est reve- nue à un niveau très faible. Mais elle souligne parallèlement que le principal enjeu structurel demeure la productivité et la sous-utilisa- tion de la main-d'œuvre, estimée à 22,5%. Autrement dit, le Maroc peut augmenter les salaires, mais il doit simultanément augmenter la valeur ajoutée produite par heure travaillée. Dans cet ordre d’idées, il serait économiquement plus solide de prévoir des étapes, par exemple, conditionnées à l'évolution de la productivité, de l'inflation, de la croissance et de l'emploi, plutôt que de décréter immédiatement une hausse de plus de 30%. Il faudrait également accompagner les TPME par des mesures tem- poraires telles que la baisse ciblée du coût des charges sur les bas salaires, le soutien à la digitalisa-
Un programme électoral crédible doit expliquer comment ses engagements s'insèrent dans ces contraintes, sans créer un décalage excessif entre les promesses et les ressources mobilisables.
tion et à l'investissement productif, l’amélioration de l'accès au finan- cement et incitations à la forma- lisation. F. N. H. : Le RNI promet la création d’un million d’em- plois et vise un taux de chô- mage inférieur à 9%. Ces objectifs vous paraissent- ils réalistes au regard de la situation actuelle du marché du travail ? Y. G. F. : L’objectif du RNI de créer un million d’emplois à l’hori- zon 2030 est ambitieux, mais il n’est pas, en soi, irréaliste. Il faut cependant le mettre en perspec- tive avec la dynamique actuelle du marché du travail. En 2025, l’éco- nomie marocaine a créé 193.000 emplois, tandis que le chômage s’établissait encore à 13%, avec 1,62 million de chômeurs. Le défi est donc de changer d’échelle et surtout de créer davantage d’em- plois nets et durables. Nous avons besoin d’une véritable dynamique économique qui nous permet de créer au moins 250.000 emplois nets par année budgétaire, c’est- à-dire un chiffre émanant à la fois des créations et destructions de postes. La difficulté est encore plus impor- tante lorsqu’on regarde la struc- ture du chômage. Au-delà du taux global, le chômage touche particu- lièrement les jeunes, les femmes et les diplômés. La nouvelle enquête du HCP pour 2026 confirme par ailleurs une faible participation
des femmes au marché du tra- vail. Au deuxième trimestre 2026, elles ne représentaient que 21,5% de la main-d’œuvre, avec un taux de participation de seule- ment 18,1% contre 66,5% pour les hommes. Cela montre que le problème marocain n’est pas uni- quement de créer des emplois, mais aussi d’augmenter l’offre de travail et l’insertion des catégories aujourd’hui éloignées du marché. Quant à l’objectif d’un taux de chômage inférieur à 9%, il me paraît beaucoup plus exigeant. Passer d’un niveau actuel supé- rieur à 10% à moins de 9% sup- pose non seulement de créer un million d’emplois, mais de créer suffisamment d’emplois nets pour absorber simultanément l’arrivée de nouveaux actifs sur le mar- ché du travail. Cela nécessite une croissance fortement créa- trice d’emplois, une accélération de l’investissement productif, une politique industrielle davantage orientée vers l’emploi, ainsi qu’un meilleur alignement entre les com- pétences produites par le système de formation et les besoins des entreprises. Je dirais donc que le million d’em- plois est un objectif atteignable sous conditions, tandis que le pas- sage sous les 9% constitue un
objectif nettement plus exigeant. La crédibilité du programme ne dépendra pas seulement du chiffre annoncé, mais des mécanismes permettant de l’atteindre tels que les secteurs productifs à cibler, la part des jeunes et des femmes, la contribution des TPME et de l’industrie, et les indicateurs qui permettront de mesurer les résul- tats chaque année. C’est à ce niveau là que se fera la différence entre l’ambition électorale et une véritable politique nationale de l’emploi. F. N. H. : Les programmes électoraux sont-ils suffi- samment précis sur les moyens financiers néces- saires pour transformer ces engagements en politiques publiques ? Y. G. F. : À mon sens, c’est préci- sément sur ce point que se situe l’une des principales limites des programmes électoraux. Plusieurs formations avancent des engage- ments chiffrés et des enveloppes financières importantes, mais la question essentielle reste celle de leur financement effectif. C’est- à-dire quelles ressources sup- plémentaires seront mobilisées, quelles dépenses seront redé- ployées et quel sera l’impact sur le déficit et la dette public. Un pro- gramme crédible ne peut pas seu- lement annoncer ce qu’il veut faire, mais il doit également démontrer avec quelles ressources il compte le faire.
Un programme peut être financièrement équilibré tout en restant économiquement insuffisant s’il ne s’attaque pas aux véritables contraintes structurelles.
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