Finances News Hebdo 1246

ECONOMIE

21

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026

déjà un premier enseignement. On peut en revanche expli- quer le mécanisme, et il n'est pas principalement cultu- rel. Un banquier prête contre deux choses : une informa- tion financière et une visibilité sur les flux. Or, l'auto-entre- preneur ne produit ni bilan ni compte de résultat, il tient un registre de recettes. Son patri- moine professionnel n'est pas séparé de son patrimoine per- sonnel. Son chiffre d'affaires peut dépendre d'un ou deux clients. Ajoutez la retenue à la source, qui rend une partie de ses encaissements incertaine dans la lecture du banquier, et vous obtenez un dossier illisible. Le banquier ne refuse pas par mauvaise volonté : il refuse parce qu'il ne voit rien. Un point rarement dit : il n'existe aucune donnée publique de sinistralité ni de dépendance client par code d'activité au Maroc. Autrement dit, les banques tarifent le risque à l'aveugle - et quand on tarife à l'aveugle, on sur-tarife, tou- jours. D'où ma proposition : faire du chiffre d'affaires décla- ré un actif. Trois années de déclarations régulières et tra- çables constituent un histo- rique de crédit. Cela ne coûte rien au Trésor et transforme la contrainte déclarative en avan- tage pour l'entrepreneur. F. N. H. : Dans quelle mesure le statut peut- il aider à lutter contre l'informel ? Z. F. : Il le peut, mais à deux conditions qu'il faut énoncer clairement. Première condi- tion: le coût d'être en règle doit rester inférieur au risque d'être hors-la-loi. C'est l'équation de base, et elle a été fragilisée par l'illisibilité du dispositif. Deuxième condition : la for- malisation doit donner accès à quelque chose. Si être formel ne procure ni crédit, ni com- mande publique, ni protection, ni reconnaissance, alors c'est une pure charge - et les gens votent avec leurs pieds.

 Les maitres-artisans qui approchent de la retraite doivent former leurs successeurs.

J'ajoute un angle mort dont on ne parle jamais. Le régime comporte une liste de profes- sions exclues. Une personne exclue du statut et qui n'a pas les moyens d'une structure sociétaire n'a aucune option intermédiaire : elle reste dans l'informel, non par choix, mais par défaut de véhicule juri- dique. Dernier point, et il me tient à cœur : les activités que l'on accuse le plus volontiers de fraude - commerce de détail, réparation, production artisa- nale - ne sont pas celles qui présentent les risques les plus élevés lorsqu'on analyse la nomenclature de façon métho- dique. Le récit dominant et les données ne coïncident pas. C'est pourquoi je plaide pour la publication de données : elles nous protégeraient tous, y compris l'administration. F. N. H. : Faut-il donner plus de priorité à la for- mation ? Z. F. : Oui, mais je voudrais élargir la question, parce que le mot «formation» nous enferme dans l'image d'un jeune dans une salle de classe. Le vrai enjeu est la transmis- sion. Nous avons dans ce pays des maîtres artisans qui approchent de la retraite sans avoir formé de successeur : zellige, bois sculpté, ferronnerie, maro-

quinerie, tissage, dinanderie, plâtre traditionnel, métiers du cuivre, restauration du patri- moine. Chaque départ non préparé, c'est un savoir-faire qui s'éteint. Et cela vaut aussi pour les cadres : un expert- comptable, un ingénieur, un architecte ou un médecin à la retraite représente trente ans d'expérience aujourd'hui lais- sée inemployée. C'est le sens de ce que j'ap- pelle la passerelle Maâlem : permettre au maître de trans- mettre officiellement, avec un cadre, une rémunération et une reconnaissance - un label «Maître artisan transmetteur» - et permettre au jeune de s'installer avec un accompa- gnement réel, pas seulement un numéro d'inscription.

Il y a là un levier que personne n'a encore actionné : la Loi de Finances 2026 exonère tota- lement d'impôt sur le revenu les pensions de retraite de base. Cela change l'économie du mentorat, un retraité peut transmettre sans que cela se retourne fiscalement contre lui. Enfin, un mot sur la peur qui bloque tout le monde, notam- ment dans la culture et l'audio- visuel : la crainte de la requa- lification en contrat de travail. Le Québec a traité ce sujet par une loi de juin 2022 qui permet aux travailleurs indépendants du secteur culturel de négocier collectivement sans perdre leur statut d'indépendant. C'est une voie que nous devrions regarder de près, d'autant que les métiers du spectacle et de l'audiovisuel représentent une part très importante de la nomenclature des activités et sont quasiment absents du débat public. ◆

Un point rarement dit : il n'existe aucune donnée publique de sinistralité ni de dépen- dance client par code d'activité au Maroc.

Propositions pour la réforme du statut de l’auto-entrepreneur • Harmoniser les textes de référence et publier une doctrine unique, opposable sur les taux, la TVA et la périodicité des déclarations. • Clarifier publiquement que la retenue de 30% pèse sur le donneur d'ordre, et traiter la mono-dépendance par la donnée plutôt que par le soupçon. • Appliquer les obligations de reporting déjà prévues par la loi et publier des données par code d'activité. • Transformer l'historique de déclaration en historique de crédit, mobilisable auprès des banques. • Créer la passerelle Maâlem et le label «Maître artisan transmetteur», en s'appuyant sur l'exonération des pensions de base prévue par la Loi de Finances 2026. • Moduler les avantages du régime selon la contribution de l'activité aux priorités nationales - innovation, transmission, impact territorial.

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker