DEVELOPPEMENT DURABLE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026
l'autoproduction et l'efficacité énergé- tique, mais dans une logique de «sécu- risation des ressources stratégiques» et de «réduction des dépendances». Le cœur du programme reste l'emploi des jeunes, avec plus de 1,6 million de chômeurs comme marqueur central. Cohérent avec une formation d'opposi- tion qui cible l'électorat le plus défavori- sé, mais muet sur les enjeux industriels. Le RNI, parti du chef du gouvernement sortant, place l'énergie dans un registre de services publics - eau, énergie, édu- cation, santé - sans dimension clima- tique ou industrielle explicite. L'Istiqlal, de son côté, articule son pro- gramme autour de cinq engagements centrés sur la justice territoriale et l'État social. Le climat y est une toile de fond, pas un chantier. La conclusion s'impose d'elle-même. Pendant que les partis se livrent à une surenchère sur l'emploi - le million de postes est devenu, comme l'observe l'éditorialiste Zouhair Yata dans La nou- velle Tribune, «la mise minimale pour être pris au sérieux» -, personne ne parle du MACF. Personne ne propose de taxe carbone nationale. Personne n'évoque la nécessité de doter les PME exportatrices d'un système MRV cré- dible avant septembre 2027. Personne ne s'engage sur une date de sortie du charbon. L'agenda climatique le plus urgent et le plus concret que le Maroc ait à gérer dans les cinq prochaines années est, dans ces programmes, soit absent, soit noyé dans des formulations si générales qu'elles n'engagent à rien de mesurable.
causes imbriquées : • La première est l'absence d'éducation climatique structurée - que nous avons documentée dans notre article précé- dent. Un citoyen qui n'a jamais appris à l'école ce qu'est une empreinte car- bone, ce que coûte une tonne de CO2 à la frontière européenne, ou pourquoi la centrale solaire visible de sa fenêtre ne couvre qu'une fraction des besoins énergétiques de son pays, ne peut pas formuler d'exigence électorale sur ces sujets. On ne vote pas pour ce qu'on ne comprend pas. • La deuxième est la faiblesse de la société civile environnementale au Maroc. Les associations citoyennes, les ONG climatiques, les think tanks indé- pendants sur l'énergie - ceux qui, dans d'autres démocraties, pèsent sur les agendas électoraux, publient des ana- lyses comparatives des programmes, interpellent les candidats publiquement - sont trop peu nombreux, trop peu dotés et trop peu audibles pour peser sur une campagne dominée par les grands médias et les réseaux de nota- bilité. • La troisième - et c'est peut-être la plus profonde - est ce court-termisme struc- turel que les partis partagent avec leurs électeurs, et qui s'auto-entretient. Un électeur dont l'horizon est le mois pro- chain votera pour celui qui lui promet un million d'emplois. Un parti dont l'hori-
zon est le scrutin du 23 septembre pro- mettra exactement ce que cet électeur demande. La transition énergétique, elle, engage le pays sur vingt ans. Elle demande un investissement présent pour un bénéfice futur. Elle réclame une vision longue que le cycle électoral, par nature, ne favorise pas. Le Costa Rica offre, sur ce point, une leçon que le Maroc ferait bien de méditer. Pays à niveau de développe- ment comparable au nôtre, il produit aujourd'hui 99% de son électricité à partir de sources renouvelables. Ce résultat n'est pas tombé du ciel. Il est le fruit d'une culture environnementale construite sur plusieurs générations, ancrée dans l'éducation depuis les années 1980, et portée par une société civile qui a su, décennie après décen- nie, maintenir le climat et la biodiversité au cœur du débat politique, indépen- damment du parti au pouvoir. Au Costa Rica, les partis parlent de transition énergétique parce que les citoyens l'exigent. Au Maroc, ils n'en parlent pas - ou à peine - parce que personne, pour l'instant, ne le leur demande vraiment. Ce n'est pas une fatalité. Mais c'est un choix collectif dont le coût se mesurera, dans environ un an, en tonnes de CO2 non déclarées et en surcoûts carbone absorbés par une industrie exportatrice qu'aucun programme électoral n'a vrai- ment préparée à cette échéance. ◆ * Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition énergétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».
Pourquoi ce silence, et à qui la faute
La réponse commode serait d'incri- miner les partis politiques. Elle serait injuste, ou du moins incomplète. Un programme électoral est, par construction, une réponse à ce que les électeurs demandent. Et ce que les électeurs marocains demandent, c'est du pouvoir d'achat, de l'emploi, des services publics dignes. Pas du MACF. Pas des facteurs d'émission certifiés. Pas de taxonomie verte. Ces préoc- cupations sont légitimes, urgentes, et elles reflètent fidèlement le quotidien de millions de Marocains. Le problème n'est pas que les partis les entendent; c'est qu'ils n'entendent qu'elles. Mais pourquoi les citoyens marocains ne demandent-ils pas davantage sur le climat ? La réponse tient en trois
Un citoyen qui n'a jamais appris à l'école ce qu'est une empreinte carbone, ne peut pas formuler d'exigence électorale sur ce sujet.
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