Finances News Hebdo 1250

ECONOMIE

16

FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 16 OCTOBRE 2026

Décentralisation et déconcentration Le pouvoir peine à quitter Rabat

sources financières. Puis est venue, en 2018, la Charte natio- nale de la déconcentration admi- nistrative, censée accompagner cette mutation en redistribuant les pouvoirs au sein de l'admi- nistration. Sur le papier, l'édifice tient debout. Dans les faits, son fonc- tionnement demeure entravé par des lenteurs, des chevau- chements de compétences, des insuffisances de moyens et une culture administrative encore lar- gement marquée par la centrali- sation. L La régionalisation avancée et la déconcentration administrative avancent à coups de textes, de décrets et de circulaires. Sauf que, plus d’une décennie après leur lancement, les institutions se sont rapprochées des territoires, mais l’autonomie décisionnelle des régions tarde encore à se concrétiser. Par D . William

e discours royal du 9 octobre 2026, prononcé devant le Parlement, a le mérite de remettre les pendules à l’heure. Et les mots sont suffisamment explicites pour ne souffrir aucune interprétation complaisante. «(…) Le retard et les dysfonctionnements qui freinent toujours l’opérationnali- sation de la décentralisation et de la déconcentration affectent les programmes de développement socioéconomique et empêchent de répondre aux préoccupations réelles des citoyens», a affirmé le Roi. Le diagnostic est sans détour. Il vient rappeler qu’on ne déve- loppe pas un territoire depuis un bureau ministériel à Rabat et qu’on ne peut prétendre répondre aux attentes des populations en maintenant l'essentiel des leviers de décision à plusieurs centaines de kilomètres de leurs réalités quotidiennes. Depuis la Constitution de 2011, la régionalisation avancée est pré- sentée comme l'un des grands chantiers de transformation de l'Etat. Les lois organiques de 2015 ont redessiné l'architecture territoriale. Les régions ont été dotées de conseils élus, de com- pétences propres, partagées et transférables, ainsi que de res-

de la capacité à articuler ces deux dimensions. « L'articulation entre décentralisation et décon- centration constitue un fac- teur important de cohérence et d'efficacité de l'action publique territoriale», souligne-t-il. Il rap- pelle que la mise en œuvre de la déconcentration suppose éga- lement une adaptation continue des procédures budgétaires et une meilleure coordination des responsabilités entre les admi- nistrations centrales et territo- riales. Autrement dit, le transfert des compétences ne peut pro- duire les effets attendus sans une transformation parallèle des modes de fonctionnement de l'administration. En effet, que vaut l'autonomie d'une région lorsque la réalisation de ses projets reste tributaire d'une succession d'autorisations, de validations et d'arbitrages centraux ? A quoi sert de dis- poser de directions régionales si celles-ci doivent constam-

ment solliciter leur tutelle pour des décisions qui pourraient être prises sur place ? Et comment demander à des élus de rendre compte de leur bilan lorsque les moyens d'agir ne suivent pas toujours les responsabilités qui leur sont attribuées ? Le risque est de transformer la régionalisation avancée en une architecture institutionnelle sophistiquée, mais insuffisam- ment opérationnelle. Et tout cela a un coût économique et social. Il se traduit par des pro- jets qui tardent à sortir de terre, des investissements ralentis, des services publics dont la qualité demeure inégale et des dispari- tés territoriales qui résistent aux ambitions affichées. « De manière générale, la mul- tiplication des étapes de vali- dation d'un projet peut allonger les délais de concrétisation des investissements et accroître les coûts de transaction pour les porteurs de projets», explique

Arbitrages centraux La décentralisation est censée donner aux collectivités territo- riales les moyens de définir et de conduire leur développement. La déconcentration doit permettre aux représentants territoriaux de l'Etat de prendre localement les décisions relevant de leurs attri- butions. L'une repose sur l'au- tonomie des institutions élues, l'autre sur une redistribution interne des pouvoirs adminis- tratifs. Deux logiques distinctes, mais indissociables. Pour Oussama Attahir, docteur en économie appliquée, l'effica- cité de cette transformation ins- titutionnelle dépend précisément

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker