Finances News Hebdo 1250

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 16 OCTOBRE 2026

marché intérieur et la répartition de la valeur tout au long de la chaîne d’approvisionnement. L’enjeu en effet est double, d’une part, réduire notre vulnérabilité aux chocs pétroliers internationaux, et d’autre part, garantir une meilleure lisibilité des prix pour les consommateurs. Cela suppose un suivi régulier et accessible des cotations, du taux de change, des coûts logistiques et des marges, afin que chaque variation à la pompe puisse être expliquée par des éléments écono- miques vérifiables. F. N. H. : Le Conseil de la concurrence relève une transmission globalement proche des variations internationales aux prix à la pompe, mais avec des écarts selon les périodes et les produits. Comment expli- quez-vous ces écarts ? Y.G.F. : Les écarts observés entre les variations des cotations inter- nationales et celles des prix à la pompe s’expliquent d’abord par le décalage temporel entre l’achat des produits pétroliers, leur acheminement et leur commercia- lisation. Les opérateurs ne s’ap- provisionnent pas tous au même moment, ni nécessairement aux mêmes conditions contractuelles. Les effets des fluctuations interna- tionales peuvent donc apparaître progressivement, selon les stocks disponibles, les dates de renouvel- lement des approvisionnements et les stratégies commerciales des distributeurs. Par ailleurs, le gasoil et l’essence obéissent à des dyna- miques de marché différentes, ce qui peut expliquer des écarts dans l’ampleur et le rythme des ajuste- ments. Cependant, ces différences ne peuvent être appréciées unique- ment à travers la moyenne des prix pratiqués sur le marché. Il faut éga- lement examiner les marges réali- sées par les opérateurs, leur évo- lution dans le temps et les condi- tions réelles de concurrence. Une transmission globalement proche des cotations internationales ne signifie pas nécessairement que chaque variation est répercutée au même rythme ni dans les mêmes proportions. L’enjeu est de renfor-

 La hausse d’environ 0,80 dirham par litre du prix du gasoil, appli- quée le 1 er octobre 2026, illustre la sensibilité du marché national aux fluctuations des marchés internationaux.

cer le suivi périodique des prix et des marges, afin de distinguer les écarts justifiés par les conditions d’approvisionnement de ceux qui pourraient traduire des rigi- dités concurrentielles. C’est une exigence de transparence éco- nomique, mais aussi une condi- tion essentielle pour restaurer la confiance des consommateurs. Il incombe ainsi au Conseil de la concurrence d’en assurer le suivi. F. N. H. : Depuis la libéra- lisation des prix en 2015, les tarifs ne sont plus fixés par l’État. Le mécanisme actuel permet-il une concur- rence suffisante entre les opérateurs et une formation transparente des prix ? Y.G.F. : La libéralisation des prix des carburants en 2015 a trans- féré aux opérateurs la responsa- bilité de fixer leurs tarifs, dans l’espoir que la concurrence profite aux consommateurs. Toutefois, la liberté des prix ne garantit pas, à elle seule, une concur- rence effective. Celle-ci dépend du nombre d’acteurs réellement indépendants, de leurs parts de marché, des conditions d’approvi- sionnement et de la capacité des consommateurs à comparer les prix. Lorsque le marché présente une forte concentration ou que les opérateurs sont exposés à des conditions d’approvisionnement similaires, la concurrence peut rester limitée, même en l’absence de prix administrés. L’enjeu n’est donc pas de remettre systématiquement en cause la libéralisation, mais de s’assurer

qu’elle fonctionne conformément à ses objectifs. Cela exige une transparence accrue sur la forma- tion des prix, un suivi régulier des marges et une surveillance rigou- reuse des pratiques commerciales par le Conseil de la concurrence. Il faut notamment vérifier que les baisses des cotations internatio- nales bénéficient aux consomma- teurs dans des conditions com- parables à celles observées lors des hausses. Un marché véritable- ment concurrentiel se mesure non pas à la liberté dont disposent les opérateurs pour fixer leurs prix, mais à leur capacité à se concur- rencer réellement au bénéfice du consommateur. F. N. H. : Les marges des distributeurs sont réguliè- rement au cœur du débat. Jusqu’où peuvent-elles expliquer les variations des prix à la pompe et faut-il davantage de transparence sur leur évolution ? Y.G.F. : Les marges des distribu- teurs constituent une composante du prix final des carburants, mais elles ne doivent pas être confon- dues avec les variations des cota- tions internationales. Leur poids dans la formation des prix dépend notamment des coûts logistiques, du stockage, du transport, de la distribution et des charges d’ex-

ploitation. Elles ne peuvent donc pas, à elles seules, expliquer toutes les fluctuations à la pompe. En revanche, lorsque les prix évo- luent différemment de ceux des marchés internationaux, il est légi- time d’examiner si cette différence résulte des conditions réelles d’approvisionnement ou d’une évolution des marges commer- ciales. À mon sens, davantage de transparence est nécessaire, sans pour autant assimiler automati- quement des marges élevées à des pratiques anticoncurrentielles. Il serait pertinent de disposer d’in- dicateurs réguliers permettant de suivre l’évolution des marges, de comparer les périodes et de dis- tinguer les coûts d’importation, les charges de distribution et la rému- nération des opérateurs. Cette démarche donnerait au Conseil de la concurrence les moyens d’affi- ner son analyse et aux citoyens de mieux comprendre les prix qu’ils paient. L’objectif n’est pas de fixer arbitrairement les marges, mais de garantir que la libéralisation s’accompagne d’une concurrence effective et d’une formation des prix suffisamment lisible pour tous. F. N. H. : La hausse des car- burants se répercute rapi- dement sur le transport, la logistique et les coûts des entreprises. Quel impact peut-elle avoir sur l’infla- tion, le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises et startups marocaines ? Y.G.F. : La hausse des carburants produit un double effet sur l’éco-

Le renforcement du suivi périodique des prix et des marges permettrait de distinguer les variations liées aux conditions d’approvisionnement des éventuels écarts associés à des rigidités concurrentielles.

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