Finances News Hebdo 1250

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 16 OCTOBRE 2026

Politique industrielle Transformer les turbulences internationales en opportunités de croissance Souveraineté économique, Made in Morocco et ouverture : le Maroc doit désormais penser sa politique industrielle comme une stratégie de puissance.

les marchés internationaux et devenir des références africaines, méditerranéennes ou mondiales ? C’est à cette aune que devrait être évaluée la prochaine étape du Made in Morocco.

Le Made in Morocco doit changer de dimension

Depuis plus de dix ans, l’APMM porte une conviction : l’origine marocaine peut et doit devenir un actif économique, commercial et immatériel. Le Made in Morocco ne doit pas se réduire à un label ou à une campagne de communication. Il doit devenir un véritable instrument de politique industrielle. Cela suppose de rapprocher ce qui est encore trop souvent traité séparément : industrie, commerce extérieur, investissement, innova- tion, formation, agriculture, artisanat, norma- lisation, propriété intellectuelle, financement et promotion internationale. Il ne s’agit pas de créer une structure de plus, mais de bâtir une vision commune. La dispersion constitue en effet l’une des faiblesses de l’approche actuelle. Ministères, institutions, agences et organisations pour- suivent légitimement leurs propres objectifs, mais cette multiplicité d’initiatives peut brouil- ler les messages et réduire l’impact collectif lorsqu’il s’agit de porter une image écono- mique nationale cohérente. Le Maroc a besoin d’une architecture plus lisible, et le Made in Morocco doit être reconnu comme un enjeu national transversal. Le moment est donc venu d’ouvrir ce débat avec le prochain gou- vernement.

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économie mondiale change de logiciel. Pendant des décennies, la mondialisation a reposé sur un principe simple : produire là où les coûts sont les plus compétitifs, organiser les chaînes de valeur à l’échelle de la planète et fluidifier les échanges. Ce modèle n’a pas disparu, mais il n’est plus le même. Crises sanitaires, tensions géopolitiques, conflits commerciaux, fragmentation des chaînes d’approvisionnement, compétition technologique, impératifs climatiques, retour des politiques industrielles nationales : le commerce international reste indispensable, mais il est désormais indissociable des enjeux de souveraineté. Les grandes puissances sécurisent leurs approvisionnements, maî- trisent leurs technologies critiques, reloca- lisent certaines productions et conditionnent de plus en plus leurs politiques publiques, leurs investissements et parfois leurs marchés à des critères de contenu local, d’origine ou de proximité. L’Europe elle-même réfléchit à un «Made in Europe». Le Maroc doit observer ce mouvement avec attention, mais surtout y voir un révélateur. Si les grandes économies renforcent leur souve- raineté productive, le Royaume ne peut s’en tenir à un rôle de spectateur. Le monde se protège; le Maroc doit se renforcer. Considérer la montée du protectionnisme comme une simple menace pour nos exporta- tions serait une erreur stratégique. Elle signale une réalité plus profonde : la valeur écono- mique est redevenue un enjeu de puissance. Produire, c’est maîtriser des compétences, s’appuyer sur des fournisseurs, contrôler des technologies, créer des emplois qualifiés, conserver de la valeur ajoutée, développer des marques, sécuriser ses chaînes d’appro- visionnement et, surtout, disposer d’un pou- voir de négociation.

Par Adil Lamnini, Président de l’Association professionnelle des marques marocaines

ses infrastructures, sa stabilité, ses accords commerciaux et la montée en gamme de ses compétences constituent de réels avantages compétitifs. Mais les chiffres appellent aussi à la luci- dité. Malgré ces succès à l’export, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée nationale n’a guère progressé depuis dix ans, et nos expor- tations ne couvrent que 57% de nos importa- tions. Une question doit donc être posée sans détour : sommes-nous suffisamment maîtres de la valeur que nous créons ? Le Maroc ne doit plus seulement attirer la pro- duction; il doit attirer, développer et retenir la valeur. Une usine installée sur notre territoire est un atout. Mais un écosystème national capable de fournir cette usine, de concevoir ses composants, de développer ses technolo- gies, de former ses ingénieurs, de financer sa croissance et, demain, de créer ses propres marques est infiniment plus stratégique. La question n’est donc plus «combien produi- sons-nous au Maroc ?», mais «quelle part de la valeur créée reste au Maroc ?». Combien de fournisseurs marocains intègrent les chaînes de valeur ? Combien d’entreprises passent du statut de sous-traitant à celui de parte- naire stratégique ? Combien de technolo- gies sont développées localement ? Combien de marques marocaines peuvent conquérir

Un nouveau gouvernement face à un nouveau cycle économique

Le Maroc s’apprête à entrer dans une nouvelle séquence gouvernementale, qui ne pourra être pensée indépendamment des transfor- mations de l’économie mondiale. L’exécutif devra répondre à une question centrale : comment renforcer notre souveraineté éco- nomique sans renoncer à l’ouverture, l’un des grands atouts du modèle marocain ? La réponse ne peut être le repli. Le Maroc n’a ni intérêt ni vocation à devenir une éco- nomie fermée. Sa force tient à sa capacité à être connecté à plusieurs mondes : l’Eu- rope, l’Afrique, le monde arabe, l’Atlantique, la Méditerranée et, de plus en plus, les éco- nomies émergentes. Notre souveraineté doit donc être une souveraineté ouverte, qui élargit notre capacité de choix au lieu de multiplier les frontières. Du «Made in Morocco» au «Made with Morocco» Après le Made in Morocco, il convient de pen- ser le Made with Morocco. Ce changement

De la production à la souveraineté de la valeur

Le Maroc a déjà parcouru un chemin consi- dérable. Automobile, aéronautique, textile, agroalimentaire, électronique, énergies renou- velables, chimie : ces filières l’ont progres- sivement intégré aux grandes chaînes de valeur mondiales. Sa position géographique,

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