Finances News Hebdo 1250

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 16 OCTOBRE 2026

sans voir sa monnaie s’effondrer.

pétrole se payant en Dollars, la devise américaine amplifie méca- niquement l’effet-prix. Les biens d’équipement, achetés surtout en Euros, suivent la même pente : leurs importations devraient pro- gresser de 15,6% en 2026, puis de 8,8% en 2027. Un Dirham plus faible renchérit donc le coût des machines et des équipements que les entreprises marocaines importent pour investir. Les intrants industriels sont aussi concernés. Les importa- tions de soufre, matière utilisée dans la fabrication des engrais, ont presque triplé pour atteindre 27,2 milliards de dirhams. Seule la campagne agricole a atténué le choc : grâce à l’amélioration de la récolte nationale, les importations de blé ont reculé de 18,4% à 9,3 milliards de dirhams. L’enjeu est d’autant plus sensible que les cours restent orientés à la hausse : en août, le blé tendre américain a atteint 263 Dollars la tonne en moyenne, en hausse de 31% sur un an. Une mau- vaise récolte future, combinée à un Dollar fort, serait un cocktail coûteux. Le risque ne se limite pas aux prix. Khalid Doumou rappelle que le pays reste fortement exposé à la hausse du pétrole, du gaz

cependant un coût budgétaire, avec un déficit projeté à 3,4% du PIB en 2026, et la Banque cen- trale ne cache pas que la pression pourrait s’installer. Elle évoque la persistance de l’inflation importée à un niveau relativement élevé, et son inflation sous-jacente devrait passer de -0,2% en 2026 à 2,2% en 2027. Un Dirham durablement plus faible rendrait ce maintien des prix plus coûteux, ou ferait remonter la facture à la pompe et dans les rayons. Le signal d’alerte vient d’en amont. L’Indice des prix à la production industrielle, publié mensuellement par le haut-commissariat au Plan, enregistre des hausses succes- sives, +0,1% en juillet puis +0,4% en août, alors que l’inflation per- çue par le consommateur reste très faible. «C’est le signal direct que les surcoûts d’importation et de transport sont absorbés tem- porairement par les marges des entreprises avant d’atteindre le marché» , analyse Khalid Doumou. Pour lui, le consommateur ressent surtout, dès à présent, le contre- coup de la hausse des produits de consommation courante et des carburants, tandis que les indus- triels et les gros opérateurs du commerce extérieur encaissent l’essentiel de l’inflation importée. Le rebond est d’ailleurs attendu : les prévisionnistes du FMI tablent sur une inflation de 1,4% à 1,5% en 2027 contre 0,9% en 2026. À l’autre bout de la chaîne, ceux qui perçoivent des devises en profitent. Les transferts des MRE ont atteint 89,2 milliards de dirhams à fin août, contre 81,8 milliards un an plus tôt, soit +9%. Un Euro envoyé de France ou un Dollar de New York achète plus de Dirhams : le pouvoir d’achat des familles bénéficiaires augmente, et investir ou acheter un bien au pays devient plus accessible pour la diaspora. Une réserve s’impose toutefois, car cette hausse est exprimée en Dirhams et inclut donc une part d’effet de change que les statistiques disponibles ne permettent pas d’isoler. Le tourisme suit la même logique. Les recettes voyages progressent de 9,7% à 97,9 milliards de dirhams, alors que les dépenses

La Fed relève ses taux, le Dirham décroche et les importateurs, industriels et consom- mateurs paient déjà davantage, tandis que la diaspora et le tourisme y gagnent.

Importations, énergie, inflation : la facture qui grossit C’est du côté des achats à l’étran- ger que la dépréciation fait le plus mal. À fin août, les importa- tions ont progressé de 15,8% à 617,5 milliards de dirhams contre +8,7% pour les exportations à 334,9 milliards. Le déficit commer- cial atteint ainsi 282,6 milliards, en hausse de 25,4%, et le taux de couverture des importations par les exportations recule à 54,2% contre 57,7% un an plus tôt. Il faut lire ces chiffres avec pru- dence : exprimés en Dirhams, ils mélangent l’effet des volumes, celui des prix mondiaux et, de plus en plus, celui du change. Tous les grands postes sont touchés. À fin juillet, les impor- tations avaient progressé de 15,9%, tirées par les produits finis d’équipement (+20,8%), les pro- duits énergétiques (+29,1%) et les produits finis de consommation (+12,3%). Pour l’énergie, la ten- dance devrait se confirmer sur l’année : Bank Al-Maghrib pré- voit une hausse de 28,4% de la facture énergétique en 2026, à 138,1 milliards de dirhams, dans un scénario de Brent nettement supérieur à celui de 2025. Le

et de certaines matières straté- giques, comme le soufre et l’am- moniac, dont dépend le Groupe OCP, pourtant grand pourvoyeur habituel de devises : les pays du Golfe représentent entre 40% et 48% de ses importations de ces deux intrants. Il en tire une consé- quence : certains grands groupes industriels «devront diversifier leur stratégie d’approvisionnement pour ne pas se trouver pris dans des goulots d’étranglement logis- tiques internationaux», dont les effets sur les coûts de production peuvent être «dévastateurs» pour des industriels très exposés aux risques géopolitiques, commer- ciaux et de change. Les industriels et décideurs éco- nomiques marocains font face, résume l’économiste, à «un véri- table effet de ciseau macroéco- nomique, où les risques géopo- litiques, logistiques et financiers s’alimentent mutuellement». Les surcoûts naissent du blocage de corridors stratégiques, de l’allon- gement des délais de livraison, de la flambée des coûts du transport de conteneurs et des primes d’as- surance pour risques de guerre. Pour l’État, la situation est à double tranchant. Les recettes douanières ont progressé de 7,1% à 69,7 milliards de dirhams à fin août, portées principalement par la TVA à l’importation et les taxes sur les produits énergé- tiques. Autrement dit, la hausse de la facture importée gonfle en partie les recettes fiscales, mais elle alourdit aussi le coût des mécanismes de soutien aux prix. Le consommateur a été relative- ment épargné jusqu’ici. L’inflation s’est limitée à 0,3% en moyenne sur les huit premiers mois de 2026, avec une prévision de 0,7% sur l’ensemble de l’année avant une remontée à 1,5% en 2027. L’effet de la hausse de l’énergie a été contenu grâce au soutien aux transporteurs routiers et au maintien des prix du gaz butane et de l’électricité. Ce bouclier a

Khalid Doumou : Ce qui se joue au-delà du Dirham Nouveau président de la Fed, nouvelle orientation de la politique monétaire américaine : pour Khalid Doumou, «il fallait s’y attendre», tant les tensions étaient devenues fortes entre Donald Trump et Jerome Powell, après ses deux mandats de quatre ans à la tête de la Banque centrale américaine. Le resserrement monétaire a repris de manière concrète sous la direc- tion de Kevin Warsh, adoubé par le président américain. Le 16 septembre, la Fed a voté à l’unanimité une hausse de 25 points de base, la première depuis plus de trois ans, déclenchée par une inflation persistante (énergie, tensions au Moyen-Orient) et par une économie amé- ricaine d’une solidité surprenante. La Banque centrale européenne a opéré le même virage. Le 10 septembre, son Conseil des gouverneurs a relevé de 25 points de base ses trois taux directeurs (facilité de dépôt à 2,50%, opérations principales de refinancement à 2,65%, facilité de prêt marginal à 2,90%), après un premier relèvement de même ampleur en juin. L’inflation atteint 3,6% aux États-Unis et 3,8% dans la zone Euro, et l’effet sur les changes est direct : des placements plus rémunérateurs attirent les capitaux étrangers et renforcent mécaniquement le Dollar et l’Euro. Après avoir injecté des milliers de milliards de dollars et d’euros pendant la pandémie, les deux Banques centrales font machine arrière en réduisant la taille de leur bilan. Elles ne réinvestissent plus les obligations arrivant à échéance, ce qui retire des liquidités du système financier mondial, et exercent une pression à la hausse sur les taux longs, ce qui renforce l’impact du resserrement du crédit. Sur le marché national, le Maroc manque déjà de Dollars et d’Euros, relève l’économiste, ce qui a eu un «impact endogène» : le Dirham aurait été poussé à la baisse de manière interne à hauteur de 2,6%. Reste l’inconnue géopolitique. Les crises en Ukraine et au Moyen-Orient ont des intensités, des durées et des portées qu’on ne peut prédire, «sauf à disposer d’une boule de cristal». Khalid Doumou veut croire que les événements qui troublent la liberté du commerce mon- dial s’atténueront l’an prochain.

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