FNH N° 1251

BOURSE & FINANCES

11

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026

Taux longs Ce qui pousse les rendements à la hausse au Maroc

capitaux sur une longue période. CFG rappelle toutefois que les pré- visions de Bank Al-Maghrib citées dans la note, soit 0,7% d’inflation en 2026 et 1,5% en 2027, restent compatibles avec une évolution modérée des prix. Un scénario à 3,80% déjà dans les valorisations boursières Cette remontée des rendements aide à comprendre la correction des actions depuis la fin août. Le MASI a perdu environ 12% entre août et octobre, alors que la masse bénéficiaire des sociétés cotées progressait de 7,4% au premier semestre, et de 14,2% après retrai- tement des principaux éléments exceptionnels. La hausse du taux sans risque réduit les multiples que les investisseurs acceptent de payer, même lorsque les bénéfices augmentent. Pour mesurer l’ajustement déjà réalisé, CFG Research rapproche le rendement du bon du Trésor à dix ans de l’inverse du PER du marché, en retenant un écart his- torique moyen de 1,88 point de pourcentage. Selon ce modèle, le PER ajusté de 17,6 fois les béné- fices attendus en 2026 correspond à un taux à dix ans implicite de 3,80%, contre 3,60% sur le marché secondaire. Les cours intégreraient ainsi une hausse supplémentaire de 20 points de base. Hors Managem, dont le multiple élevé relève la valorisation d’ensemble, le PER retombe à 16,2 fois. Le taux impli- cite ressort alors autour de 4,30%, un niveau que CFG juge hautement improbable dans les conditions actuelles, compte tenu de l’inflation maîtrisée, de l’orientation monétaire et des besoins de financement du Trésor. La société de recherche n’exclut pas que le rendement à dix ans atteigne 3,80% à moyen terme. Elle estime néanmoins que l’essen- tiel de l’ajustement boursier associé a déjà eu lieu. Une correction rési- duelle reste possible à court terme, mais serait limitée dans ce scé- nario. Une prolongation du conflit pourrait, en revanche, affecter aussi les bénéfices des entreprises, notamment ceux des banques et des industries fortement dépen- dantes des matières premières et des dérivés pétroliers. ◆

Arbitrages de financement du Trésor, concurrence des certificats de dépôt, tensions sur les liquidités et anticipations d’inflation… CFG Research détaille les ressorts de la remontée des taux longs. Selon ses calculs, les cours boursiers intègrent déjà un rendement du bon du Trésor à dix ans de 3,80%, supérieur au niveau observé sur le marché secondaire. Par Y . Seddik

 Les taux longs montent malgré une inflation faible, mais la Bourse aurait déjà absorbé l’essentiel du choc, selon CFG Research.

L

e rendement du bon du Trésor à dix ans est passé de 3,15% en janvier à 3,60% en octobre, soit une progression de 45 points de base. Pourtant, l’inflation reste contenue et le taux directeur de Bank Al-Maghrib demeure à 2,25%. Dans une note datée du 19 octobre, CFG Research explique ce déca- lage par les contraintes de liquidité et les anticipations des investis- seurs, qui pèsent davantage sur les échéances longues que les condi- tions monétaires immédiates. Une partie de la tension se nour- rit de l’incertitude entourant les choix de financement du Trésor. Face à des conditions d’emprunt internationales jugées coûteuses, les investisseurs envisagent un report des levées à l’étranger et, en contrepartie, un recours plus important au marché domestique. La perspective de voir le Trésor solliciter davantage l’épargne locale suffit alors à relever les rendements exigés sur ses émissions longues.

CFG Research distingue cette inquiétude d’une dérive des besoins de financement de l’État. Malgré l’effort d’investissement public et le dépassement des dépenses de compensation par rapport aux pré- visions budgétaires, ces besoins resteraient maîtrisés. La pression viendrait donc davantage de leur répartition entre ressources inté- rieures et extérieures que de leur montant global. Les banques contribuent égale- ment à cette concurrence pour les capitaux disponibles. Confrontées à un déficit de trésorerie persistant, elles ont intensifié leurs émissions de certificats de dépôt. Ces pla- cements captent une partie des liquidités à court et moyen termes, au détriment des obligations de longue durée. Selon la société de recherche, cet effet d’éviction réduit la demande institutionnelle sur les échéances éloignées et conduit le Trésor à proposer des rendements plus élevés pour attirer

les souscripteurs. À cette concur- rence s’ajoutent les tensions sur les flux de devises. CFG Research souligne le renchérissement de la facture énergétique et le repli des exportations de phosphates, qui réduisent les liquidités disponibles malgré des réserves de change jugées solides. La note relie notam- ment les difficultés de la filière phosphatière aux perturbations de l’approvisionnement en soufre, nécessaire à la fabrication des engrais, dans le contexte du conflit au Moyen-Orient. Ce resserrement se transmet au marché monétaire et limite la capacité de souscription aux adjudications du Trésor. Les investisseurs regardent aussi au-delà de l’inflation actuelle. Le maintien d’un pétrole cher, éven- tuellement conjugué à une nouvelle sécheresse en 2027, pourrait ravi- ver les pressions sur les prix. Ce risque les incite à demander dès aujourd’hui une rémunération sup- plémentaire pour immobiliser leurs

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker