ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026
Il faut, en outre, garder à l’esprit l’importance de la mise en œuvre de la régionalisation avancée dans nos douze régions, en tenant compte des choix stratégiques adaptés aux avantages comparatifs de chacune. L’approche ascendante, ou «Bottom-up», est primordiale pour redessiner le visage de nos villes et de nos campagnes, en tenant compte des spécificités territoriales et des besoins de chaque commu- nauté, de la commune au douar. Pour créer de nouvelles métropoles d’équilibre, en transformant des villes secondaires en pôles de pre- mière importance, la déconcentra- tion et la décentralisation adminis- tratives doivent se concrétiser sur le terrain, à l’échelle territoriale. F. N. H. : Le Maroc enregistre une croissance économique qui ne se traduit pas toujours par une amélioration res- sentie des conditions de vie. Comment expliquer ce déca- lage entre les performances macroéconomiques et le pou- voir d’achat des ménages ? Kh. D. : Pour transformer la crois- sance en richesses suffisantes et équitablement réparties, il faut que le capitalisme patrimonial marocain adoube le capitalisme entrepreneu- rial, à savoir TPE, PME, PMI et start- up et accepte de ne plus s’étendre de manière toujours plus tentacu- laire et hégémonique, en mettant la main sur plusieurs métiers à la fois et en phagocytant tout le fon- cier disponible. Le programme Cap Access du Fonds Mohammed VI pour l’investissement doit servir cet objectif. Nous avons constaté, ces dernières années, une forte progression de la richesse privée des ultrariches. Ainsi, 432 capitalistes marocains posséderaient aujourd’hui plus de 30 millions de dollars, contre 305 en 2021. Quant aux millionnaires en dollars, ils seraient désormais 8.300. C’est positif si une partie de ces fortunes est réinjectée dans les circuits de production et de distribu- tion domestiques. Les 10 à 20% des ménages les plus aisés captent près de 50% des revenus globaux du pays, tandis que 80% de la population doivent se partager une portion congrue des fruits de la croissance.
L’augmentation des grandes fortunes au Maroc contraste avec les inégalités de revenus.
Comme le rappellent les analyses du Policy Center for the New South et du Conseil économique, social et environnemental (CESE), la classe moyenne marocaine est très hété- rogène. Elle ne constitue plus un ensemble homogène et bien défini comme par le passé, notamment parce que la sécurité de l’emploi à vie n’est plus garantie. La frange inférieure de cette classe moyenne oscille ainsi en perma- nence aux frontières de la vulné- rabilité économique. La crise de la Covid-19 a d’ailleurs illustré cette nouvelle réalité, marquée par la fra- gilité des chaînes logistiques. Le moindre choc sanitaire, la perte d’un emploi ou une hausse sou- daine des prix alimentaires peuvent faire basculer ces ménages dans le déclassement social. F. N. H. : Dans quelle mesure la faiblesse de la création d’emplois, les inquiétudes liées au chômage et les difficultés d’épargne des ménages risquent-elles de limiter la dynamique de la consommation intérieure ? Kh. D. : Le piège de la pauvreté à l’échelle macroéconomique, sou- vent lié ou confondu avec le piège du revenu intermédiaire, désigne une situation dans laquelle un pays, après être sorti de la catégorie des nations les plus pauvres pour atteindre celle des pays à revenus intermédiaires inférieurs, comme le Maroc, l’Égypte ou l’Inde, voit sa dynamique de développement sta- gner ou s’inverser. La pauvreté cesse alors de recu- ler et la croissance démographique dilue le revenu moyen par habitant,
créant une boucle de rétroaction négative dont il est très difficile de sortir. Selon les dernières projections démographiques actualisées du HCP, la fin programmée du divi- dende démographique au Maroc, autrement dit la fermeture de sa «fenêtre d’opportunité», intervien- drait à l’horizon 2038-2040. Autant dire que le temps presse. Les quinze prochaines années, soit l’équivalent de trois mandatures législatives, seront cruciales pour le décollage économique du pays. Le Maroc est en train de contrac- ter une dette démographique. La baisse rapide du taux de fécon- dité, passé sous le seuil de 2,1 enfants par femme à 1,97 selon les derniers indicateurs du HCP, com- binée à l’approche de la fin du divi- dende démographique, rapproche l’échéance à laquelle le pays devra financer les besoins d’un nombre croissant de seniors avec une base d’actifs proportionnellement plus restreinte. Pour transformer cette fenêtre démographique de quinze ans en dividende économique réel, il faut identifier quatre leviers majeurs, à savoir la création d’emplois produc- tifs, avec une valeur ajoutée mesu- rable et des conditions d’exercice dignes, l’inclusion économique des femmes, l’investissement massif dans le capital humain et une gou- vernance efficace.
F. N. H. : Quelles devraient être les priorités du nouveau gouvernement pour renforcer la dynamique économique et répondre aux principales attentes des ménages et des entreprises ? Kh. D. : Pour avoir un discours pré- cis et concis, il faut bien séparer les deux notions de croissance et de développement, et ne plus continuer à les confondre à tout prix. Un pays peut connaître un essor économique important sur plusieurs années sans que celui-ci se répercute automati- quement, par effet de ruissellement ou de ricochet, sur toutes les couches et classes sociales. C’est désormais un constat avéré. Depuis 1990, seules 34 économies à revenu intermédiaire ont réussi à accéder au statut de pays à haut revenu, avec moins de 250 millions de personnes au total. Le Maroc se situe dans cette catégorie de marchés frontières qui cherchent à accéder au statut de pays émergent. Toutes les décisions politiques prises au plus haut niveau de l’État marocain traduisent la volonté de créer une croissance durable, en sécurisant des secteurs clés comme l’eau, la produc- tion d’énergie propre, le transport et la logistique. Cette ambition doit également tenir compte des trois grandes transitions en cours, à savoir la transition éco- logique, portée notamment par les conférences des Nations unies sur le climat (COP), la transition numérique avec l’avènement de l’intelligence artificielle générale, ainsi que la tran- sition démographique et sociétale, qui revêt une importance considérable pour réussir le défi de la construction de l’État social auquel aspirent encore tous les Marocains. ◆
Les 10 à 20% des ménages les plus aisés captent près de 50% des revenus globaux du pays, tandis que 80% de la population doivent se partager une portion congrue des fruits de la croissance.
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