FNH N° 1251

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026

dit en substance Antonio Guterres, en appelant l’Algérie à répondre à cette main tendue. Le roi du Maroc la propose d’ailleurs à chacun de ses discours : une solution poli- tique mutuellement acceptable, avec l’autonomie comme cadre, et c’est la substance de la résolution 2797. À partir de là, il faut se mettre autour de la table et faire des pro- positions institutionnelles. Quelle forme d’autonomie ? Dans quels secteurs y aura-t-il délégation de pouvoirs ? Comment se mettra en place cette assemblée consulta- tive dans laquelle les populations sahraouies auront leur mot à dire sur certains sujets ? Faut-il aller jusqu’à une autonomie complète sur certaines thématiques ? F. N. H. : Ne risque-t-on pas un dialogue de sourds, de simples pirouettes diploma- tiques ? E. D. : À un moment ou à un autre, il faudra bien avoir un modus operandi. On ne peut pas partir du principe que la résolution appelle à un cadre de dialogue autour d’un statut d’autonomie qui ne serait pas l’autodétermination, et dire en même temps qu’on ne veut pas de l’autonomie. Sinon, le dia- logue est rompu et la résolution est caduque. Mais on n’est pas dans un dia- logue de sourds, parce que le concept d’autonomie est très élastique. L’autonomie, ce n’est pas l’indépendance, et ce n’est pas le préalable à une indépen- dance. C’est une décentralisa- tion approfondie, un approfon- dissement de la régionalisation. Vous avez voté en 2015 une loi qui donne plus de pouvoirs aux régions : c’est la continuité de ce processus. Il faut définir jusqu’où va l’autonomie et dans quels secteurs il y a une dévolution nouvelle de pouvoirs : moins de déconcentration, plus de décen- tralisation, plus d’autonomie financière. C’est ce que nous avons fait en France, avec une loi qui donne aux régions des com- pétences globales, voire exclu- sives, que l’État ne partage plus. Je crois que cela devrait être un cadre de dialogue possible.

 Des parlementaires américains veulent, en même temps que le vote, faire désigner le Polisario comme organisation terroriste, d’autant qu’il se rapproche des positions iraniennes.

F. N. H. : Qu’est-ce que cela changerait si la reconduc- tion était de six mois ? E. D. : Il y a des bruits insistants : l’ambassadeur Waltz l’a évoqué en filigrane, un renouvellement non pas pour un an comme jusqu’à présent, mais pour six mois. Cela enlèverait de la légitimité à l’envoyé spécial, dont la position serait affaiblie. D’autant qu’il risque de ne pas rester en poste avec le prochain secrétaire général : un nouveau secrétaire général a sou- vent à ses côtés des envoyés spé- ciaux qui lui sont proches, politi- quement. Ce n’est pas une remise en cause de Staffan de Mistura, mais il est possible qu’il ne soit plus représentant spécial. Cela réduirait la marge de manœuvre de l’actuel représentant, puisque le vote aura lieu avant la fin du mandat d’Antonio Guterres. Cela redonnerait aussi de la force à un dialogue à quatre, avec la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie et, c’est la vraie question, une repré- sentativité sahraouie qui, pour l’instant, est le Polisario, mais pas obligatoirement. Le Maroc insiste sur le fait que la représentativité des Sahraouis passe aussi par d’autres mouve- ments, notamment le mouvement sahraoui pour la paix, qui peut être une alternative. La position de principe du Maroc, c’est que le Polisario ne peut pas être recon- nu, parce qu’il est qualifié d’or- ganisation terroriste par un cer- tain nombre de pays. Vous aurez remarqué une évolution positive: des parlementaires américains veulent, en même temps que le

vote, faire désigner le Polisario comme organisation terroriste, d’autant qu’il se rapproche des positions iraniennes. Quand on classe les Frères musulmans, le Hezbollah ou le Hamas comme organisations terroristes, il n’y a pas de raison de ne pas le faire pour le Polisario. F. N. H. : Justement, les États-Unis et le Maroc défi- nissent le Polisario comme une organisation terroriste. Discute-t-on avec des terro- ristes ? E. D. : C’est justement tout l’enjeu: définir quelle est la quatrième par- tie qui occupera le siège. F. N. H. : Du coup, avec qui avons-nous vocation à dia- loguer ? E. D. : C’est toute l’ambiguïté. Mais vous décrivez précisément ce qu’est l’ONU depuis 80 ans, sur tous les dossiers : la raison d’être du multilatéralisme est de rester ambigu, sans objectif précis. C’est sa faiblesse, mais aussi sa grande force, parce que cela permet de dialoguer. C’est l’unique endroit où l’on peut dialoguer de cette manière, sauf à externaliser la médiation, comme l’ont fait les Libyens avec les médiations de Skhirat et de Bouznika. Le paradoxe, c’est que le Maroc a intérêt à ce que cette situation se

règle dans le cadre onusien, et non à un retour de la question à l’inté- rieur de l’Union africaine, comme le voudrait l’Algérie. F. N. H. : La position amé- ricaine a laissé planer un certain flou ces dernières semaines. Est-ce inquiétant pour le Maroc ? E. D. : Oui et non. Oui, parce que la parole américaine est déter- minante et audible auprès d’un certain nombre de membres du Conseil de sécurité. Mais elle sera sans doute tempérée par une certaine routine : l’ambassadeur Waltz sera dans son rôle en rap- pelant le soutien des États-Unis au Maroc, l’ancienneté de la relation diplomatique, la dynamique des accords d’Abraham et le rappro- chement entre les Émirats arabes unis, le Maroc et Israël. Il faut aussi noter que ceux qui portent ce dossier en profondeur côté américain, je pense notam- ment à Jared Kushner, sont davan- tage tournés vers le Moyen-Orient que vers l’Afrique du Nord. Le dos- sier marocain n’est plus prioritaire. Il y a peut-être une attente un peu exagérée, focalisée sur la position américaine. Et puis, la position américaine compte-t-elle tant que cela ? Vis- à-vis de pays avec lesquels le hiatus est de plus en plus pré- sent, comme la France, la Grande- Bretagne, la Russie ou la Chine, une nouvelle sortie de Donald Trump ne les mobilise guère. Il faut tenir compte de la dépréciation de la politique étrangère américaine, dont on ne mesure que la pointe de l’iceberg. Sur la question pales-

La position du Maroc ne se mesure pas seulement à la perception que l’on a d’elle sur le Sahara, mais au rôle du Maroc, tout court, dans les crises internationales.

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