FNH N° 1251

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026

tinienne, ou à propos de la Cour pénale internationale, les positions françaises montrent que Paris ne se préoccupe pas de l’avis amé- ricain. F. N. H. : La position fran- çaise pourrait donc jouer un rôle plus déterminant que celle des Américains ? E. D. : Si j’étais ambassadeur du Maroc, je jouerais cette carte: celle d’une meilleure compréhension de la politique arabe et moyen- orientale de la France, notamment après l’avancée considérable sur la question palestinienne, avec le prince héritier Mohammed ben Salmane. Il y a aujourd’hui un regain de crédit de la position d’équilibre française. La diplomatie française gagnerait à se saisir pleinement du sujet. C’est aussi notre héritage, notre façon de voir la sortie de crise qui est en jeu : une diplomatie d’équi- libre éclairée, sur laquelle, avec la nouvelle configuration politique marocaine, nous pourrions parti- culièrement briller et inspirer nos partenaires. F. N. H. : Il y a eu récemment des changements au Quai d’Orsay, notamment sur le Maghreb. La France a-t-elle intérêt à se positionner sur ce dossier dans les der- niers mois de la présidence Macron ? E. D. : La diplomatie française est dans une phase politique qui la fragilise, voire la tétanise : cela touche la direction Afrique du Nord et la direction des Nations unies du ministère. C’est une réa- lité. Mais les changements de per- sonnes n’entraînent pas un chan- gement de politique. Mon expé- rience ministérielle me dit que tout cela est assez cyclique. Ce qui est important, c’est qu’il n’y a pas de changement à la représentation française à l’ONU. Il y a une stabilité. Et la position que nous défendons s’inscrit dans un multilatéralisme qui sera le fil conducteur du prochain président, quel qu’il soit : indépendance, sou- veraineté, troisième voie entre des États-Unis dont nous nous déta- chons et une Russie comme une Chine de plus en plus offensives à

notre égard. La position marocaine sera donc défendue, parce que c’est une position d’équilibre, et parce que la diplomatie française a besoin de partenaires, de pays qui partagent des vues convergentes. C’est le cas de la France et du Maroc sur la question palestinienne, sur la sortie des crises, sur l’évolution de la représentativité et du leadership au sein de l’ONU, ainsi que sur la place de l’Afrique dans le jeu international. Il ne reste finalement que des contingences, plus de divergences de fond. Les divergences portaient sur la question des visas, sur la question algérienne, qui a été tranchée politiquement. Quel que soit le successeur d’Emmanuel Macron, il n’y aura pas de retour en arrière. D’autant que l’Algérie pratique la politique du bâton, en proclamant un embargo sur les produits français. F. N. H. : Vous évoquiez plus tôt la place de la Mauritanie dans les discussions. Quel rôle peut-elle jouer ? E. D. : Le président Ghazouani est affaibli. Il vient de changer de gouvernement après des preuves avérées de corruption dans le pré- cédent, et les appétits s’expriment de plus en plus autour de la manne pétrolière et gazière. La Mauritanie est fragile. Cette fragilité peut se traduire par la volonté de ne se fâcher avec personne, ni avec l’Al- gérie ni avec le Maroc : une posi- tion ambiguë est une option. Autre hypothèse : la Mauritanie poursuit la dynamique lancée il y a un an et demi entre Nasser Bourita et son homologue mauri- tanien, c’est-à-dire la reprise du dialogue bilatéral, et se range de fait au plan d’autonomie de 2007. Il y a aussi sa capacité de dialogue avec la France, qui pourrait jouer un rôle d’incitation à la modéra- tion. Enfin, il y a la position de Nouakchott vis-à-vis des États- Unis : en choisissant le Maroc comme partenaire stratégique majeur hors OTAN, Washington a un peu vexé les Mauritaniens - les Sénégalais aussi, d’ailleurs. La Mauritanie se sent isolée diplo- matiquement, d’autant qu’elle n’a plus son rôle de stabilisateur dans

la lutte antiterroriste : le G5 Sahel n’existe plus. Le Maroc s’est aussi, aux yeux de certains, y compris en France, trop rapproché des pays de l’AES, (Alliance des États du Sahel : Burkina Faso, Mali et Niger) alors que la France est dans une logique de rupture totale avec eux. On l’a vu ces dernières heures avec le président tchadien, venu deman- der un retour d’influence, voire de militaires français : le président français a refusé catégoriquement. Quand le Maroc propose une médiation avec le Mali, le Niger et le Burkina, la France refuse aussi. F. N. H. : Globalement, le rapport de force diploma- tique reste-t-il favorable au Maroc, malgré toutes ces nuances ? E. D. : Oui, il reste favorable au

Maroc, pour plusieurs raisons. La première, c’est une solidarité de fait quasi exclusive avec les pays africains : les trois quarts des pays de l’Union africaine ne soutiennent plus la position du Polisario. Et le Polisario va être fortement affaibli au sein de l’Union africaine avec la reconnaissance quasi acquise de l’indépendance du Somaliland, ce qui rendra son statut d’observa- teur quasiment caduc, ou en tout cas inapproprié. La position du Maroc à l’Union africaine, via ses partenaires, s’est renforcée : on l’a vu récemment avec le Gabon, qui a réaffirmé son adhésion à la marocanité du Sahara. Deuxième élément : les diplo- mates marocains, contrairement aux Français, ne bougent pas. Youssef Amrani est solidement ancré à Washington, Omar Hilale est un ambassadeur éloquent, reconnu comme tel, et particu- lièrement actif. On l’a encore vu ces derniers jours à la Quatrième Commission pour préparer juridi- quement la prochaine résolution, attendue autour du 31 octobre, peut-être le 30 octobre ou le 1 er

Les trois quarts des pays de l’Union africaine ne soutiennent plus la position du Polisario.

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