POLITIQUE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026
Unis ne le sont plus. La Russie non plus : elle voit l’Ukraine se rapprocher des pays du Golfe en leur fournissant des capacités de drones et d’anti-drones que les Américains n’ont pas voulu ou pu fournir, et elle est dans une forme de schizophrénie vis-à-vis de ses partenaires. Elle (la Russie, ndlr) a encore tendu la main à l’Ara- bie saoudite, qui reste pourtant le partenaire militaire privilégié des États-Unis. Le Pakistan et la Turquie se font concurrence pour le leadership arabo-musul- man sunnite. Nous sommes dans des sables mouvants qui évoluent très vite. La position du Maroc, c’est donc d’être cohérent avec lui-même. Le roi reste sur l’absolue néces- sité de stabiliser la région et de converger diplomatiquement avec Tel-Aviv depuis les accords d’Abraham, tout en présidant le comité Al-Qods et en posant la condition de la tenue d’élections en Palestine. Le Maroc veut aussi jouer le rôle non pas de médiateur, mais de facilitateur : il entretient de bonnes relations avec la Russie et la Chine, tout en étant parte- naire privilégié de pays qui sont en compétition, voire en confron- tation, avec elles, la France et la Grande-Bretagne vis-à-vis de la Russie, les États-Unis vis-à-vis de la Chine, même si cette confron- tation ne dit pas tout à fait son nom. F. N. H. : Ce qui pourrait blo- quer au Conseil de sécurité, ce serait donc la Russie ? E. D. : S’il y avait un vote, je parie- rais effectivement dessus. La Chine peut bouger et s’associer à un vote positif : on passerait alors à 12 voix. La Russie, elle, ne bou- gera pas. Elle pourrait voter dans le même sens que les États-Unis, mais elle ne s’associera pas à la France et à la Grande-Bretagne, à 100%, parce que nous sommes en guerre avec elle.
F. N. H. : Ce n’est pas une guerre ouverte avec la France, tout de même… E. D. : Pas une guerre ouverte, non, mais le discours du SACEUR, le commandant suprême des forces alliées en Europe, à l’occasion du sommet de sécurité de Varsovie, a été clair : nous ne sommes pas en guerre, mais si la Russie veut entrer en guerre, nous serons non plus dans une logique défensive, mais dans une logique de bloquer, d’endiguer et de briser la Russie. C’est la première fois qu’un com- mandant suprême de l’OTAN en Europe l’exprime ainsi. Ce n’est pas une guerre militaire, mais c’est une guerre : depuis 2022, il y a eu 150 attaques hybrides, et des attaques hybrides restent des attaques. F. N. H. : Que donnerait le vote, sur la base de la com- position actuelle du Conseil de sécurité ? E. D. : Prenons la composition 2026-2027, car certains membres sortants quittent le Conseil à la fin de l’année : Bahreïn, la Colombie, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, le Liberia, le Pakistan, le Panama, la RDC et la Somalie. Bahreïn n’a pas de problème, au regard du pacte d’Abraham. La Colombie a reconnu la maroca- nité du Sahara, le Danemark éga- lement, la Grèce je crois que c’est le cas, la Lettonie aussi, le Liberia est acquis. Le Panama a désormais reconnu la marocanité du Sahara, et la RDC. Le Pakistan, allié de la Chine, fait ce que la Chine lui demande : il pourrait de nouveau s’abstenir, sauf si Pékin bascule. Reste un doute sur la Somalie. Elle n’a jamais reconnu l’État d’Is- raël, a toujours été contre le pacte d’Abraham et se trouve dans une trajectoire plutôt islamiste, avec une proximité croissante avec les Frères musulmans turcs. Mais a priori, on reste sur 11-12 voix. Pour que la résolution passe, il en faut 9 : elle est donc favorable. Il n’y a aucun doute sur le fait que la résolution passe. La vraie question concerne les abstentions et la non- participation. L’Algérie n’est plus membre du Conseil, et il y a peu de chances que la RDC, qui l’a rem- placée, adopte la même attitude de non-participation. ◆
Omar Hilale est Représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies
novembre. C’est un élément d’une importance capitale. Troisième élément : la position du Maroc ne se mesure pas seu- lement à la perception que l’on a d’elle sur le Sahara, mais au rôle du Maroc, tout court, dans les crises internationales. Aujourd’hui, le Maroc est un soutien indéfec- tible de l’Arabie saoudite, comme il l’a redit face aux attaques de l’Iran, dans la continuité de sa position depuis 2015 et l’opération Tempête décisive, à laquelle il a participé. Au sein de l’Organisation de coopération islamique et de la Ligue arabe, la diplomatie maro- caine est absolument indispen- sable. C’est un élément de fermeté et de force. F. N. H. : Peut-on jouer sur tous les tableaux, sans que cela soit à double tran- chant ? E. D. : Le Maroc peut dialoguer aussi bien avec l’Arabie saou- dite qu’avec les Émirats arabes unis, car il appartient au pacte d’Abraham d’un côté et pourrait peut-être, demain, faire partie du
pacte de défense mutuelle de La Mecque entre l’Arabie saou- dite, le Pakistan et la Turquie, qui a vocation à s’élargir. Pour l’instant, c’est compliqué : les Américains verraient d’un mau- vais œil qu’un pays du pacte d’Abraham appartienne aussi à ce pacte. C’est à double tran- chant, mais la politique améri- caine est de toute façon dans sa contradiction la plus abso- lue. Depuis 1945, elle a vocation à soutenir l’Arabie saoudite, or l’Arabie saoudite est attaquée par l’Iran et Washington ne bouge pas. En même temps, les États- Unis ont décidé de soutenir plus activement les Émirats arabes unis, alors que l’Arabie saoudite et les Émirats sont, depuis un an et demi, quasiment en guerre fratricide ouverte. La cohérence de la politique moyen-orientale de tous les acteurs extérieurs, la France com- prise, a été totalement boulever- sée par le trumpisme. Le Maroc reste, ou a intérêt à rester, ration- nel et cohérent, alors que tous les acteurs ne le sont plus. Les États-
Les diplomates marocains, contrairement aux Français, ne bougent pas. Youssef Amrani est solidement ancré à Washington, Omar Hilale est un ambassadeur éloquent, reconnu comme tel, et particulièrement actif.
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