TRIBUNE LIBRE
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026
36
Du volume au rendement Le PLF 2027 face à sa propre promesse En trois mois, quatre textes ont dit la même chose. La circulaire du Chef du gouvernement du 5 août, le discours royal d'ouverture du Parlement du 9 octobre, les orientations du PLF 2027 validées en Conseil des ministres le 17 octobre et le programme gouvernemental présenté le 19 octobre convergent sur le diagnostic. Le débat ne porte donc plus sur ce qu'il faut faire. Il porte sur ce que cela coûtera, sur qui le paiera et sur la manière dont on saura que cela a marché.
pole et «l'intermédiation opportuniste», avec un mécanisme dédié coordonné avec le Conseil de la concurrence. Ce choix de classement vaut diagnostic. Il revient à dire que la cherté de la vie n'est pas seulement importée ou conjoncturelle, mais qu'elle est en partie fabriquée par la structure des circuits de distribution. Si c'est le cas, la vraie redistribution ne passe pas par un chèque supplémentaire. Elle passe par la réduction de la marge captée entre le producteur et le consommateur. C'est une redistribution primaire, qui modi- fie le partage de la valeur avant toute inter- vention de l'État. C'est aussi la seule qui ne coûte rien au budget. Trois limites, cependant, tempèrent cette promesse. Un transfert n'est pas une redistri- bution des fruits de la croissance. Le programme porte l'aide sociale directe de 500 à 1 000 DH par mois d'ici 2031. Selon la circulaire d'août, ce dispositif bénéficie à environ 4 millions de ménages pour plus de 2,2 milliards de dirhams par mois, soit de l'ordre de 26 milliards par an. Doubler le montant unitaire coûterait donc, à périmètre constant, quelque 25 milliards de dirhams de plus par an en fin de mandat. C'est une estimation personnelle : le gouvernement n'en a publié aucune. Un tel transfert pro- tège les ménages. Il ne leur redistribue pas la croissance; il compense son absence pour ceux qu'elle n'atteint pas. Cibler sur le «revenu effectif» est une promesse difficile à tenir dans une économie largement informelle. Le pro- gramme annonce un reciblage de l'aide sur la base du revenu réel des ménages. L'intention est juste, car le système actuel de scoring a produit des exclusions contes- tées. Mais mesurer le revenu effectif de ménages dont les ressources ne sont ni déclarées ni régulières exige des données que l'administration ne possède pas encore. Le risque est de remplacer une erreur d'ex- clusion par une autre. La baisse de l'impôt sur le revenu pro- fite d'abord aux salariés déclarés. Le programme prévoit une réforme progres- sive de l'IR pour augmenter le revenu net des salariés et encourager l'emploi déclaré. La mesure se défend. Mais elle bénéficie mécaniquement à ceux qui paient l'impôt, donc pas aux ménages les plus modestes. Elle réduit en outre les recettes au moment même où les dépenses sociales augmen- tent. J'y reviendrai en troisième partie.
I
l faut reconnaître au nouveau gouverne- ment une franchise peu commune. Devant le Parlement, la cheffe du gouvernement a admis que les fruits du progrès n'étaient pas parvenus de la même manière à toutes les catégories de la population ni à tous les territoires. Elle a fixé trois glissements: de l'extension de la couverture sociale à la qualité du service, du volume de l'inves- tissement à son rendement, de la multi- plication des programmes à leur complé- mentarité et à leur impact. Elle s'est même engagée à «dire la vérité sur les moyens et les contraintes». C'est le bon cap. C'est aussi un engage- ment exigeant, car il change (enfin) l'unité de mesure. Un gouvernement qui promet du rendement accepte d'être jugé sur des résultats, et non plus sur des enveloppes. Or le programme gouvernemental, lu dans sa version intégrale, ne chiffre le coût d'au- cun de ses engagements sociaux phares. Il ne fixe aucun objectif de création nette d'emplois. Il précise en outre que les pro- grammes électoraux des partis de la majo- rité seront mis en œuvre «progressivement, selon le réalisme d'exécution et la soutena- bilité des finances publiques» . La clause est prudente, et elle est légitime. Mais elle fait du PLF 2027, premier budget de la législa- ture, le moment où la promesse devra se convertir en chiffres. Ma thèse est la suivante : le PLF 2027 pose le bon diagnostic, mais il repose sur une équation qui n'est pas encore bouclée. Elle tient sur trois paris. Le premier est que la redistribution passe désormais par la
Par Dr. Mohamed Boiti, Expert en transition énergétique et décarbonation
correction des marchés, et plus seulement par les transferts. Le deuxième est que la croissance se convertisse enfin en emplois. Le troisième est qu'une croissance de 5% suffise à financer le tout sans dépasser 3% de déficit. Ce sont les trois questions que pose, à juste titre, ce débat. I. Redistribuer : compenser ne suffit plus, il faut corriger les marchés Le PLF 2027 place en tête de ses priorités la restauration du pouvoir d'achat et la consolidation d'un Etat social durable, avec une «réforme structurelle des marchés et des prix» dès 2027. La nouveauté la plus intéressante n'est pas dans le montant des aides. Elle tient à l'endroit où le programme gouvernemental range cette réforme : non pas dans le volet social, mais dans l'axe consacré à la lutte contre la corruption et la rente. Le texte y annonce une réforme de l'organisation des marchés contre le mono-
Le programme gouvernemental, lu dans sa version intégrale, ne chiffre le coût d'aucun de ses engagements sociaux phares.
Reste la question décisive : la réforme des marchés aura-t-elle des dents ? Le
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker