FNH N° 1251

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026

précédent invite à la prudence. En 2023, l'affaire de l'entente sur les prix des car- burants s'est conclue par une transaction d'environ 1,84 milliard de dirhams avec les distributeurs concernés, montant jugé déri- soire par une partie des syndicats au regard des marges en cause. Un mécanisme anti- intermédiaires ne fera baisser les prix que s'il dispose de trois attributs : de vrais pou- voirs d'enquête, des sanctions dissuasives et la publication régulière des marges par filière. Sans cela, la réforme des prix restera un chapitre de plus de la politique de com- pensation. II. L'emploi des jeunes : l'arithmétique contre l'ambition Le programme a le mérite de nommer le problème avec les chiffres officiels. Près de 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Le chômage des 15-24 ans atteint 29,2%. Environ 300.000 élèves quittent chaque année l'école sans qualification. Les der- nières données du HCP confirment l'am- pleur du défi : au deuxième trimestre 2026, le chômage des 15-24 ans restait de 27,2%, et celui des femmes de 14,8%, contre 8,1% pour les hommes. Cet écart entre les sexes n'est pas conjoncturel; c’est même l’une des caractéristiques du chômage au Maroc (le HCP précise que sa nouvelle enquête de 2026 n'est pas directement comparable aux séries antérieures, ce qui complique d'ail- leurs toute évaluation dans la durée). Une promesse qui a disparu En 2021, le gouvernement précédent s'était engagé sur un million d'emplois nets en cinq ans. Selon les bilans annuels du HCP, l'économie a perdu environ 24.000 emplois en 2022 et 157.000 en 2023, avant d'en créer environ 82.000 en 2024 et 193.000 en 2025. Le solde cumulé avoisine donc 94.000 emplois nets, soit moins de 10% de l'objec- tif. Le gouvernement sortant a revendiqué un bilan de 850.000 emplois créés, mais sans préciser sa méthode de calcul; l'écart entre les deux chiffres dit à lui seul la diffi- culté de juger une politique de l'emploi sans règle de mesure partagée. Le nouveau programme ne reprend aucun objectif de ce type. On peut y voir de la prudence après un échec politiquement coûteux. On peut aussi y voir un renonce- ment. Sans cible d'emplois nets, il n'y a plus d'étalon pour juger la politique économique sur ce qui compte le plus pour les jeunes. Des passerelles, pas des emplois Le programme national annoncé pour 2027 prévoit chaque année 100.000 jeunes for-

 Malgré un investissement soutenu, l'économie marocaine peine à créer suffisamment d'emplois, notamment pour les jeunes et les femmes.

dépasser 35% en 2026. L'investissement public dans les grands chantiers s'est éta- bli à 112 milliards de dirhams par an en moyenne entre 2022 et 2025, contre 65 milliards entre 2015 et 2019. Sur ces mêmes quatre années, l'économie a créé environ 94.000 emplois nets. Mais cet investisse- ment crée peu d'emplois, parce qu'il se concentre sur des infrastructures et des secteurs à forte intensité capitalistique, et parce que l'emploi agricole recule sous l'effet de la sécheresse. Un programme d'insertion ne corrige pas une économie qui crée peu d'emplois. Il trie mieux les candi- dats à des postes trop rares. Quels leviers privilégier ? 1. La commande publique, à condition de cesser de la promettre. Le programme veut obliger par la loi les donneurs d'ordre publics à réserver 30% de la valeur de leurs marchés aux PME marocaines. L'idée n'est pas neuve. Un quota de 20% figu- rait déjà dans les textes depuis 2013, et la Confédération marocaine des TPE-PME dénonce depuis lors son inapplication faute de textes d'application. Le décret sur les marchés publics entré en vigueur en sep- tembre 2023 a porté l'objectif à 30%, et

més selon les besoins des entreprises et 100.000 premières expériences profes- sionnelles. Il porte la capacité d'appren- tissage à 150.000 – 200.000 places par an et promet l'accompagnement de 60.000 entreprises. Rapportés aux 2,9 millions de jeunes concernés, 200.000 jeunes touchés par an représentent environ 7% du stock. Surtout, ce sont des passerelles, pas des emplois. Une formation sans débouché ou un premier stage sans embauche ne fait que retarder le retour dans les statistiques du chômage. L'essentiel tient dans une phrase de son programme : le gouvernement veut «corri- ger les défaillances dans la transformation de l'investissement en emploi» . C'est l'aveu central. Le Maroc investit pourtant beau- coup. Selon le ministère de l'Économie et des Finances, le taux d'investissement a atteint 33,6% du PIB en 2025 et devrait

Un mécanisme anti-intermédiaires ne fera baisser les prix que s'il dispose de trois attributs : de vrais pouvoirs d'enquête, des sanctions dissuasives et la publication régulière des marges par filière.

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