FNH N° 1251

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 22 OCTOBRE 2026

transition énergétique. Côté ressources, le programme énumère l'élargissement de l'assiette fiscale, une meilleure efficacité de la dépense dans le cadre de la réforme de la loi organique des finances, l'effet de la croissance et une contribution accrue des établissements et entreprises publics. Le tout sous double contrainte : un déficit maintenu autour de 3% du PIB sur 2026-2031 et une dette ramenée vers 62% du PIB en 2031. Avec, en prime, une baisse de l'IR. Trois de ces quatre ressources sont des hypothèses, et la plus déterminante est la croissance. Le programme vise 5% en moyenne sur 2027-2031. La circulaire d'août évaluait la moyenne 2021-2025 à environ 4,6%, rebond post-Covid compris. Surtout, le rapport de cadrage macroéconomique triennal qui accompagne le PLF, publié par le ministère de l'Économie et des Finances, retient 4,1% pour 2027, puis 4,2% par an en 2028 et 2029. Pour que la moyenne 2027-2031 atteigne 5%, il faudrait donc une croissance supérieure à 6% par an en 2030 et 2031. Le programme du gouvernement et le cadrage de son propre ministère des Finances ne racontent pas la même histoire. Le PLF, lui, fixe un déficit de 3% du PIB chaque année de 2027 à 2029 et une dette du Trésor ramenée de 66,6% du PIB en 2025 à 63% en 2029, mais sur la base d'une croissance de 4,1 à 4,2%. C'est l'écart entre ces deux scénarios qu'il faudra financer. Viser 5% n'a rien de déraisonnable dans un cycle d'investissement porté par le Mondial et les chantiers hydriques. Mais asseoir l'équilibre budgétaire sur une croissance supérieure à la moyenne historique, dans un pays où une seule campagne agricole peut faire varier le PIB de plusieurs points, revient à reporter le risque sur l'avenir. Si la croissance retombe à 4%, l'arbitrage se fera

entre le social et l'investissement. Et dans l'histoire budgétaire, c'est presque toujours l'investissement qui sert de variable d'ajus- tement. La dispersion : les preuves sont dans les textes officiels Le risque de dispersion des ressources n'est pas une hypothèse d'observateur. Les textes officiels en apportent eux-mêmes la preuve : • la circulaire d'août demande aux minis- tères de caler leurs propositions sur leur capacité réelle d'exécution, «y compris les taux de report des crédits», signe que des crédits votés restent non consommés; • les orientations du 17 octobre recon- naissent que la multiplication de pro- grammes sectoriels dispersés a montré ses limites; • le discours royal du 9 octobre dénonce des retards et dysfonctionnements de la décon- centration qui «affectent les programmes de développement socioéconomique». Le rapport d'exécution budgétaire joint au PLF ajoute un indice de concentration. Au premier semestre 2026, hors charges com- munes, six ministères ont réalisé 78% des émissions de dépenses d'investissement, et les autres départements se partageaient les 22% restants. Le volume global est au ren- dez-vous; sa répartition, beaucoup moins. Dans ce contexte, l'enveloppe d'environ 25 milliards de dirhams annoncée pour 2027 au titre des programmes de développement territorial intégré correspondrait, selon toute vraisemblance, à la première annuité des 210 milliards programmés sur huit ans. Ajoutée aux transferts régionaux, elle pose une question simple : les régions ont-elles la capacité d'absorber ces moyens ? Clarifier les compétences avant de transférer les ressources, c'est précisément ce que le

Souverain a demandé devant le Parlement. L'objectif de porter l'investissement privé aux deux tiers de l'investissement national va dans le bon sens. Mais il reprend la cible fixée par la Charte de l'investissement à l'horizon 2035, sans échéance propre au mandat. Or l'État et ses établissements restent aujourd'hui les investisseurs domi- nants, et le ministère vise encore une part du privé de 50% seulement en 2026. L'écart à combler reste considérable. Trois propositions 1. Une programmation pluriannuelle chiffrée des engagements sociaux , annexée au PLF : coût annuel de chaque mesure, montée en charge, source de finan- cement. 2. Des transferts aux régions condition- nés à l'exécution : une part fixe et une part variable liée aux crédits effectivement engagés et aux résultats obtenus. 3. Un budget de performance réel. La réforme de la loi organique des finances annoncée doit rendre opposables quelques indicateurs simples, publiés chaque année: emplois créés par milliard investi, taux d'exécution de l'investissement public, délais de paiement de l'État et des collec- tivités. Conclusion : trois tests pour le premier budget de la législature Le gouvernement a choisi la bonne formule: passer du volume au rendement. Encore faut-il se donner les moyens de mesurer ce rendement. Le PLF 2027 sera le premier test de cette sincérité, et trois questions permet- tront d'en juger. 1. Le PLF chiffre-t-il, sur la durée du man- dat, le coût de ses engagements sociaux et leur financement ? 2. Fixe-t-il un objectif d'emplois nets, et pas seulement de formations et de stages ? 3. Publie-t-il, et s'engage-t-il à suivre, le taux d'exécution de l'investissement public et les délais de paiement de l'État ? Si la réponse est oui, la promesse de ren- dement aura commencé à prendre corps. Si elle est non, le Maroc aura changé de voca- bulaire, pas de méthode. Le précédent du million d'emplois l'a montré : les citoyens se souviennent des chiffres promis bien plus longtemps que des intentions affichées. Ce quinquennat ne sera pas jugé sur ses annonces, mais sur ses taux d'exécution. ◆ * Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition énergétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».

Promis, mais pas chiffré Sur dix engagements phares du programme gouvernemental 2026-2031, deux seulement sont assortis d'un mon- tant.

Engagement

Cible annoncée

Coût annoncé

Échéance

Aide sociale directe Pension minimale

De 500 à 1 000 DH par mois 3 000 DH par mois, tous régimes De 50 % à 100 % de la pension Factures ≤ 100 DH prises en charge Hausse du revenu net des salariés 100 000 logements, aide de 40 000 DH 100 000 formations + 100 000 premières expériences par an 30% des marchés réservés aux PME Fonds spécial Au moins 12 Mds de DH par an

Non Non Non Non Non Non Non

Fin de mandat (2031) Progressive, non datée

Pension de réversion des veuves Électricité des ménages éligibles

Non datée Non datée Progressive Mandat Dès 2027 Non datée Non datée Dès 2027

Réforme de l'IR Logement rural Jeunes

Commande publique Officialisation de l'amazighe Transferts aux régions

Sans objet 2 Mds DH Oui

Source : programme gouvernemental 2026-2031, texte intégral en arabe présenté au Parlement le 19 octobre 2026.

www.fnh.ma

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