Finances News Hebdo 1253

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026

Croissance - Emploi - Territoires Les tests du programme économique

effectivement mobilisées. L’élargissement de l’assiette fiscale, la réduction des exoné- rations inefficaces et l’amélio- ration du recouvrement doivent accompagner l’effort social. Le programme prévoit précisé- ment de mobiliser l’élargisse- ment de l’assiette et l’améliora- tion de l’efficacité des dépenses pour préserver les équilibres. Ce sont des leviers pertinents, dont le rendement reste à concréti- ser. Enfin, on peut dire que le sou- tien aux ménages peut stimuler la consommation et l’activité. Il serait toutefois imprudent de considérer qu’il s’autofinancera intégralement : une partie de cette demande peut bénéficier aux importations. F. N. H. : Que recouvrent les 100.000 opportunités de formation et d’expé- rience professionnelle ? S. A. : Il faut préciser exac- tement le périmètre : le pro- gramme annonce, à partir de 2027, 100.000 formations par an adaptées aux besoins des entreprises et environ 100.000 premières expériences profes- sionnelles par an. Il prévoit éga- lement de porter les capacités de formation par apprentissage, à une fourchette de 150.000 à 200.000 bénéficiaires annuels. Ces objectifs concernent des parcours d’insertion. Mais ils ne constituent pas une annonce de 200.000 créations nettes d’em- plois annuelles. Une formation améliore les compétences; la première expé- rience facilite l’accès au marché du travail, mais leur transforma- tion en emploi durable dépend ensuite des recrutements réels. Le dispositif sera utile si les formations correspondent à des besoins identifiés dans les territoires et si les expériences professionnelles comportent un encadrement, une protection et des perspectives crédibles d’embauche. Il faudra aussi évi- ter que des entreprises rem- placent des recrutements ordi- naires par une succession de bénéficiaires subventionnés. Mon appréciation est que

Au-delà des enveloppes annoncées et des objectifs chiffrés, le programme économique du gouvernement pose la question de son efficacité. Sami Amine, expert en planification stratégique et conduite du changement, en examine les ressorts et les limites, avec une attention particulière au financement des promesses sociales, à l’insertion durable des jeunes et aux retombées de l’investissement dans les territoires.

Propos recueillis par C Jaidani

aux partis de la majorité. Mais leurs choix fiscaux pré- sentent toutefois des diffé- rences significatives, notam- ment concernant l’imposition du capital et des hauts revenus. Le programme gouvernemental traduit donc un compromis de coalition. Un exemple concret: le PAM promettait une pension minimale de 3.000 DH à par- tir de la deuxième année du mandat. Le programme gouver- nemental conserve ce montant comme objectif, mais dans une démarche progressive, sans reprendre cette échéance pré- cise. La fidélité à une promesse se mesure aussi à son calen- drier d'exécution. Sur le fond économique, on peut dire que le véritable test sera la nature de la croissance : davan- tage de dépenses et de chan- tiers produisent une expansion de l’activité. Davantage de pro- ductivité, d’intégration indus- trielle et d’emplois durables permettent une transforma- tion économique. C’est sur ce second terrain que le gouverne- ment devra être évalué.

F. N. H. : Les engage- ments sociaux et fiscaux menacent-ils l’équilibre budgétaire ? S. A. : Le risque existe, mais il dépend du financement et du rythme de déploiement. Une baisse d’impôt réduit les recettes, tandis qu’une hausse des prestations peut créer une charge récurrente. C'est pour cela qu'il faut également distin- guer entre les dépenses direc- tement supportées par le bud- get de l’État, des engagements relevant des régimes de retraite et de leur équilibre propre. À titre purement illustratif, une prestation supplémentaire de 100 DH par mois pour un mil- lion de bénéficiaires représente 1,2 milliard de DH par an. Cette mesure modeste à l’échelle individuelle peut donc devenir substantielle à l’échelle budgé- taire. La soutenabilité exige trois conditions : un chiffrage plu- riannuel de chaque engage- ment, des recettes durables, et une montée en charge com- patible avec les ressources

Finances News Hebdo : Comment apprécier le programme économique du gouvernement et sa conformité aux engage- ments électoraux ? Sami Amine : Mon apprécia- tion est favorable sur les orien- tations, mais réservée sur les conditions d’exécution. On peut dire que le programme cherche à articuler soutien au pouvoir d’achat, insertion des jeunes, investissement et sou- veraineté économique. Cette articulation est pertinente: une politique sociale durable suppose notamment une éco- nomie capable de créer davan- tage de valeur et de financer la redistribution. Concernant les engagements électoraux, je parlerais de convergence plutôt que de conformité intégrale. Les prio- rités sociales, la lutte contre la rente et le soutien à l’emploi constituent un socle commun

Aujourd'hui, le gouvernement doit disposer de scénarios budgétaires alternatifs et de marges de précaution.

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