Finances News Hebdo 1253

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026

Mobilité et souveraineté industrielle «Il faut ouvrir des passerelles vers la commande privée, la coproduction et l’export»

La question n’est pas de tout fabri- quer, mais de choisir les segments où nous pouvons bâtir des avan- tages durables. Les bases existent. Nos phos- phates sont un atout pour les bat- teries LFP, tandis que nos res- sources en cobalt et notre indus- trie chimique ouvrent d’autres voies. Cobco a inauguré à Jorf Lasfar une unité de matériaux actifs, Gotion développe à Kénitra une gigafactory intégrée et BTR déploie à Tanger Tech des pro- jets de cathodes et d’anodes. Ces projets doivent former un seul éco- système. Je considère que le Maroc doit notamment investir dans les maté- riaux de cathodes et d’anodes, les cellules et les packs de batteries, ainsi que les systèmes de gestion des batteries et les composants électroniques. Le développement des bornes de recharge, du stoc- kage d’énergie et du recyclage doit également faire partie de cette stratégie. L’économie circulaire, avec la seconde vie des batteries et la récupération des matériaux stratégiques, doit être anticipée dès aujourd’hui. Une nuance toutefois, la substi- tution aux importations n’est pas une fin en soi. Produire localement à un coût excessif ou avec une qualité insuffisante n’est pas une victoire. La vraie intégration se mesure à la valeur, aux compé- tences et aux technologies que nous développons et conservons. F. N. H. : Le cadre des mar- chés publics prévoit une part de 30% réservée aux TPME. Comment mieux intégrer ces entreprises aux chaînes de valeur de l’automobile et de la mobilité électrique ? A. L. : C’est l’un des enjeux majeurs de notre politique indus- trielle. On ne bâtit pas une sou- veraineté durable avec quelques grands groupes internationaux seulement. La profondeur indus- trielle d’une nation se mesure à la capacité de ses entreprises à grandir autour des grands inves- tissements. Il faut dépasser la sous-traitance classique en intégrant nos entre- prises dès la conception des pro- jets, en leur faisant connaître les

À l’heure où le Maroc fait de la mobilité électrique une priorité industrielle, l’enjeu est désormais de renforcer l’intégration locale et de développer la maîtrise technologique. Le Royaume doit dépasser son rôle de plateforme de production pour devenir un véritable partenaire industriel des grandes puissances économiques. Une ambition défendue par Adil Lamnini, président fondateur de l’Association professionnelle des marques marocaines (APMM) et promoteur du label Made in Morocco. Entretien.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

rable sur les batteries, les maté- riaux, les procédés et l’électro- nique de puissance. Plutôt que de vouloir reconstruire seuls des savoir-faire qui ont demandé des décennies, nous devons nous associer aux leaders et transfor- mer leur avance en opportunité industrielle marocaine. Gotion, CNGR avec Al Mada au sein de Cobco et BTR sont autant de projets qui montrent que nous ne parlons plus seulement d’as- semblage, mais de segments stratégiques de la chaîne des batteries qui s’implantent au Maroc. Le Royaume dispose d’atouts complémentaires, avec une industrie automobile struc- turée, des ressources minières et phosphatières, une industrie chimique, des ports performants, des énergies renouvelables, des accords de libre-échange et un capital humain qualifié. Il faut aussi un vrai marché natio- nal de la mobilité électrique. Un

pays qui veut être une référence industrielle doit adopter ces tech- nologies chez lui. C’est le sens du passage du Made in Morocco au Made with Morocco. Le premier affirme notre capacité à produire. Le second exprime notre ambi- tion de bâtir avec les meilleurs acteurs mondiaux des partena- riats qui créent plus de valeur ici et conquièrent ensemble de nouveaux marchés. Notre sou- veraineté ne naîtra pas de l’isole- ment, mais du fait de devenir un partenaire assez stratégique pour que les grandes puissances aient intérêt à construire avec nous. F. N. H. : Sur quels segments le Maroc peut-il développer une production nationale compétitive pour réduire sa dépendance aux importa- tions ? A. L. : Il faut raisonner en chaîne de valeur, non en produits isolés.

Finances News Hebdo : En 2025, les exportations industrielles ont atteint 408,3 milliards de dirhams, dont 159 milliards pour l’automobile, avec une intégration locale d’environ 70%. Comment capitaliser sur ces acquis ? Adil Lamnini : Le Maroc a réus- si sa première transformation industrielle. De destination émer- gente, il est devenu une plate- forme reconnue dans plusieurs chaînes de valeur mondiales. Mais la mobilité électrique n’est pas une simple étape de plus, c’est l’occasion de changer de dimension. Regardons les réalités en face. La Chine a une avance considé-

Notre souveraineté ne naîtra pas de l’isole- ment, mais du fait de devenir un partenaire assez stratégique pour que les grandes puis- sances aient intérêt à construire avec nous.

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