SOCIÉTÉ
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026
Décrochage scolaire «L’enjeu est de passer d’une logique où l’on constate l’échec à une véritable démarche de prévention»
difficultés d’apprentissage, le climat scolaire et le soutien dont dispose l’enfant jouent également un rôle. Il est donc essentiel d’agir sur plu- sieurs fronts, d’abord, faciliter l’ac- cès à l’école, renforcer les dispo- sitifs de transport et d’aide sociale. Ensuite, soutenir les familles qui en ont besoin et garantir un accompa- gnement pédagogique de qualité. Il faut aussi veiller à ce que les dif- ficultés scolaires ne viennent pas s’ajouter aux difficultés sociales. Un enfant qui rencontre des obstacles dans ses apprentissages doit pou- voir être aidé sans que sa famille soit obligée de financer des cours particuliers pour compenser les lacunes. L’objectif est de permettre à chaque enfant non seulement d’accéder à l’école et d’y rester, mais aussi d’y apprendre et de pro- gresser durablement, quelles que soient ses conditions de départ. F. N. H. : Pourquoi le collège constitue un point de rupture dans le parcours scolaire et concentre autant d’abandons ? Quels signes permettent de repérer les élèves à risque suffisamment tôt ? M. B. : Le collège est une période charnière. Les élèves doivent s’adapter à plusieurs enseignants, à des exigences plus importantes, à davantage d’autonomie et à des apprentissages plus complexes. À cet âge, ils traversent également des changements personnels et émo- tionnels qui peuvent influencer leur rapport à l’école. Lorsqu’un enfant arrive au collège avec des lacunes accumulées depuis le primaire, ces nouvelles exigences peuvent rapi- dement devenir difficiles à gérer. Cela se manifeste notamment dans la compréhension des consignes, l’organisation du travail, la capa- cité à reformuler une information ou à mobiliser ses connaissances.
Le décrochage scolaire demeure l’un des défis majeurs du système éducatif marocain. En 2024-2025, 276.179 élèves
ont quitté les trois cycles de l’enseignement public.
Face à cette réalité, la prévention passe par un repérage précoce des difficultés et un accompagnement adapté, afin d’éviter que les premières lacunes ne se transforment en rupture définitive avec l’école. Entretien avec Malika Berrada, enseignante, spécialiste de l'éducation et de l'accompagnement scolaire et fondatrice de «Homeschooling by Malika».
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Près de 276.000 élèves ont quitté l’école au Maroc en 2024- 2025. Quelles sont les prin- cipales causes de ce phéno- mène et que révèle ce chiffre sur les failles du système éducatif marocain ? Malika Berrada : Selon le Conseil économique, social et environne- mental (CESE), 276.179 élèves ont quitté les trois cycles de l’enseigne- ment public durant l’année scolaire 2024-2025. Ce chiffre est préoccu- pant, car il montre que le décro- chage scolaire reste un défi majeur. Il faut toutefois rappeler qu’il s’agit rarement d’une décision soudaine. Le décrochage est souvent l’abou- tissement de plusieurs difficultés qui s’accumulent jusqu’à ce que l’élève finisse par se désengager. Les causes sont multiples. Il y a d’abord les facteurs socioécono- miques, à savoir la pauvreté, les difficultés financières des familles, les frais liés à la scolarité, les pro- blèmes de transport et, dans cer- taines situations, la nécessité pour un jeune de contribuer aux activités
familiales. Ces contraintes peuvent rendre la poursuite des études par- ticulièrement difficile, notamment en milieu rural. Mais les causes ne sont pas uniquement économiques. Les difficultés d’apprentissage jouent également un rôle important. Un élève qui accumule des lacunes en lecture, en compréhension ou dans les matières fondamentales peut progressivement perdre pied. Des troubles des apprentissages non repérés, un accompagnement insuffisant, des redoublements successifs ou le sentiment de ne pas suivre le rythme de la classe peuvent renforcer ces difficultés. À force d’échecs, certains jeunes finissent par perdre confiance et par se convaincre qu’ils ne sont pas capables de réussir. Ce chiffre inter- roge donc notre capacité à repérer les difficultés suffisamment tôt et à proposer des réponses adaptées. Il rappelle aussi que l’accès à l’école ne garantit pas, à lui seul, la réussite scolaire. Encore faut-il que chaque élève puisse apprendre, progres- ser et trouver sa place. L’enjeu est de passer d’une logique où l’on
constate l’échec lorsqu’il est déjà installé à une véritable démarche de prévention. F. N. H. : La pauvreté, les difficultés financières des familles et l’éloignement des établissements condamnent- ils encore certains enfants, notamment en milieu rural, à renoncer à leur scolarité ? M. B. : Effectivement, ces facteurs peuvent peser très lourd dans le parcours d’un enfant. Lorsqu’une famille doit faire face à des dif- ficultés financières, les dépenses liées à la scolarité, le transport, les fournitures ou la nécessité d’aider au quotidien peuvent devenir de véritables obstacles. En milieu rural, l’éloignement des établissements et les difficultés de déplacement com- pliquent parfois encore davantage l’accès à l’école. Il faut cependant éviter de réduire le décrochage à la seule question financière. Les conditions matérielles sont détermi- nantes, mais elles ne suffisent pas à expliquer toutes les situations. La qualité de l’accompagnement, les
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