SOCIÉTÉ
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 5 NOVEMBRE 2026
Il faut aussi être attentif aux élèves présentant des profils neuroaty- piques ou des troubles d’appren- tissages qui n’ont pas été identifiés. Certains ont besoin d’explications différentes, d’un rythme adapté ou d’un accompagnement plus indivi- dualisé. Lorsqu’ils ne comprennent pas pourquoi ils rencontrent davan- tage de difficultés que les autres, ils peuvent finir par penser qu’ils ne sont pas capables de réussir. La perte de confiance peut alors entraîner un désengagement pro- gressif. Les signes d’alerte sont parfois visibles, notamment absen- téisme répété, baisse des résultats, devoirs non rendus ou retrait pro- gressif. Mais ils peuvent aussi être plus discrets. Un élève peut copier une réponse sans l’avoir comprise, ou sembler ne pas faire d’efforts alors qu’il est surtout dépassé par ce qu’on lui demande. Il est donc essentiel que les enseignants, les équipes éducatives et les parents échangent dès les premiers signes. Les familles ne doivent pas décou- vrir l’ampleur des difficultés lorsque la situation est déjà très dégradée. Plus on intervient tôt, plus on peut aider l’élève à retrouver confiance et à poursuivre sa scolarité. F. N. H. : Les difficultés d’ap- prentissage, le redoublement et la surcharge des classes contribuent-ils au décro- chage ? Comment adapter les pratiques pédagogiques pour mieux accompagner les élèves en difficulté ? M. B. : Ces facteurs peuvent contri- buer au décrochage lorsqu’ils s’ac- cumulent et que l’élève ne bénéficie pas d’un accompagnement adapté. Des classes surchargées rendent parfois plus difficile l’identification des besoins individuels. Quant au redoublement, il ne suffit pas, à lui seul, à résoudre les difficultés. Si l’on ne comprend pas ce qui a empêché l’élève de progresser, il risque de rencontrer les mêmes obstacles une seconde fois. Il faut davantage s’intéresser à la manière dont l’enfant apprend. Une consigne qui paraît évidente à un adulte peut être difficile à com- prendre pour un élève. Reformuler, décomposer une tâche en étapes, utiliser des exemples concrets et vérifier que l’enfant a réellement
prendre en compte les profils neu- roatypiques. Je recommande éga- lement de faire évoluer les pratiques pédagogiques. L’école doit pouvoir adapter ses méthodes, ses sup- ports et sa manière de transmettre les connaissances aux réalités des jeunes d’aujourd’hui, sans renoncer aux exigences scolaires. Les apprentissages doivent avoir du sens et être reliés, autant que possible, à la vie quotidienne et aux projets d’avenir des élèves. La collaboration avec les familles est tout aussi essentielle. Les parents doivent être associés dès les pre- miers signes de difficulté, sans être culpabilisés. Et bien évidemment, la formation professionnelle et l’ap- prentissage doivent constituer de véritables perspectives, avec des passerelles claires entre l’école, la formation et l’emploi. Pour atteindre l’objectif de 2030, il faudra donc suivre les résultats, évaluer l’efficacité des dispositifs et adapter les réponses aux besoins des territoires. Le succès ne se mesurera pas au nombre d’élèves maintenus dans le système, mais plutôt à leur capacité à apprendre, progresser et à construire un projet d’avenir. F. N. H. : Les écoles de la deuxième chance et les cours de soutien scolaire mis en place par l’État permettent- ils réellement de prévenir le décrochage et de remettre les élèves en difficulté sur la voie de la réussite ? Quels leviers faudrait-il renforcer pour améliorer leur effica- cité ? M. B. : Les écoles de la deu- xième chance et les dispositifs de La prévention du décrochage scolaire repose sur un accompagnement adapté aux besoins des élèves dès les premières années de scolarité.
compris sont des gestes simples qui peuvent faire une réelle diffé- rence. Il ne s’agit pas de diminuer les exigences, mais de proposer différents chemins pour atteindre les objectifs. Il faut également faire évoluer les pratiques pédagogiques pour mieux correspondre aux élèves d’au- jourd’hui. Les jeunes grandissent dans un environnement où les infor- mations circulent rapidement et où les outils numériques occupent une place importante. L’école ne peut pas ignorer cette réalité. Elle doit adapter ses méthodes et ses sup- ports sans renoncer au cadre, aux efforts et à la rigueur nécessaires aux apprentissages. À mon sens, l’enjeu n’est pas sim- plement d’apprendre, mais de per- mettre à chaque enfant d’apprendre d’une manière qui lui corresponde. Donner du sens aux notions étu- diées, les relier à la vie quotidienne, aux centres d’intérêt des jeunes ou à leurs projets d’avenir peut renfor- cer leur motivation. Il est essentiel de changer le regard porté sur l’er- reur. Un élève en difficulté n’est pas un élève incapable. Il faut identifier ce qui le bloque et lui donner les moyens de progresser. C’est ainsi qu’il pourra retrouver confiance et renouer avec les apprentissages. F. N. H. : Avec la mise en place du nouveau gouverne- ment dirigé par El Mansouri, quelles mesures concrètes devraient être engagées ou renforcées pour atteindre l’objectif du «zéro décrochage scolaire» à l’horizon 2030 ? M. B. : Le programme gouverne- mental 2026-2031 fixe un objectif ambitieux, celui d’atteindre le «zéro
décrochage scolaire» à l’horizon 2030 et porter à au moins 80% la proportion d’élèves maîtrisant les apprentissages et les compé- tences fondamentales d’ici 2031. Pour y parvenir, le gouvernement prévoit notamment de poursuivre la généralisation des établissements pionniers, de mettre en place un référentiel national des apprentis- sages fondamentaux, de renforcer les évaluations de diagnostics régu- lières et de développer le soutien pédagogique individualisé. Il prévoit également de repérer pré- cocement les élèves menacés de décrochage, d’assurer un suivi indi- viduel de leurs parcours et d’orien- ter les jeunes ayant quitté l’école vers une solution adaptée, à savoir retour à l’enseignement, formation professionnelle ou apprentissage. Ces orientations sont importantes, car elles reconnaissent qu’il faut agir avant que la rupture avec l’école ne devienne définitive. L’enjeu sera désormais de tra- duire ces engagements en actions concrètes et en résultats mesu- rables sur le terrain. Ma première recommandation serait de ren- forcer le repérage des difficultés dès les premières années de sco- larité. Un élève qui ne comprend pas les consignes, accumule des lacunes ou perd progressivement confiance doit pouvoir bénéficier rapidement d’un accompagnement adapté. Il faut aussi mieux former les équipes éducatives à identifier les difficultés d’apprentissage et à
Le décrochage scolaire est rarement une décision soudaine. Il est souvent l’aboutisse- ment de difficultés qui s’accumulent jusqu’à provoquer le désengagement de l’élève.
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