La Lettre de Major Prépa, numéro "Grands entretiens"

ÉDITION GRANDS ENTRETIENS

À l’EDHEC, la pensée critique au cœur d’une « Transformative Journey » « Les business models de demain sont encore à inventer »

des Relations Internationales (IFRI). Ensemble, nous faisons le constat suivant : l’actualité géopolitique met à l’épreuve nos cadres d’analyse tradition- nels. Entre la multiplication des crises, leur interdépendance et le caractère souvent imprévi- sible des événements, il devient de plus en plus difficile de com - prendre le monde à l’aide des seules grilles de lecture héritées du passé. Nos enseignements actuels conservent bien entendu toute leur pertinence. L’enjeu n’est pas de les remplacer, mais de les enrichir afin d’offrir aux étudiants des outils d’analyse plus complets développés par des experts pour les aider à dé- crypter un monde devenu plus complexe, plus mouvant et plus incertain.

À mi-parcours de son plan stratégique 2024-2028, l’EDHEC continue de faire évoluer son PGE avec une ambition claire : former des diplômés capables de comprendre, questionner et agir dans un monde devenu plus complexe. Renforcement des enseignements consacrés aux limites planétaires, nouvelle approche de la géopolitique, accompagnement accru autour de l’intelligence artificielle, enrichissement du Parcours Humanités… Tristan-Pierre Maury, son directeur, revient sur les principales évolutions d’un programme qui fait de la pensée critique, de la méthode et de la capacité à décrypter le monde les piliers de sa « Transformative Journey ».

Tristan-Pierre Maury, directeur de la Grande École et des Masters de l’EDHEC

centres de recherche en stratégie et géopolitique. Il s’agit de rappeler que la géo- politique ne se résume pas à un commentaire de l’actualité ou à l’observation des relations entre États. Comprendre le monde sup- pose de disposer de méthodes, de cadres d’analyse et de grilles de lecture solides. Sans cela, les événements apparaissent comme une succession de crises décon- nectées les unes des autres. C’est dans cette perspective que nous introduisons un important volet consacré à la cartographie. Nos étudiants apprendront à mobiliser les outils cartographiques comme une véritable méthode d’analyse des relations internationales. En complément, certains de ces ate- liers permettront aux étudiants de travailler collectivement sur des problématiques contemporaines et dans une perspective de temps long. Quelle place l’IA occupe- t-elle désormais dans le parcours de formation des étudiants du PGE ? T.-P.M. Le bootcamp Data et IA, que nous avons lancé cette année, sera enrichi dès la rentrée prochaine grâce à l’intervention conjointe de professionnels de l’entreprise et d’enseignants-chercheurs de notre Faculté. Ensemble, ils ac- compagnent les étudiants dans la compréhension des usages de l’intelligence artificielle, de leurs implications éthiques et de leur mise en œuvre dans un contexte professionnel. Cette première sen- sibilisation les prépare au cours obligatoire « AI for Business » figu - rant au curriculum de M1. Pen- dant 36 heures, ils apprennent à mobiliser les outils d’IA au service des enjeux stratégiques de l’en- treprise : analyse, aide à la déci- sion, création de valeur ou encore transformation des organisations. Le cours se conclut par un travail de groupe sur un cas d’envergure. C’est EY qui a proposé celui trai- té cette année. Les étudiants qui choisissent ensuite une spéciali- sation dédiée à l’IA poursuivent naturellement vers une maîtrise

roger les modèles existants et imaginer ceux de demain, dont beaucoup restent en- core à inventer. Avec qui dialoguez- vous pour définir des

Deux ans après le lancement de « Générations 2050 », quelles sont les transformations encore à l’œuvre au sein du PGE de l’EDHEC ?

par Stéphanie Ouezman

évolutions de cette nature sur un programme déjà reconnu pour son excellence ? T.-P.M. Pour mener à bien ce type d’évolution, il est indispensable de confronter les points de vue et de travailler collectivement, exactement comme nous de- mandons à nos étudiants de le faire. Cela suppose de faire in- tervenir des experts issus d’ho- rizons très divers, au-delà du seul monde du management ou de l’entreprise. La conférence inaugurale de notre cours sur les limites planétaires sera par exemple prononcée par le bio- logiste Marc-André Selosse. C’est une personnalité que les étudiants ne s’attendent pas né- cessairement à voir prendre la parole à l’EDHEC, et dont les travaux viendront probablement bousculer certaines de leurs re- présentations du vivant. Plus lar- gement, les étudiants ne doivent pas s’imaginer assister à un cours classique. Nous attendons beau- coup d’eux : une réflexion plus large, un engagement plus fort et un regard plus critique sur les enjeux auxquels ils seront confrontés. Autre illustration du déploie- ment de cette « Transformative Journey » : la géopolitique occu- pera désormais une place plus importante en Pré-Master. Ce renforcement s’appuie notam- ment sur les travaux menés par notre Chaire Géopolitique et Stratégie d’entreprise et sur nos collaborations avec des insti- tutions de référence telles que l’Institut Français de Géopoli- tique (IFG) ou l’Institut Français

Tristan-Pierre Maury. En 2024, au lancement du plan stratégique « Générations 2050 », nous avons présenté notre vision du PGE comme une véritable « Transfor- mative Journey ». Cette expression renvoie à la fois aux transforma- tions qui traversent aujourd’hui nos sociétés et la promesse faite aux étudiants d’y prendre pleine- ment part. L’un des objectifs de cette « Journey » est en effet de les former à une pensée « transfor- mative », en nourrissant leur es- prit critique, en développant leur capacité d’action et en les invitant à évoluer de manière collective. Sur cette base, nous sommes in- tervenus sur l’équivalent de 20% des cours dispensés en année de Pré-Master. Certains enseigne- ments sont de véritables créations, comme le Parcours Humanités ( n.d.l.r. : Il en est question également dans cet échange ). D’autres ont été repensés. Je pense par exemple au cours consacré aux limites pla- nétaires, que nous enrichissons cette année d’une dimension nou- velle portant sur la transformation des entreprises. Il ne s’agit plus seulement d’alerter sur l’état des ressources, mais de mobiliser nos étudiants autour de la création de nouveaux business models capables d’accompagner la transformation des entreprises tout en tenant compte des limites planétaires. Aucun d’entre eux n’est simple spectateur du cours ni simple re- ceveur d’une information. Tout en affinant leurs connaissances sur ces enjeux particulièrement ac- tuels, les étudiants sont placés en situation de challenge : ils doivent exercer leur esprit critique, inter-

Quelle forme prendra le prolongement de cet enseignement en géopolitique ?

T.-P.M. Nous allons continuer de proposer des cycles de confé- rences. Elles suscitent un réel enthousiasme. Les étudiants viennent nombreux, les échanges sont riches et les questions perti- nentes. Mais pour répondre à leur intérêt croissant pour les affaires internationales, nous renforçons nos enseignements sous la forme d’ateliers intégrés au tronc com- mun de l’année de Pré-Master. Ils seront animés par des profes- seurs de l’EDHEC spécialistes de ces questions et dont les tra- vaux sont menés au sein de nos Une licence universitaire en plus du diplôme Grande École À compter de la rentrée 2026, les étudiants de Pré-Master qui le souhaitent pourront suivre une Licence 3 à l’Université de Lille en parallèle de leurs cours à l’EDHEC. La convention cadre récemment signée avec l’établissement concerne les licences de Mathématiques et de MIASHS, mais la business school , qui travaille avec les différentes facultés, pourrait annoncer l’accès à davantage de licences très prochainement, notamment autour des disciplines associées à l’économie et aux humanités.

NUMÉRO DOUBLE La Lettre de Major Prépa #16 & 17

Avril/Juin 2026 p. 10

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