La Lettre de Major Prépa, numéro "Grands entretiens"

ÉDITION GRANDS ENTRETIENS

approfondie des technologies et de leurs applications. Pour autant, il ne faudrait pas croire que l’IA doit être présente dans tous les apprentissages. Plus les outils deviennent puissants, plus il est nécessaire de mainte- nir également des espaces de for- mation où ils n’interviennent pas. Nous n’avons pas besoin d’une intelligence artificielle pour assi - miler des concepts de stratégie, comprendre les mécanismes de la comptabilité ou construire un raisonnement financier. Ces dis - ciplines constituent le socle sur lequel les étudiants pourront en- suite exercer un regard critique sur les réponses produites par les outils d’IA. Pour bien utiliser l’intelligence artificielle, il faut d’abord disposer de connaissances solides et d’une véritable capacité de jugement. Un an après son lancement, comment évolue le Parcours Humanités ? T.-P.M. Le succès du Parcours Humanités a été immédiat. Nous avons reçu bien davantage de de- mandes que nous n’avions ouvert de places, et de la part d’étudiants issus aussi bien des classes prépa- ratoires littéraires, économiques et commerciales que scientifiques. Cet engouement nous conduit à doubler la capacité d’accueil du programme : 80 étudiants pour- ront l’intégrer à la rentrée pro- chaine. Nous avons également dé- cidé d’enrichir les enseignements proposés. Au cours de sociologie

des organisations, d’éthique et philosophie politique, d’histoire ainsi que du projet collectif déjà existants s’ajouteront désormais des enseignements d’épistémolo- gie. À mes yeux, cette discipline entretient un lien particulière- ment fort avec l’ambition transfor- mative du PGE. Elle invite les étu- diants à prendre du recul sur les savoirs, à interroger les méthodes qui permettent de les produire et à développer une réflexion inscrite dans le temps long. L’épistémolo- gie crée des ponts entre les disci- plines et renforce encore la capa- cité d’analyse critique et réflexive que nous cherchons à développer chez nos étudiants. Je voudrais par ailleurs rappeler que choisir le Parcours Humani- tés en Pré-Master ne revient pas à se spécialiser de manière irréver- sible. Les étudiants qui terminent aujourd’hui leur première année font des choix d’orientation très divers pour leur M1. Certains prolongent de manière naturelle l’expérience au sein de ce Par- cours sur notre campus de Lille ; d’autres rejoignent la filière Fi - nance, à Nice, ou s’orientent vers d’autres spécialisations, le GETT en particulier. Un étudiant peut parfaitement envisager une car- rière en finance tout en souhaitant continuer à nourrir son intérêt pour la philosophie, la littérature, la sociologie ou les arts. Selon leur parcours antérieur, beaucoup éprouvent le désir de conserver un lien avec certaines disciplines découvertes ou approfondies en classes préparatoires.

il dit beaucoup de la pertinence de l’accompagnement que nous leur proposons. Les retours des entreprises parte- naires constituent également un indicateur essentiel Nous nous appuyons sur de nombreuses instances consultatives associant recruteurs, dirigeants et experts de différents secteurs afin de faire évoluer nos programmes. Leurs attentes, leurs besoins en compétences et leur perception de nos diplômés nourrissent en permanence notre réflexion. Les classements et les accréditations demeurent naturellement impor- tants. Mais au fond, la satisfaction des étudiants, la réussite de leur insertion professionnelle et la confiance que nous accordent les entreprises sont probablement les meilleurs baromètres de la qualité de ce programme. À vous entendre, la mission d’une grande école semble aujourd’hui s’étendre bien au-delà de la seule transmission de connaissances. Comment vivez-vous cet élargissement de vos responsabilités ? T.-P.M. C’est évidemment une responsabilité, mais c’est aussi un engagement et, très sincèrement, une source de satisfaction. Accom- pagner des étudiants après leur classe préparatoire, assurer une forme de continuité avec ce qu’ils ont vécu auparavant, les aider à construire leur projet, puis les voir accéder à des carrières auxquelles ils aspirent constitue le cœur même de notre métier. Cette mis - sion ne cesse effectivement de ga - gner en complexité. Les transfor- mations technologiques, l’intelli- gence artificielle, les mutations du monde économique ou encore les attentes nouvelles des étudiants nous obligent à nous remettre en question en permanence. Mais c’est précisément ce qui rend notre travail passionnant. Nous avons la responsabilité de préparer nos étudiants à un monde qui évolue vite, parfois de manière imprévi- sible, sans jamais perdre de vue ce qui constitue les fondamentaux de leur formation. Ce que l’on oublie parfois, c’est que cette relation n’est pas à sens unique. Nos étudiants nous apportent énormément. Leurs retours, leurs attentes, leurs ques- tionnements et leur regard sur le monde contribuent en perma- nence à faire progresser l’école. Ils nous poussent à évoluer et à rester en mouvement. Cette dy- namique se poursuit bien au-de- là de la diplomation. Nous avons la chance de pouvoir compter sur une communauté de plus de 65 000 alumni particulièrement engagée. Beaucoup reviennent régulièrement sur nos campus pour rencontrer les étudiants, partager leur expérience, inter- venir dans nos enseignements, participer à des événements de networking ou contribuer à nos instances consultatives. Cette fi - délité est extrêmement précieuse. Elle témoigne d’un attachement durable à l’EDHEC et nourrit un cercle vertueux : nos étudiants enrichissent l’école pendant leur parcours, puis continuent à la faire grandir une fois diplômés. C’est sans doute l’une de nos plus grandes fiertés. ■

Après deux années souvent passées auprès des mêmes professeurs en classe prépa, que découvrent les étudiants dans leur relation aux enseignants lorsqu’ils arrivent à l’EDHEC ? T.-P.M. Le point commun entre les enseignants que nos étudiants ren- contrent à l’EDHEC et ceux qu’ils ont côtoyés en classe préparatoire est sans doute le niveau d’exigence et la quête d’excellence. La diffé - rence tient à la nature de leur ac- tivité. Tous les membres de notre Faculté sont des enseignants-cher- cheurs, engagés dans des travaux de recherche qui nourrissent di- rectement leurs enseignements. Je suis convaincu que c’est un atout considérable pour les jeunes de 21 ans qui cherchent encore à se projeter dans un monde traversé par des bouleversements tech- nologiques, géopolitiques, éco- nomiques et environnementaux majeurs. Ils ont besoin de repères solides pour comprendre la com- plexité du monde qui les entoure. Dans un contexte où l’information est abondante, souvent contra- dictoire et parfois trompeuse, être formé par des chercheurs ca - pables de mobiliser des méthodes rigoureuses, de distinguer les faits des opinions et de transmettre les résultats les plus récents de leurs travaux constitue une véritable richesse. Au-delà de la formation académique, cela contribue aus- si à former des citoyens capables d’exercer leur esprit critique. Cette ouverture intellectuelle se complète par des interactions ré- gulières avec des professionnels issus de secteurs très variés. Dès le séminaire de rentrée, puis à l’occasion de projets comme notre hackathon IA avec EY ou encore à travers les interventions d’Orange au sein de la filière « Data Science & AI for business », nos étudiants sont confrontés à des profils, des expé - riences et des regards différents. Classements, accréditations, salaires, avis des étudiants… Quels sont les indicateurs qui vous semblent les plus révélateurs de la qualité du PGE de l’EDHEC ? T.-P.M. Les indicateurs sont évi- demment nombreux et nous les suivons avec beaucoup d’atten- tion. Mais s’il fallait en retenir quelques-uns seulement, je ci- terais en premier lieu les retours de nos étudiants et de nos diplô- més. Notre mission ne consiste pas seulement à leur transmettre des connaissances. Nous les accompagnons dans leur déve- loppement académique, dans la construction de leur projet profes- sionnel, puis dans leur insertion sur le marché du travail. Ce qu’ils nous disent de cette trajectoire est donc particulièrement précieux. À mes yeux, l’un des indicateurs les plus significatifs est la qualité de l’adéquation entre les aspira- tions de nos diplômés et la réalité de leur premier emploi. Ont-ils trouvé un poste qui correspond à leurs ambitions ? À leurs valeurs ? À ce qu’ils espéraient construire à travers leur parcours à l’EDHEC ? Aujourd’hui, 93% de nos diplô- més déclarent occuper un emploi conforme à leurs attentes. C’est un chiffre auquel j’accorde une importance toute particulière, car

GETT : du nouveau pour les parcours USA/Asie et Europe !

Le parcours USA/Asie de la filière GETT poursuit son développement avec l’ouverture, dès la rentrée prochaine, de deux nouvelles spécialisations consacrées à la venture finance et à la stratégie entrepreneuriale. Accessible à partir de l’année de M1, ce parcours d’excellence conduit les étudiants de l’EDHEC sur les campus de la SKK GSB, première business school de Corée du Sud, puis de Berkeley Haas, l’une des institutions les plus reconnues au monde dans les domaines de l’innovation et de l’entrepreneuriat. Lancé il y a deux ans en partenariat avec l’ESMT Berlin et Imperial Business School, le parcours Europe de la filière GETT continue lui aussi d’étoffer son offre. Les étudiants auront désormais accès à l’ensemble du portefeuille de MSc d’Imperial Business School (finance, stratégie, business analytics , health management …). À l’issue du programme, ils pourront ainsi obtenir le Master of Science d’Imperial Business School de leur choix, en complément du certificat délivré par l’ESMT Berlin et du Master in Management de l’EDHEC.

NUMÉRO DOUBLE La Lettre de Major Prépa #16 & 17

Avril/Juin 2026 p. 11

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