ÉDITION GRANDS ENTRETIENS
Christine Pirès, Alain Joyeux et Véronique Bonnet durant la conférence de presse qui a précédé l’ouverture du congrès de l’APHEC. Ci-dessous, les prises de parole d’Isabelle Huault, directrice générale d’emlyon et Lionel Sitz, directeur du PGE de la business school , en ouverture de ce rendez-vous.
Attractivité & concours : les priorités de l’APHEC Les classes préparatoires face à leurs nouveaux défis
Attractivité, évolution des concours, diversification des débouchés, financement des études... Le congrès 2026 de l’APHEC, organisé cette année début juin à Lyon, a été l’occasion pour les professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales de partager leurs analyses sur les principales évolutions qui traversent aujourd’hui la filière. Alain Joyeux, président de l’association, revient sur les enseignements
Elles constituent l’ADN histo- rique de notre filière. En re - vanche, une réflexion s’est clai - rement dégagée lors de notre congrès : beaucoup de collè- gues souhaitent que nos étu- diants puissent également
leur option mathématiques appro- fondies en mathématiques appli- quées, sur les neuf demandes for- mulées en ce sens. Ces ajustements peuvent répondre à certaines réali- tés locales, mais ils ne constituent pas, à nos yeux, le principal levier pour conforter l’attractivité des classes préparatoires. Travailler sur la diversité des débouchés apparaît aujourd’hui comme une voie plus fédératrice. Quels enseignements tirez- vous de l’édition 2026 des concours ? A.J. Le concours constitue un pi- lier de notre filière. Il a largement fait ses preuves, mais il évolue au- jourd’hui dans un environnement qui, lui, a profondément changé. Les profils des étudiants, leurs usages, les attentes des écoles et les outils numériques ne sont plus les mêmes. Sans remettre en cause les fondements des concours ECRI- COME et BCE, il nous semble donc nécessaire d’engager une réflexion sur certaines de ses modalités d’organisation afin de préserver sa lisibilité, son équité et la confiance qu’il inspire. Les remontées de nos adhérents à l’issue de la session BCE 2026 ont par ailleurs fait apparaître plusieurs points d’attention. Le premier concerne le calendrier des admissi- bilités. L’annonce des résultats sur quatre journées distinctes a placé de nombreux candidats dans une situation délicate pour organiser leurs oraux, parfois jusque dans les écoles les plus sélectives. L’APHEC proposera que les résultats d’ad- missibilité soient désormais publiés sur une journée unique et que les modalités de prise de rendez-vous pour les oraux soient davantage harmonisées entre les écoles. Le second sujet concerne la correc- tion des épreuves écrites BCE. Nous souhaitons ouvrir une réflexion sur les conditions dans lesquelles elle s’effectue. La mise en place d’une double correction sur un échantillon de copies constituerait, selon nous, un moyen de renforcer encore la qualité et la sérénité du processus sans en alourdir signifi - cativement le coût. Plus largement, nous nous interrogeons sur les vo- lumes de copies confiés à certains
accéder plus facilement à d’autres formations sélectives. Cette diversification fait aujourd’hui largement consen- sus. Nous pensons notamment aux
de ces journées d’échanges et sur les positions que l’APHEC entend porter auprès de ses partenaires.
Alain Joyeux, président de l’APHEC
IAE, à Sciences Po, à certaines li- cences sélectives ou encore à des doubles licences dont les exigences académiques sont pleinement compatibles avec les compétences développées en CPGE. Ouvrir da- vantage de perspectives répondrait à l’évolution des aspirations de cer- tains étudiants tout en renforçant l’attractivité de la filière. À l’inverse, agir rapidement sur l’architecture des parcours nous parait plus complexe, même si nous savons que tôt ou tard elle de- vra être questionnée. Cette rentrée 2026 verra trois lycées transformer
certes un peu moins soute- nue que celle de l’ensemble de l’enseignement supérieur, mais elle confirme que notre filière demeure attractive.
Faut-il s’inquiéter de l’évolution des effectifs en classes préparatoires ? Alain Joyeux. Je ne le crois
par Stéphanie Ouezman
pas. Les chiffres racontent une ré - alité beaucoup plus nuancée. Les classes préparatoires continuent d’attirer les lycéens et leurs fa- milles, mais les disparités entre éta- blissements se creusent. Certaines prépas remplissent très facilement leurs promotions quand d’autres rencontrent davantage de diffi - cultés. Cela tient à de nombreux facteurs : les parcours proposés, l’ancrage géographique ou encore les dynamiques propres à chaque bassin de recrutement. Les données Parcoursup de cette année vont d’ailleurs dans le sens d’une attractivité qui demeure réelle. Les CPGE économiques et commerciales ont enregistré près de 1 000 candidatures supplémen- taires. Les voies scientifiques pro - gressent également, avec une aug- mentation de 1 700 candidatures, tandis que les classes préparatoires littéraires comptabilisent près de 700 vœux validés en plus. Les CPGE restent donc clairement pré- sentes dans les radars des lycéens. Si l’on prend davantage de recul, les évolutions observées ces der- nières années ne traduisent pas un mouvement linéaire. Depuis 2004, nous avons connu treize années de hausse des effectifs et neuf années de baisse. Cette alternance montre que la dynamique est irrégulière, mais certainement pas que les classes préparatoires seraient enga- gées dans un déclin. En vingt ans, les effectifs des CPGE économiques et commerciales ont progressé de plus de 24%. Cette croissance est
Les classes préparatoires doivent-elles aujourd’hui élargir leur horizon au-delà des seules Grandes Écoles de management ? A.J. Les écoles de management restent naturellement le principal débouché des classes préparatoires économiques et commerciales.
L’enseignement des langues à un tournant « Les langues ne peuvent plus être enseignées de la même manière et les concours doivent eux aussi évoluer », interpelle Christine Pires, vice-présidente de l’APHEC, en marge du congrès. « Depuis la disparition de l’épreuve IENA, les candidats ne présentent plus qu’une seule épreuve écrite de LVA et de LVB, programmées en fin de calendrier et affectées de coefficients plus faibles. Cette évolution contribue à un désengagement des étudiants tant dans leur travail quotidien que dans leurs révisions, alors même que les exigences des écoles, notamment dans le cadre des épreuves ELVi, restent particulièrement élevées. N’oublions pas que les langues ne sont pas seulement un outil de communication. Elles sont une manière de penser le monde. Elles donnent accès aux débats, aux représentations, aux références culturelles et aux grandes questions qui traversent une société. Elles participent pleinement à la formation intellectuelle et à l’émancipation des étudiants. Par ailleurs, les collègues de langue ont également fait remonter de nombreuses interrogations concernant les écrits BCE 2026. Plusieurs enseignants ont relevé des écarts de notes qu’ils jugent difficiles à expliquer, avec des sous-performances comme des surperformances inattendues*.» *L’APHEC indique avoir entamé un travail pour objectiver ces remontées afin de déterminer dans quelle mesure elles traduisent un phénomène profond appelant une réflexion sur les modalités d’évaluation.
NUMÉRO DOUBLE La Lettre de Major Prépa #16 & 17
Avril/Juin 2026 p. 4
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