FNH N° 1241

L'UNIVERS DES TPME

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 3 JUILLET 2026

pas local par fierté si le produit le déçoit une fois. Le vrai danger pour les marques locales, ce n'est pas la concurrence importée. C’est l'amateurisme du sec- teur lui-même. Des produits vendus comme «naturels» sans test d'innocuité ni d'effi- cacité. Chaque produit dou- teux érode la confiance de tous. C'est pourquoi je suis favo- rable à une réglementation plus stricte et mieux appliquée. Ce serait un coût pour les approximatifs, et un avantage pour ceux qui font les choses sérieusement. La confiance ne se décrète pas, elle se prouve lot après lot. C'est lent, mais c'est le seul chemin solide. F.N.H. : Quelles sont les prochaines ambitions de Yazine en matière d’in- novation, de croissance et d’expansion de la marque ? I. E. A. : Pour Yazine, la pro- chaine étape de croissance est dans la distribution sélec- tive, à savoir les parapharma- cies, concept stores ou encore corners premium au Maroc, puis à l'export. C'est un choix assumé, la distribution sélec- tive protège le positionnement et la marge, là où la course au volume les dilue. Au niveau du groupe Prodigia, nous continuons d'innover sur nos marques pour capter davantage de valeur, chaque formule propriétaire est une part de chaîne de valeur gar- dée au Maroc plutôt qu'impor- tée ou sous-traitée. Et l'axe stratégique, ce sont les par- tenariats dermo-cosmétiques avec des laboratoires pharma- ceutiques. C'est le segment le plus exigeant du marché, celui où la preuve clinique et la rigueur de formulation ne se négocient pas. ◆

 La stratégie de financement de Yazine repose sur l’intégration verticale afin de maxi- miser la captation de valeur.

d’une preuve qu’une marque entièrement conçue et fabri- quée au Maroc peut tenir tête, par la qualité, à n’importe quel produit importé. Le Made in Morocco que je défends n’est pas un argument d’origine, mais un argument d’exigence. F.N.H. : Quel rôle le finan- cement a-t-il joué dans le développement de Yazine et dans la concré- tisation de votre vision ? I. E. A. : Nous avons construit Yazine et Prodigia sans capi- tal-risque, en réinvestissant nos marges. En deux ans, nous avons doublé le chiffre d’affaires et triplé la marge. Ce n’était pas un choix par défaut, mais une séquence. Bootstrapper d’abord pour verrouiller les fondamen- taux économiques, avec une marge réelle et un modèle qui tient sans perfusion. Quand vous ne diluez pas, chaque décision reste alignée sur le long terme plutôt que sur la prochaine levée. Notre véritable stratégie de financement, jusqu’ici, repose sur l’intégration verticale afin de maximiser la captation de valeur, surtout dans un éco- système encore naissant comme celui de l’industrie cosmétique marocaine. Ainsi, le laboratoire finance et dé- risque la marque. C’est ce qui

nous a permis d’investir en R&D sans dépendre d’un capi- tal extérieur. Aujourd’hui, la question de l’ouverture du capital se pose, et c’est le signe que nous changeons d’étape. Une fois les fondamentaux consolidés, ouvrir le capital donne accès à davantage de moyens et per- met d’accélérer la croissance. C’est un accélérateur que l’on actionne sur une base saine, et non un filet que l’on déploie pour tenir. F.N.H. : Quel regard portez-vous sur l’évolu- tion de l’entrepreneu- riat féminin au Maroc et quels enseignements tirez-vous de votre propre parcours ? I. E. A. : Les choses pro- gressent, mais soyons lucides, ce qui manque aux femmes au Maroc, ce ne sont pas les idées, c'est le capital et le réseau. Je l’ai vécu concrè- tement; ni mentor, ni écosys- tème, ni modèle d’entrepre- neure dont je pouvais m’ins- pirer. Tout ce qu'on aurait pu m'en- seigner, j'ai dû l'apprendre seule, y compris la chimie qui fonde notre activité. Ça forge, mais ça coûte un temps et une énergie considérable, que toutes n'ont pas le luxe d'in- vestir.

La leçon que j'en tire, et que je transmets, n'attendez pas que l'écosystème vous donne la permission ou les moyens. Construisez d'abord la com- pétence, c'est le seul actif que personne ne peut vous retirer, puis ouvrez la porte derrière vous. C’est pour cela que je suis engagée dans le mentoring d’entrepreneurs à travers le programme Explorer (MIT Sandbox) à l’UM6P, pour que la génération suivante parte avec une longueur d’avance, au lieu de devoir tout réap- prendre seule. F.N.H. : Le consomma- teur marocain est-il aujourd’hui davantage enclin à faire confiance aux marques locales ? Comment percevez-vous l’évolution du regard porté sur les produits cosmétiques Made in Morocco ? I. E. A. : La confiance pro- gresse, mais elle est encore fragile, et elle ne se gagne pas par patriotisme. Un consom- mateur marocain n'achètera

Le vrai danger pour les marques locales, ce n’est pas la concurrence importée, mais l’amateurisme du secteur.

AVEC LA PARTICIPATION DE TAMWILCOM

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