POLITIQUE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 3 JUILLET 2026
France-Maroc Le traité d'amitié d'une relation qui se réinvente
Ce traité doit accompagner cette dynamique. Du côté français, ce rapproche- ment répond également à un besoin de repenser sa présence dans la région, notamment après les difficultés rencontrées en Afrique subsaharienne. Le Maroc y est aujourd'hui un acteur majeur, à travers ses banques, ses entre- prises et sa stratégie d'investisse- ment. Pour la France, il est donc naturel de renforcer sa coopéra- tion avec un partenaire qui dispose d'un tel ancrage sur le continent. L'idée est donc de moderniser le traité de 1955 afin qu'il cor- responde aux réalités actuelles. Chacun des deux pays y trouve un intérêt. Le Maroc consolide son ouverture économique et son attractivité, tandis que la France renforce un partenariat stratégique avec un pays stable, influent et tourné vers l'Afrique. Au fond, ce traité vise à construire une relation de long terme, fon- dée sur des intérêts communs et une vision partagée de l'avenir. Dans un contexte international de plus en plus instable, le fait que deux États choisissent de formali- ser une telle relation est un signal politique fort. Il ne s'agit pas sim- plement d'entretenir de bonnes relations, mais de leur donner un cadre durable et structuré. F. N. H. : Ce nouveau cadre de coopération devrait néces- sairement se traduire par des projets concrets. Quels secteurs vous semblent appelés à être les principaux bénéficiaires de ce partena- riat renforcé ? P. d. J. : Le premier domaine auquel on pense est évidemment celui de la défense et de la sécuri- té. La France dispose d'un savoir- faire reconnu dans les industries de défense et le Maroc développe progressivement ses capacités industrielles. Il existe donc un véritable potentiel de coopération dans ce secteur. Mais les perspectives vont bien au-delà. Les investissements seront, à mon sens, l'un des prin- cipaux moteurs de ce partenariat. Le Maroc connaît aujourd'hui une dynamique de développement très
Alors que Rabat et Paris s'apprêtent à sceller un traité d'amitié appelé à redéfinir leur partenariat, Peer de Jong, colonel, expert en géopolitique et auteur de Out of Africa, décrypte les ressorts de ce rapprochement. Selon lui, cet accord dépasse le seul cadre diplomatique : il traduit une convergence d'intérêts stratégiques dans un contexte international en pleine recomposition et pose les bases d'une coopération appelée à se renforcer dans des domaines clés, de la défense à l'industrie, en passant par l'investissement et l'Afrique.
Propos recueillis par M. A. L.
placer le traité signé en 1955. À l'époque, le Maroc était encore sous protectorat français et ce texte avait pour objectif d'établir les bases d'une relation bilatérale particulière entre les deux pays. Soixante-dix ans plus tard, le contexte a profondément chan- gé. Le Maroc n'est plus celui de 1955, pas plus que la France. Il était donc devenu nécessaire de réactualiser ce cadre de référence afin qu'il corresponde aux réalités d'aujourd'hui. Ce traité a précisément vocation à redéfinir cette relation privilé- giée et à lui donner une nouvelle architecture, adaptée aux enjeux contemporains. C'est ce qui lui confère son caractère particulier. F. N. H. : Que cherchent concrètement la France et le Maroc à construire à travers ce traité ? P. d. J. : Ce que recherchent avant tout les deux États, c'est un partenariat modernisé, fondé sur des intérêts convergents. Le Maroc poursuit sa propre straté- gie de développement, avec une logique industrielle affirmée, une volonté d'ouverture vers les mar- chés européens et l'ambition d'at- tirer davantage d'investisseurs.
les deux pays. À mon sens, ce traité d'amitié est d'ailleurs la consécration de cette reconnaissance. Il traduit la volonté des deux États d'aller plus loin dans leur relation. F. N. H. : Ce traité est pré- senté comme «exception- nel». En quoi se distingue- t-il des accords qui existent déjà entre les deux pays ? Pourquoi revêt-il une portée particulière ? P. d. J. : C'est une question importante. Ce traité s'inscrit dans une relation bilatérale qui existe depuis longtemps et qui se densi- fie aujourd'hui. Mais il ne s'agit pas d'un accord bilatéral classique. Entre la France et le Maroc, il existe déjà de nombreux accords portant sur l'immigration, la formation, les étudiants, les échanges humains ou encore différents domaines de coopération. Là, nous sommes dans un autre registre. Il s'agit de ce que l'on appelle un accord-cadre, ou plus précisément un traité d'amitié. Sa portée dépasse largement celle d'un accord sectoriel, puisqu'il vise à définir le cadre général des relations entre les deux États. Ce document est appelé à rem-
Finances News Hebdo : Pourquoi la France et le Maroc choisissent-ils de conclure aujourd'hui un traité bilatéral qu'on quali- fie d'inédit ? Quels sont les facteurs qui ont rendu ce rapprochement possible à ce moment précis ? Peer de Jong : Les États ont besoin d'entretenir des relations apaisées et fraternelles, surtout lorsqu'ils partagent des intérêts communs. Lorsqu'ils peuvent les renforcer, comme c'est le cas aujourd'hui entre la France et le Maroc, c'est extrêmement positif. À l'inverse, on voit que la France, comme le Maroc d'ailleurs, entre- tient des relations très tendues avec l'Algérie. Cela montre qu'à un moment donné, il faut savoir tourner la page et construire des relations solides avec les pays qui comptent. Le deuxième élément détermi- nant, c'est la reconnaissance par la France de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Les Français sont arrivés un peu plus tard que les Espagnols ou les Américains sur cette question, mais cette reconnaissance constitue un tour- nant majeur. Elle a permis d'ouvrir de nouvelles perspectives entre
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