FNH N° 1241

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 3 JUILLET 2026

importante. Je pense notamment au port de Dakhla, mais aussi aux besoins en infrastructures, en hôpitaux, en routes ou encore dans les différents projets struc- turants. Tous ces chantiers néces- sitent des financements impor- tants et les entreprises françaises ont vocation à y prendre part. Cette coopération pourra égale- ment accompagner le dévelop- pement du Maroc vers l'Afrique subsaharienne. Le Royaume mène une stratégie ambitieuse sur le continent, avec la volonté de créer davantage de valeur, d'industriali- ser certains secteurs et de déve- lopper des activités économiques. C'est un terrain sur lequel Français et Marocains ont intérêt à travailler ensemble. Un autre axe essentiel est celui de la formation. Il est indispensable de renforcer les échanges uni- versitaires, de favoriser la mobi- lité des étudiants et de préserver cette relation intellectuelle entre les deux pays. Les questions liées aux visas devront également être abordées, dans un contexte où l'Europe est confrontée à des débats de plus en plus sensibles sur l'immigration. Enfin, il ne faut pas négliger la dimension culturelle et linguis- tique. La francophonie demeure un levier d'influence important, même si l'anglophonie progresse. Préserver cet espace commun constitue également un enjeu de ce traité d'amitié. En définitive, ce partenariat ne se limite pas à un seul secteur. Il couvre l'industrie, les infrastruc- tures, les investissements, la for- mation, la culture, la mobilité et, bien sûr, la défense. C'est précisé- ment cette diversité qui lui donne toute sa portée. F. N. H. : Dans un contexte marqué par la multiplication des alliances stratégiques et des rivalités entre puis- sances, quelle place ce par- tenariat franco-marocain est-il appelé à occuper sur l'échiquier euro-méditerra- néen et africain ? P. d. J. : Pour la France, ce partenariat revêt une importance particulière, notamment en raison

 Reçu à Rabat le 20 mai 2026, Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a officialisé l'ouverture d'une nouvelle séquence dans les relations franco-marocaines.

de la place qu'occupe aujourd'hui le Maroc sur le continent africain. Les relations entre la France et plusieurs pays d'Afrique subsa- harienne se sont dégradées ces dernières années. J'ai d'ailleurs consacré un ouvrage à cette évo- lution, Out of Africa, dans lequel j'analyse les raisons de la dégra- dation des relations entre la France et plusieurs États africains. En revanche, je n'y parle pas du Maroc, précisément parce que le Royaume ne s'inscrit pas dans cette dynamique. Au contraire, la France a réussi à préserver avec Rabat une relation équilibrée et harmonieuse. Aussi, le Maroc a su développer une présence économique forte en Afrique, notamment à travers ses banques, ses entreprises et ses investissements. Le Royaume constitue donc aujourd'hui une véritable porte d'entrée vers l'Afrique. Je ne parle pas d'un retour militaire de la France sur le continent, mais d'une présence économique, d'une influence et d'une capacité à développer des projets communs. Sur ce terrain, les deux pays ont tout intérêt à travailler ensemble. La francophonie constitue égale- ment un enjeu stratégique. Dans le monde des affaires, l'anglais domine naturellement, mais la langue française demeure un puissant vecteur d'influence. Il est essentiel de continuer à renforcer cet espace francophone, tout en favorisant les échanges universi- taires, économiques et culturels.

Le Maroc joue déjà ce rôle de passerelle entre plusieurs espaces linguistiques et culturels. Au fond, ce traité d'amitié traduit la volonté des deux pays de conso- lider un partenariat fondé sur des intérêts communs, dans un envi- ronnement international devenu beaucoup plus instable. Dans un monde marqué par les rivalités entre puissances, le fait que deux États choisissent de formaliser une relation de confiance constitue un signal fort. Chacun y trouve son intérêt, et c'est précisément ce qui donne toute sa valeur à ce traité. F. N. H. : Quels seraient, selon vous, les principaux défis pour faire de ce traité un véritable levier straté- gique plutôt qu'un simple symbole diplomatique ? P. d. J. : Le premier défi sera celui de la mise en œuvre. Ce traité pose les bases d'une relation harmonieuse entre la France et le Maroc, mais il n'aura de véritable portée que s'il est suivi d'actions concrètes. Il est toutefois encore trop tôt pour mesurer pleinement ses effets. Le traité n'est pas encore signé et sa mise en œuvre dépendra aussi du contexte politique. En France, les élections de 2027 seront

déterminantes. Personne ne sait aujourd'hui quelle majorité gouver- nera le pays. Nous traversons une période d'incertitude majeure. Aujourd'hui, on observe trois grandes tendances politiques : un centre qui tend à s'affaiblir, une extrême gauche qui gagne en influence et une droite également en progression. Tout cela rend les perspectives difficiles à anticiper. Ne tirons donc pas de plans sur la comète. À l'inverse, le Maroc s'inscrit dans une stratégie de long terme, por- tée par une continuité institution- nelle qui facilite la construction de partenariats durables. Je pense néanmoins que les diplo- maties marocaine et française ont réussi à progresser dans le bon sens. Les relations les plus solides sont celles qui se construisent lentement, sur la confiance réci- proque. C'est précisément ce qui est en train de se mettre en place. Les bases de ce traité sont par- ticulièrement intéressantes parce qu'elles couvrent un large éventail de domaines : la culture, l'éco- nomie, l'industrie, l'influence, la formation ou encore la défense. À partir de ce cadre général, il faudra désormais définir des axes plus opérationnels, à travers des contrats, des investissements et des projets communs. Certains secteurs seront plus dynamiques que d'autres, comme toujours, mais c'est la traduction concrète de ce traité qui permettra d'en mesurer la véritable portée. ◆

Ce traité d'amitié traduit la volonté des deux pays de consolider un partenariat fondé

sur des intérêts communs, dans un environnement international devenu beaucoup plus instable.

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