DEVELOPPEMENT DURABLE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 3 JUILLET 2026
des coûts totaux, et la prime de 3% prévue par la Charte d'investissement reste un signal trop faible pour créer un véritable effet de levier; quant aux PME, ossature du tissu produc- tif marocain, elles restent largement exclues de cette dynamique, faute de marge financière, de taxonomie verte claire, et d'accompagnement tech- nique réellement accessible. Mais la carence la plus criante reste l'absence de signal-prix carbone. Pendant que l'Europe déploie son MACF, qui pénalisera directement les exportations marocaines à forte intensité carbone, le Maroc tergiverse sur l'instauration d'une taxe carbone nationale - recommandée de longue date par le CESE, mais systémati- quement reportée par le gouverne- ment. Cette absence prive l'industrie marocaine de l'incitation financière la plus directe pour se transformer, pen- dant qu'on continue, dans le même temps, à subventionner certains com- bustibles fossiles. Comment exiger de l'industrie qu'elle se décarbone à marche forcée pour satisfaire un mécanisme européen, sans jamais avoir mis en place le signal-prix qui rendrait cette transformation écono- miquement rationnelle en interne ? Last but not least, le Maroc continue de recourir massivement au char- bon pour sa production électrique de base, avec une échéance de sor- tie annoncée pour 2040 qui peine à convaincre face à la progression réelle des importations actuelles. Les chantiers non négociables Il serait malhonnête de s'arrêter au constat critique. La capacité installée en énergies renouvelables a plus que doublé en une décennie, passant de 2.417 MW en 2016 à 4.851 MW à fin 2025, selon l'IRENA, et le Maroc s'est imposé comme deuxième des- tination arabe des investissements directs étrangers dans les renou- velables entre 2003 et 2024, avec plus de 38 milliards de dollars. Plus récemment, une convention straté- gique signée à Rabat le 4 novembre 2025 entre le gouvernement, l'ONEE, Masen et l'Agence nationale de ges- tion stratégique des participations de l'État (ANGSPE) vise la production de 5 GW d'électricité verte d'ici 2030, spécifiquement destinés à l'indus- trie marocaine; enfin une tentative de connecter la production renouvelable
aux besoins réels de décarbonation industrielle. Mais reconnaître ces avancées ne dispense pas d'agir. Le diagnostic appelle des actions pré- cises, pas seulement des intentions : Instaurer un signal-prix carbone national. C'est la réforme la plus structurante de toutes : une taxe carbone progressive, conçue avec des mécanismes de protection pour les PME, donnerait enfin à l'indus- trie marocaine une incitation interne cohérente avec la pression externe qu'exerce déjà le MACF. Réviser le plafond d'injection de 20% , dont la rigidité fragilise à la fois la rentabilité des projets d'autopro- duction industrielle et leur dossier de financement bancaire. Sortir l'efficacité énergétique de l'angle mort. La vision royale de 2009 plaçait la sobriété énergétique avant le développement renouvelable, pour une raison simple : le kWh le moins cher est celui qu'on ne consomme pas. Massifier l'accompagnement des PME via un guichet unique - audits énergétiques simplifiés, subventions à la conversion, prêts bonifiés -, sur le modèle de ce qui a permis au sec- teur agricole d'adopter massivement le pompage solaire pour des raisons strictement économiques, et finaliser une taxonomie verte marocaine pour qu'entreprises, banques et investis- seurs parlent enfin le même langage. Industrialiser le suivi carbone (MRV). Sans système de Mesure, Reporting et Vérification continu et crédible pour les gros consommateurs industriels, aucune entreprise marocaine ne pourra produire les facteurs d'émis- sion certifiés que le MACF exige à partir de la déclaration de septembre 2027, sous peine de se voir appliquer les valeurs par défaut européennes, punitives par construction. Déclarer une sortie programmée et datée du charbon, assortie d'un plan social et industriel pour les régions concernées, et accélérer - pas sim- plement annoncer - le transfert ONEE- Masen ainsi que la régularité du pilo- tage institutionnel recommandée par la Cour des comptes. Trois remarques, enfin, me semblent essentielles pour que ce diagnostic se traduise réellement en action. D'abord, la mémoire des dossiers : le problème n'est pas l'absence d'ana- lyses - les rapports du CESE alertent
depuis longtemps sur le risque d'une stratégie «électro-centrée» oubliant l'industrie et les transports -, mais leur faible traduction en décisions contraignantes. Ensuite, l'angle mort des compétences : au-delà des finan- cements, le chantier le plus urgent est peut-être celui de la formation; nous manquons d'ingénieurs, de techni- ciens et de managers capables de piloter cette mutation dans les PME, et sans un plan massif de montée en compétences - pas de simples sémi- naires -, les plus belles subventions resteront lettres mortes. Enfin, le levier oublié des collectivités : régions et municipalités pourraient être des accélérateurs puissants - éclairage public solaire, valorisa- tion des déchets, bâtiments publics exemplaires -, mais elles restent trop souvent tenues à l'écart des grandes orientations. Une déconcentration réelle des moyens et des décisions serait, sur ce terrain, un véritable game-changer.
Le Maroc a construit, en quinze ans, une vitrine internationale solide sur les renouvelables, personne ne peut sérieusement le contester. Mais la vitrine n'est pas la boutique. Tant que l'électricité verte ne représente qu'une fraction de l'énergie réelle- ment consommée par le pays, et tant que les industriels exportateurs restent enfermés dans un cadre réglementaire qui plafonne leur capa- cité à produire leur propre énergie décarbonée, sans même bénéficier d'un signal-prix carbone cohérent, le Maroc avance vers l'échéance du MACF avec une partie seulement des outils dont il aurait besoin. L'écart entre 93% et 12% n'est pas qu'une curiosité statistique. C'est la mesure exacte de ce qu'il reste à faire. ◆ * Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition éner- gétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».
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