Finances News Hebdo 1237

BOURSE & FINANCES

14

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 4 JUIN 2026

Finance participative Pourquoi le grand décollage se fait toujours attendre

tionnelles, ce qui réduit mécani- quement leurs capacités de col- lecte. Les canaux digitaux, bien qu’en développement, n’offrent pas encore d’avantage compétitif suffisamment marqué pour com- penser cet écart. Au final, le retard par rapport aux prévisions initiales ne traduit pas un manque d’intérêt pour la finance participative, mais plutôt la complexité de construire des écosystèmes complets dans un environnement bancaire déjà mature et fortement concurrentiel. F. N. H. : Pourquoi plus de 80% des financements par- ticipatifs restent concentrés sur la Mourabaha immobi- lière ? A. T. J. : La forte concentration de la finance participative autour de la Mourabaha immobilière s'explique par plusieurs facteurs. Le premier est le fait que l'écosys- tème du financement immobilier participatif est aujourd'hui bien déployé et fonctionne très bien. Il ne s'agit donc pas de ralentir cette dynamique pour réduire son poids dans les encours, mais plu- tôt de maintenir cette croissance tout en développant d'autres éco- systèmes de financement, notam- ment pour les entreprises, les ins- titutionnels ou encore les grandes entreprises, même si la capitali- sation des banques participatives demeure relativement limitée. Le deuxième facteur tient à la forte demande de la population pour le financement immobilier parti- cipatif. Près d'un Marocain sur deux qui finance une acquisition immobilière dans le cadre de la finance participative le fait via la Mourabaha. Cette demande sou- tenue explique le maintien de cette dynamique. Le troisième élément réside dans le fait que certains segments n'ont pas encore été pleinement inves- tis. Certaines banques ne se posi- tionnent pas encore de manière significative sur d'autres marchés, ce qui contribue au maintien de cette concentration. Toutefois, celle-ci tend progres- sivement à diminuer. En 2017 et 2018, la Mourabaha immobi- lière représentait plus de 92% des financements participatifs.

Près d'une décennie après son lancement, la finance participative reste en deçà des attentes initiales. Pourquoi le grand décollage tarde-t-il ? Concentration sur la Mourabaha, financement des entreprises encore limité, besoin de nouveaux relais de croissance… Ahmed Tahiri Jouti, expert en finance durable, finance participative et technologies financières, livre son diagnostic sur les défis et les perspectives du secteur.

Propos recueillis par M. A. L.

Finances News Hebdo : Près de dix ans après son lance- ment, pourquoi la finance participative n'a-t-elle pas encore atteint la taille que beaucoup anticipaient au Maroc ? Dr. Ahmed Tahiri Jouti : Effectivement, les résultats enre- gistrés par la finance participative restent en deçà des projections formulées avant son lancement. À l’époque, certaines estimations tablaient sur une part de mar- ché d’environ 5% après cinq ans d’activité, puis entre 8 et 10% à l’horizon de dix ans. Or, en 2026, la finance participative repré- sente environ 3% des finance- ments bancaires, tandis que sa part dans les dépôts demeure proche de 1%. Plusieurs facteurs expliquent cet écart. D’abord, des éléments conjoncturels ont pesé sur le développement du secteur. La crise sanitaire liée au Covid- 19 a provoqué un ralentissement important de l’activité économique durant près de deux ans, affectant naturellement la croissance des banques participatives. D’autres événements internationaux ont également contribué à entretenir un climat d’incertitude. Mais les principales explications

sont surtout d’ordre structurel. L’expérience marocaine a mon- tré que le développement de la finance participative ne repose pas uniquement sur la mise en place de produits bancaires. Il nécessite la construction d’un véritable écosystème impliquant l’ensemble des parties prenantes. Le cas du financement immobilier en est l’illustration la plus abou- tie. Son développement a exigé un important travail d’adaptation réglementaire et fiscale, mais aussi de sensibilisation des clients, des notaires, des promoteurs immobi- liers et des différentes administra- tions concernées. Aujourd’hui, ce segment constitue une réussite. La finance participa- tive représente près de 10% du marché du crédit immobilier, un niveau conforme aux prévisions initiales. En revanche, cette dyna- mique n’a pas encore été repro- duite dans d’autres secteurs. Dans l’automobile, par exemple, les établissements participatifs se heurtent à des acteurs déjà solide- ment implantés et à des partena- riats historiques entre organismes

de financement et concession- naires. Du côté des entreprises, le déploiement des solutions par- ticipatives demeure progressif. Certaines banques ont commencé à développer cette activité, tandis que d’autres privilégient encore une approche prudente afin de consolider leur modèle écono- mique. Le rythme de développement a également été freiné par les délais nécessaires à la validation et à la certification de certains produits, ainsi que par le temps requis pour leur intégration dans les stratégies commerciales des établissements. Par ailleurs, plusieurs segments de clientèle restent encore peu adressés, notamment les clien- tèles patrimoniales et institution- nelles, qui pourraient constituer d’importants relais de croissance dans les prochaines années. Enfin, le retard observé sur les dépôts s’explique en partie par la taille encore limitée du réseau ban- caire participatif. Les banques par- ticipatives disposent d’un maillage territorial beaucoup moins dense que celui des banques conven-

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker