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BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 4 JUIN 2026

Aujourd'hui, cette proportion se situe autour de 82 à 83%. Cette dilution reste graduelle, car la mise en place de nouveaux écosys- tèmes et de nouvelles formules de financement nécessite du temps. Des contraintes de capitalisation entrent également en jeu. Les banques participatives ne dis- posent pas toujours des fonds propres nécessaires pour se posi- tionner davantage sur le finan- cement des grandes entreprises. Ces différents facteurs expliquent que le secteur reste encore forte- ment concentré sur la Mourabaha immobilière, même si cette concentration est moins marquée qu'au début des années 2020. F. N. H. : Pourquoi les pro- duits pourtant embléma- tiques de la finance participa- tive, comme la Moucharaka, la Moudaraba ou la Salam peinent-ils encore à trouver leur place dans le finance- ment des entreprises maro- caines ? A. T. J. : Pour répondre à cette question, il faut distinguer chaque formule de financement. S'agissant de la Salam, une ou deux banques l'ont déjà lancée avec des résultats jugés satisfai- sants, contrairement à d'autres établissements qui ne l'ont pas encore déployée. Cette situation s'explique notamment par le fait que toutes les banques participa- tives ne se sont pas orientées vers le financement des entreprises. L'absence de développement plus large de la Salam reflète donc davantage un positionnement stratégique qu'une faiblesse intrin- sèque du produit. Pour les éta- blissements qui l'ont adoptée, elle permet de générer des encours significatifs, malgré les risques qu'elle implique. Concernant la Moucharaka et la Moudaraba, leur faible déve- loppement ne constitue pas une spécificité marocaine. Même dans les marchés les plus avancés en matière de finance participative, comme la Malaisie, ces deux for- mules ne représentent qu'une part limitée des encours financiers, de l'ordre de 3%. Ces produits demeurent des

 3%, c'est la part que représente aujourd'hui la finance participative dans les financements bancaires au Maroc, contre des projections de 8 à 10% formulées avant son lancement.

solutions de financement relati- vement spécifiques, mobilisées dans des situations particulières pour accompagner certaines entreprises. En pratique, de nom- breux entrepreneurs privilégient des formules offrant un coût de financement fixe et prévisible. À l'inverse, la Moucharaka implique un partage des profits, ce qui peut réduire son attractivité auprès de certains opérateurs économiques. Ainsi, les limites observées ne proviennent pas uniquement de l'offre bancaire. Elles tiennent également aux préférences des entreprises elles-mêmes, qui pri- vilégient souvent des mécanismes de financement plus classiques et offrant davantage de visibilité sur leur coût. Même lorsqu'elles sont déployées, la Moucharaka et la Moudaraba devraient donc rester concentrées sur certains segments et certaines opérations spécifiques. Leur développement est appelé à progresser, mais sans nécessairement atteindre les volumes observés sur des produits comme la Mourabaha immobilière. F. N. H. : Quels sont, selon vous, les principaux leviers qui permettraient à la finance participative de franchir un nouveau cap au Maroc dans les prochaines années ? A. T. J. : La responsabilité du développement de la finance par- ticipative est partagée entre les autorités financières et les acteurs du secteur. Du côté des autorités,

l'un des principaux freins réside dans l'absence d'un écosystème financier participatif pleinement intégré. Si plusieurs composantes ont été mises en place au fil des années, leur déploiement s'est effectué progressivement et à un rythme relativement lent. Parmi les chantiers encore à développer, figure notamment la mise en place d'un marché inter- bancaire participatif permettant aux banques de lever des fonds entre elles à travers des méca- nismes conformes aux avis du Conseil supérieur des Oulémas. Aujourd'hui, les établissements participatifs continuent de dépendre principalement de leurs maisons-mères pour leurs besoins de refinancement. Le développement d'un véritable marché des capitaux participatif constitue également une priorité. Les émissions de sukuk pourraient offrir aux banques participatives une source supplémentaire de financement et de refinancement. Le cadre réglementaire existe, mais son appropriation par les acteurs nécessite encore des inci- tations et une dynamique de mar- ché suffisante. D'autres leviers demeurent égale- ment à renforcer, notamment les produits d'investissement parti- cipatifs susceptibles de drainer

davantage de dépôts et de soute- nir le développement du secteur. Plusieurs projets sont engagés, mais leur concrétisation demande encore du temps. Au final, l'enjeu pour les autorités consiste à ache- ver la construction d'un écosys- tème participatif complet permet- tant à l'industrie d'évoluer dans des conditions pleinement com- pétitives. Du côté des banques participatives, la situation est dif- férente. La plupart des acteurs ont désormais atteint un premier seuil de rentabilité. Le défi réside davantage dans les orientations stratégiques retenues par leurs actionnaires et maisons-mères. Alors que les banques participa- tives ont besoin de stratégies de développement et d'expansion pour exploiter leur potentiel de croissance, les groupes bancaires auxquels elles appartiennent pri- vilégient souvent des logiques de stabilisation, de maîtrise des coûts et de limitation des risques. Cette divergence peut freiner la dynamique de développement du secteur. L'enjeu consiste donc à permettre aux banques participa- tives de poursuivre leur propre trajectoire de croissance, en tenant compte de la spécificité de leur marché et de leur poten- tiel de développement. Dans un contexte où la demande existe encore et où certains segments restent insuffisamment exploités, elles pourraient constituer à terme un véritable relais de croissance pour leurs groupes bancaires res- pectifs. ◆

Parmi les chantiers encore à développer, figure notamment la mise en place d'un marché interbancaire participatif.

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