FNH N° 1233

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026

Prix alimentaires «Distribuer les subventions ne sert à rien si le vécu du citoyen ne s’améliore pas»

grands éleveurs, il faut s’assurer que les moutons sont bien dis- ponibles sur les marchés et à des prix abordables. In fine, distribuer les subventions ne sert à rien si le vécu du citoyen ne s’améliore pas. F. N. H. : Dans quelle mesure la structure de la chaîne de valeur agroalimentaire ainsi que les circuits de distri- bution contribuent-ils à la formation des prix et à la transmission des hausses jusqu’au consommateur final ? Et quelles pistes de réforme permettraient d’améliorer la transparence et la fluidité du marché ? Y. G. F. : Ce sont les spéculations et les intermédiations qui font aug- menter les prix de vente en détail. Tant qu’on ne contrôle pas les prix de production à la source et qu’on ne maîtrise pas la chaîne de dis- tribution de bout en bout, l’appa- reil exécutif ne parviendra guère à contrôler véritablement les prix de vente exposés aux marchés. La vérification des prix au niveau des détaillants reste une mesure inefficace, qui ne parvient jamais à atténuer les prix. L’autre point important est de veiller sur l’équilibre du marché. L’exportation abusive de produits alimentaires de première nécessité perturbe les approvisionnements locaux et conduit par conséquent à une pénurie des matières qui est directement responsable des hausses des prix. Il est nécessaire de mettre en place des barrières douanières à l’exportation, en vue d’orienter les produits essentiels d’abord vers les marchés natio- naux. F. N. H. : Quelle place peut occuper l’éducation finan- cière des ménages pour ren- forcer leur résilience face aux périodes de hausse des prix et de volatilité écono- mique ? Y. G. F. : L’éducation financière servira à maîtriser au mieux le bud- get familial hebdomadaire, voire mensuel. Il est question de gérer ses moyens financiers face à une pression inflationniste continue, sans recouvrir aux emprunts de consommation. Une tâche diffi-

La pression sur le coût de la vie continue de peser lourdement sur les ménages marocains, en particulier à travers la hausse

persistante des prix alimentaires. Le décalage entre les indicateurs

économiques et le ressenti des citoyens s’accentue, d’où la nécessité d’actions concrètes pour améliorer le pouvoir d’achat. Entretien avec Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain pour la gouvernance et le management (CMGM).

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Malgré une relative stabi- lité des indicateurs macro- économiques, les ménages continuent de percevoir une pression importante sur le coût de la vie, notamment sur les produits alimen- taires. Comment expliquez- vous cet écart entre l’infla- tion mesurée et l’inflation ressentie ? Youssef Guerraoui Filali : Le taux d’inflation prévu au niveau de la Loi de Finances 2026 est de l’ordre de 2%. Les deux pre- miers mois de l’année en cours, il était moins de 1% pour ensuite se situer à 1,2% en mars. Si le conflit géopolitique entre l’Iran et les Etats-Unis perdure, le taux d’in- flation pourrait atteindre les 4%, parce que le pétrole est une com- posante essentielle de l’économie marocaine, voire un produit éco- nomique stratégique qui influence les prix des marchandises trans- portées, et qui est utilisé dans la production industrielle, agricole et même électrique. S’agissant du ressenti, les citoyennes et citoyens expriment du mécontentement au sujet de

la tarification des matières de première nécessité. Le manque d’efficacité gouvernementale par rapport aux mesures d’atténuation de la flambée des prix ne permet pas de stabiliser les prix et conduit par conséquent à la perte de la confiance citoyenne. En outre, certains produits alimentaires ont connu des hausses variant entre 20 et 50%, ce qui porte atteinte au pouvoir d’achat du citoyen. F. N. H. : Les prix alimen- taires semblent particuliè- rement sensibles aux chocs et aux variations de marché. Quels mécanismes structu- rels expliquent cette vola- tilité et cette rigidité à la baisse ? Y. G. F. : Tout d’abord, la dépen- dance de l’extérieur vis-à-vis des produits énergétiques raffinés nous conduit à subir des hausses de prix, sans à en avoir véritable- ment des marges de manœuvre,

telles que le stockage du baril brut à des prix bas ou la maitrise des coûts de production en raffinerie. S’ajoute à cela le manque d’ins- truments de régulation du marché pétrolier par le pouvoir gouver- nemental en charge du secteur. Il s’agit concrètement de contrôler les coûts de stockage et d’achats qui définissent les marges des opérateurs, afin de faire jouer la concurrence et en vue d’achemi- ner les produits à des prix raison- nables. Par la suite, il s’agit de l’effica- cité des aides gouvernementales. Le ciblage et l’impact sont de mise. Quand on décide d’indem- niser les professionnels du trans- port, il faut s’assurer que cette indemnité servira à atténuer les prix de transport, et surtout qu’elle est bien acheminée aux chauf- feurs et transporteurs et non pas seulement aux propriétaires des agréments. Autre exemple : quand on décide de subventionner les

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