ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
parle beaucoup ces dernières années». Ce décalage se traduit concrè- tement par un déficit structu- rel de création d’emplois, qui s’est accentué ces dernières années, passant de 138.000 emplois que le Maroc devait créer par an à 300.000 emplois, notamment après les chocs récents qu’a connus le pays. L’analyse du marché du tra- vail met en évidence plu- sieurs déséquilibres majeurs. D’abord, la difficulté d’inser- tion des jeunes. Malgré une amélioration rapide du niveau d’éducation, une large partie des jeunes peine à accéder à un emploi formel. Ensuite, le rapport pointe un phéno- mène préoccupant : la mon- tée de l’inactivité, notamment chez les jeunes, traduisant un désengagement progressif vis-à-vis du marché du travail. Enfin, la faible participation des femmes, illustrée par un taux d’activité de 19%, et qui reste parmi les plus bas au monde. Cette situation s’explique à la fois par des facteurs struc- turels, des normes sociales et des chocs économiques, notamment en milieu rural. Un secteur privé en deçà de son potentiel Le diagnostic du secteur privé au Maroc, quant à lui, identi- fie clairement un autre maillon faible, à savoir la dynamique entrepreneuriale. Si le Maroc a engagé de nombreuses réformes, le secteur privé ne parvient pas encore à jouer pleinement son rôle de moteur de croissance et de création d’emplois. L’investissement privé reste limité, représen- tant environ d’un tiers seule- ment de l’investissement total. Plusieurs contraintes per- sistent, à savoir l’environne- ment réglementaire complexe, l’accès au financement encore limité, la concurrence forte du secteur informel, ainsi que certaines inefficiences dans le fonctionnement des marchés. Ces facteurs freinent l’émer- gence d’entreprises capables
Le rapport pointe du doigt le taux d’activité des femmes de 19%, qui reste parmi les plus bas au monde.
Croissance – Emploi Les limites du modèle marocain A Présentés à l’UM6P par la Banque mondiale et l’IFC, deux nouveaux rapports dressent un diagnostic clair : malgré un socle robuste, le Maroc peine à transformer sa croissance en emplois durables. En cause, un déficit de productivité et un secteur privé encore contraint. Par M. A. L. Le rapport souligne les avan- cées significatives du Royaume au cours des deux dernières décennies. Le Maroc a su consolider un cadre macro- économique robuste, tout en investissant massivement dans les infrastructures et le capital humain. Cette trajectoire s’inscrit dans les ambitions du Nouveau modèle de développement, qui vise notamment à doubler le PIB par habitant à l’horizon de 2035 et à renforcer l’inclusion économique. les ambitions fixées. Une croissance peu créatrice d’emplois C’est le principal enseigne- ment du rapport : la croissance marocaine est de moins en moins inclusive en emplois.
l’occasion d’une table-ronde organisée avec le Policy Center for the New South de l’UM6P, le Groupe de la Banque mon- diale a dévoilé deux rapports majeurs consacrés à la crois- sance, à l’emploi et au rôle du secteur privé au Maroc, et plus particulièrement celui de l’investissement. Présentés par Javier Diaz Cassou, économiste Senior principal pour le Maroc à la Banque mondiale, et Cristina Navarrete Moreno, Senior Operations Officer pour le Maroc chez IFC, ces travaux convergent vers une même lecture : le Maroc a réussi à bâtir une économie stable et résiliente, mais doit désor- mais changer de vitesse pour répondre au défi central de l’emploi, et ainsi construire une croissance créatrice d’emploi.
Malgré un niveau d’investisse- ment considérable qui s’élève à 30% de PIB marocain, et ce depuis 25 ans, les gains de productivité demeurent limités, freinant la capacité de l’éco- nomie à générer des emplois à grande échelle. Javier Diaz Cassou a résumé cela en une phrase : «malgré ce pano- rama très solide, c'est aussi un pays qui a des défis, des défis persistants et importants que cette stabilité macro, ces investissements n'ont pas vrai- ment pu résoudre. Le principal, c'est le défi de l'emploi dont on
En revanche, la dynamique actuelle reste insuffisante pour atteindre ces objectifs et fait montre encore d’une faible élasticité croissance-emploi. En d’autres termes, la crois- sance au Maroc, bien qu’en amélioration, ne permet pas encore de combler l’écart avec
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