FNH N° 1233

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026

fonctionnement des marchés et lever les contraintes qui freinent encore l’investisse- ment privé. Comme l’a rappelé Javier Diaz Cassou, l’enjeu est désor- mais de dépasser le constat pour agir. «Ça ne servirait à rien d’avoir des politiques qui arrivent à inclure les hommes, les jeunes et les femmes dans le marché du travail, si les entreprises ne deviennent pas plus dynamiques, si les marchés ne fonctionnent pas. C'est clairement des actions qui doivent se mener en paral- lèle de façon bien synchro- nisée et bien coordonnée», conclut-il. Un impératif stratégique pour faire de la croissance maro- caine non seulement un moteur économique, mais aussi un véritable levier d’inclusion sociale. ◆

de croître rapidement et de tirer la productivité. S’appuyant sur les conclusions du rapport de la Banque mon- diale, Javier Diaz Cassou a, à son tour, mis en lumière une faiblesse structurelle du tissu productif marocain, souvent qualifiée de «missing middle». Autrement dit, un déficit d’entreprises intermédiaires capables de croître, d’innover et de concurrencer les grandes firmes. Le paysage entrepreneurial reste de facto dominé par de très petites structures d’un côté, et un nombre limité de grandes entreprises de l’autre. Entre les deux, les PME peinent à changer d’échelle et à s’im- poser dans certains secteurs. Cette situation s’explique notamment par des frictions de marché et des contraintes structurelles qui freinent leur développement, qu’il s’agisse d’accès au financement, de cadre réglementaire ou encore de conditions de concurrence. Résultat : ces entreprises ne parviennent pas à challenger les acteurs dominants, ce qui limite la dynamique concurren- tielle et freine, in fine, la créa- tion d’emplois et les gains de productivité. Dans une lecture fine du tissu productif, Cristina Navarrete a esquissé les lignes de frac- ture qui entravent encore le plein déploiement du secteur privé au Maroc. Derrière les promesses d’investissement, se dessine un environnement encore contraint, où la com- plexité des procédures admi- nistratives et l’opacité de cer- tains cadres réglementaires ralentissent les initiatives et diluent les dynamiques d’ex- pansion. L’accès au foncier industriel, souvent rigide et peu lisible, constitue également un point de friction récurrent, tout comme les difficultés d’accès au financement, qui continuent de peser sur les entreprises, en particulier les plus petites, frei- nant leur montée en puissance. À ces obstacles transversaux

s’ajoutent des contraintes propres à certaines filières, où des dispositifs réglementaires inadaptés ou des exigences techniques coûteuses viennent entraver la structuration des chaînes de valeur. Face à ces entraves, l’IFC plaide pour une levée progres- sive des verrous, à travers une action publique plus lisible, plus fluide et mieux alignée sur les besoins des investisseurs. Simplifier, clarifier, accompa- gner : autant de leviers identi- fiés pour libérer le potentiel du secteur privé et lui permettre d’assumer pleinement son rôle dans la transformation écono- mique du pays. À rebours de ce diagnostic critique, les deux rapports mettent en exergue des pistes d’action concrètes. Le rapport de la Banque mon- diale insiste sur la nécessité de renforcer la productivité, d’améliorer l’allocation des ressources et de stimuler la transformation du tissu pro- ductif. Du côté de l’IFC, l’accent est mis sur une poignée de filières à fort potentiel, notamment l’énergie solaire, le textile, les cosmétiques à base d’argan ou encore l’aquaculture. Autant de relais de croissance identi- fiés, capables, à eux seuls, de mobiliser jusqu’à 7,4 milliards de dollars d’investissements privés et de générer plus de 166.000 emplois à moyen terme, à condition toutefois de lever les entraves structurelles qui continuent d’en brider l’es- sor. Vers un nouveau modèle de croissance Tout compte fait, les deux rapports convergent vers une même évidence : le Maroc se trouve aujourd’hui à un moment charnière de sa tra- jectoire économique. Les fondamentaux sont solides, les investissements sont au rendez-vous, et les ambitions du Nouveau modèle de développement tracent une voie claire. Mais la transfor-

Malgré un niveau d’investissement considérable qui s’élève à 30% de PIB marocain, et ce depuis 25 ans, les gains de productivité demeurent limités, freinant la capacité de l’économie à générer des emplois à grande échelle.

mation de ces acquis en une croissance réellement inclu- sive, capable de créer des emplois à grande échelle, reste encore à concrétiser. Car au-delà des performances macroéconomiques, c’est bien la capacité du tissu productif à absorber la main-d’œuvre, à gagner en productivité et à monter en gamme qui constitue désormais le véri- table enjeu. Une équation qui suppose d’agir simultanément sur plusieurs fronts : dynami- ser les entreprises, fluidifier le

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