ECONOMIE
36
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
des chaînes d’approvisionne- ment globalisées, avec une forte dépendance vis-à-vis de la Chine. Selon les données de l’Office des changes, les impor- tations marocaines de biens d’équipement ont atteint près de 160 milliards de dirhams en 2023, représentant environ 23% des importations totales du Royaume. Cette catégo- rie regroupe principalement les machines industrielles, les équipements électriques, le matériel de transport ainsi que les composants nécessaires à l’appareil productif national. Une part significative de ces flux provient de Chine, devenue un partenaire incontournable dans l’approvisionnement industriel du Maroc. Cette dépendance traduit à la fois l’intégration du Royaume dans les chaînes de valeur mondiales et sa vulné- rabilité aux perturbations des routes commerciales interna- tionales. «Le Maroc reste for- tement dépendant des impor- tations de biens d’équipement et d’intrants industriels, ce qui expose directement son appa- reil productif aux chocs logis- tiques internationaux» , note à ce titre Sbai. Or, une crise prolongée au Moyen-Orient perturbe les axes maritimes stratégiques, renchérit les coûts de fret et rallonge les délais d’appro- visionnement. L’expérience récente des tensions en mer Rouge a illustré cette fragilité: selon la Banque mondiale, les tarifs du transport maritime ont bondi de plus de 100% sur certaines routes reliant l’Asie à l’Europe, impactant directe- ment les flux à destination du Maroc. Pour les entreprises maro- caines, cette hausse se traduit mécaniquement par une infla- tion des coûts de production. Les industries dépendantes d’intrants importés — notam- ment l’automobile, le textile ou encore l’agro-industrie — voient leurs marges compri- mées, dans un contexte où la répercussion sur les prix finaux reste limitée par la demande.
Un port sous tension : entre dépendance énergétique, flux industriels mondialisés et incertitudes géopolitiques, l’économie marocaine se
Guerre au Moyen-Orient trouve en première ligne des chocs venus du Moyen-Orient. Le Maroc face à un risque systémique sous-estimé pouvoir d’achat des ménages tout en augmentant les coûts de production des entreprises. Comme le rappelle Sara Sbai, dans une économie fortement ouverte, cette dynamique ne touche pas uniquement les ménages, mais «réduit éga- lement les marges des entre- prises et fragilise leur capacité d’investissement». Ce mécanisme enclenche une spirale inflationniste difficile à contenir, surtout dans un contexte de tension budgétaire. L Derrière l’apparente distance géographique, la guerre au Moyen-Orient agit comme un puissant révélateur des vulnérabilités structurelles de l’économie marocaine. Dépendance énergétique, exposition logistique, fragilité des chaînes d’approvisionnement et contraintes budgétaires s’imbriquent pour former un choc systémique. Dans un contexte de tensions prolongées, le Maroc apparaît bien plus exposé qu’il n’y paraît. Par M. B.
e premier canal de transmission est sans équivoque : l’énergie. Le Maroc importe plus de 90% de ses besoins énergétiques, selon l’Agence internationale de l’énergie, ce qui en fait l’une des économies les plus vulné- rables aux fluctuations des prix du pétrole. Dans un scénario où le baril dépasse durablement les 100 dollars, comme lors des précédentes crises au Moyen- Orient, la facture énergétique nationale s’alourdit mécanique- ment. Cette dépendance se traduit immédiatement dans les équi- libres macroéconomiques. Comme le souligne Sara Sbai, PhD - Senior Lead International Consultant - Corporate Finance,
Strategy and Risk management, «la hausse des prix de l’énergie se diffuse progressivement à l’ensemble de la chaîne éco- nomique» , traduisant un méca- nisme de transmission rapide vers l’inflation domestique. Cette hausse irrigue ainsi l’en- semble de l’économie, alimen- tant une inflation généralisée. Le haut-commissariat au Plan a déjà montré, lors des chocs précédents, que les produits énergétiques constituent un facteur déterminant de l’infla- tion au Maroc. En 2022, le pic inflationniste à plus de 6% s’ex- pliquait en grande partie par la flambée des prix énergétiques et alimentaires. L’effet est double : il pèse sur le
Une économie industrielle dépendante des flux loin- tains Au-delà de l’énergie, le Maroc est profondément inséré dans
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker