ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
mance commerciale d’un pays dépend désormais autant de sa diplomatie économique que de sa capacité à sécuriser ses corridors logistiques. Pression budgétaire et risque d’ajustement macro- économique L’ensemble de ces chocs converge vers un point critique: les finances publiques. La hausse des prix énergétiques et alimentaires oblige l’État à renforcer les mécanismes de compensation et de soutien. Selon le FMI, ces dépenses supplémentaires creusent le déficit budgétaire et limitent les marges de manœuvre. Dans un contexte de contraintes accrues, le Maroc pourrait être confronté à des arbitrages dif- ficiles. «L’État se retrouve face à un arbitrage extrêmement délicat entre la nécessité de soutenir le pouvoir d’achat et le risque d’alourdir durablement le déficit budgétaire et la dette publique» , souligne Sbai. La réduction des dépenses publiques, sous forme de mesures d’austérité, constitue un risque réel. Or, un tel ajus- tement aurait des effets directs sur la croissance, l’investisse- ment et l’emploi. La Banque mondiale souligne que les politiques de consoli- dation budgétaire, si elles sont mal calibrées, peuvent freiner la reprise économique. Dans ce contexte, la ques- tion du ciblage devient cen- trale. Comme le souligne Sara Sbai, «les politiques de soutien généralisées deviennent diffi- cilement soutenables à long terme, ce qui impose une tran- sition vers des mécanismes plus ciblés en faveur des ménages vulnérables et des secteurs stratégiques». Pour le Maroc, l’enjeu est donc de maintenir un équilibre déli- cat entre soutien à l’économie et soutenabilité des finances publiques. À défaut, le risque serait celui d’un ajustement contraint, susceptible de ralen- tir la croissance et d’accentuer les tensions sociales. ◆
Derrière les tensions géopolitiques, une méca- nique silencieuse : coûts logistiques en hausse, dépendance énergétique, chaînes d’approvisionne- ment fragilisées…
un contexte international déjà tendu. Le résultat est un effet cumulatif : hausse des prix à l’importation, dégradation des termes de l’échange et trans- mission directe à l’inflation domestique. Dans un pays où l’agriculture conserve un poids social et économique majeur, «cette dépendance crée un effet multiplicateur sur les prix ali- mentaires et sur la stabilité sociale» , explique Sara Sbai. Cette dépendance alimentaire se traduit ainsi par une inflation persistante des produits de base, qui affecte en priorité les ménages les plus vulnérables. Elle accentue également la pression sur les finances publiques, à travers les méca- nismes de soutien et de sub- vention, tout en contribuant à creuser le déficit commercial global du Royaume.
des points de passage straté- giques, désorganisent les flux commerciaux et augmentent les coûts de transport. Même si Tanger Med bénéficie d’une position stratégique, il reste dépendant de la fluidité du commerce mondial. Une contraction des échanges ou une hausse durable des coûts de fret impacte directement son activité et, par extension, l’économie nationale. Comme le souligne Sbai, «la hausse des coûts logistiques repré- sente aujourd’hui une menace sérieuse pour la compétitivité des exportations marocaines». Par ailleurs, le choc se pro- page également au transport terrestre. Le corridor routier reliant le Maroc à l’Afrique subsaha- rienne via la Mauritanie consti- tue un axe vital pour les expor- tations marocaines. La hausse des prix du carburant entraîne une explosion des coûts de transport, réduisant la compé- titivité des entreprises maro- caines sur les marchés afri- cains. À cela s’ajoutent des contraintes structurelles : allon- gement des délais logistiques, hausse des coûts routiers et,
dans certains cas, des risques sécuritaires qui pèsent sur la fluidité des échanges. Dans ce contexte, Sbai rap- pelle que «la compétitivité ne dépend plus uniquement de la qualité des produits ou des accords commerciaux, mais aussi de la résilience des chaînes logistiques» . Ce phénomène est particu- lièrement préoccupant dans un contexte où le Royaume cherche à renforcer sa pré- sence économique sur le continent. L’augmentation des coûts logistiques se traduit par une compression des marges et une perte d’attractivité sur des marchés africains souvent très sensibles au prix. À terme, cette évolution pour- rait ralentir l’intégration com- merciale régionale et remettre en question certains arbitrages stratégiques. Elle souligne sur- tout une mutation profonde : dans un environnement géoé- conomique instable, la perfor-
Logistique mondiale et corridors africains sous tension
Le Maroc, en tant que hub logistique régional, n’échappe pas aux perturbations des routes maritimes internatio- nales. Les tensions au Moyen- Orient, notamment autour
Cette guerre pourrait contraindre l'Exécutif à des mesures d'austérité pouvant freiner la dynamique de croissance que connaît le pays.
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