ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
Transformation digitale «La maturité numérique de l’action publique reste perfectible»
en gamme technologique. Mais, de l’autre côté, le pays est dans une phase de transition incomplète. L’ONU situe encore le Royaume au 90ème rang mon- dial de l’e-government develop- ment (EGDI) 2024, avec un score de 0,6841. Ce qui signifie que le progrès existe, mais que la matu- rité numérique de l’action publique reste perfectible. F. N. H. : Pensez-vous que le Maroc peut réussir sa transi- tion numérique ? A. S. : Oui, le Maroc peut réussir sa transition numérique, mais à une condition de passer d’une logique d’équipement à une logique d’exécution. Le pays dis- pose aujourd’hui d’atouts objec- tifs, une stratégie nationale claire avec Digital Morocco 2030, une base télécoms solide, un position- nement régional crédible, une jeu- nesse connectée, une montée de l’écosystème startup et un début d’intégration de l’IA dans la vision publique. La stratégie officielle affiche d’ailleurs des objectifs très ambitieux, notamment faire entrer le Maroc dans le top 50 mondial de l’indice des services publics en ligne, créer 240.000 emplois directs dans l’économie numé- rique et ajouter 100 milliards de dirhams au PIB national à l’horizon 2030. Oui, mais pas automatique- ment. La réussite dépendra moins des annonces que de la discipline d’exécution. Le Maroc réussira sa transition numérique s’il traite le digital comme un projet de souve- raineté productive et non comme un simple chantier technologique. Cela veut dire : connecter, for- mer, interopérer, sécuriser, pro- duire localement des solutions, et surtout généraliser l’usage réel. Sinon, on risque une digitalisation d’apparence : beaucoup de plate- formes, peu d’impact structurel. La 5G, le cloud, l’IA et la data peuvent faire décoller une nouvelle écono- mie; mal gouvernés, ils peuvent aussi simplement moderniser la vitrine sans transformer le moteur. F. N. H. : Quels sont les élé- ments sur lesquels il faut capitaliser pour relever un tel défi ? A. S. : Il faut capitaliser d’abord
Le Maroc réussira sa transition numérique s’il traite le digital comme un projet de souveraineté productive et non comme un simple chantier technologique. C’est l’avis de Amine Sami, expert en planification stratégique et conduite de changement. Entretien.
Propos recueillis par C. Jaidani
Finances News Hebdo : Quel rôle peut jouer le digi- tal dans le développement économique ? Amine Sami : On peut dire que le digital n’est plus un simple secteur, c’est une infrastructure de transformation. Il agit simulta- nément sur cinq leviers : 1. pro- ductivité, 2. inclusion, 3. compé- titivité, 4. transparence et 5. créa- tion de valeur. Concrètement, il permet de réduire les coûts de transaction, d’accélérer l’accès aux services publics, d’amélio- rer l’intermédiation entre offre et demande, de fluidifier les chaînes logistiques et de renforcer la tra- çabilité dans des secteurs comme l’agriculture, la santé, l’éduca- tion, le tourisme, la finance ou encore l’industrie. Dans un pays comme le Maroc, le digital peut jouer un rôle d’ascenseur territo- rial en rapprochant les services des citoyens, y compris dans les zones moins bien couvertes physiquement par l’administra-
tion classique. Dans ce cadre, les travaux de la Banque mondiale montrent d’ailleurs que la trans- formation digitale améliore l’envi- ronnement des affaires, réduit les délais et les coûts administratifs, et renforce l’attractivité écono- mique. Ma lecture prospective est la suivante : le digital devient le nouveau multiplicateur de déve- loppement. Demain, la différence entre les pays ne se fera pas seu- lement sur les routes, les ports ou les zones industrielles, mais sur la vitesse de circulation des données, la qualité des services numériques, l’interopérabilité des plateformes publiques et la capacité à transformer l’informa- tion en décisions, en emplois et en innovation. Le vrai sujet n’est donc plus «avoir du digital», mais «industrialiser le digital au service du modèle de développement».
F. N. H. : Comment jugez- vous l’évolution du digital dans le paysage socioécono- mique marocain ? A. S. : L’évolution est réelle, mais encore inégale. D’un côté, le Maroc a clairement franchi un cap. Au quatrième trimestre 2025, le pays comptait environ 41,46 millions d’abonnements Internet, avec un taux de pénétration de 112,59%. L’Internet fixe progresse, surtout grâce à la fibre; le parc FTTH a atteint 1,409 million d’abon- nements à fin 2025, en hausse annuelle de 32,87%, tandis que l’ADSL recule. Le lancement com- mercial de la 5G est intervenu en novembre 2025, et l’ANRT indique que le marché continue d’être tiré par l’expansion de l’Internet, la très haute vitesse, les box 4G/5G et le partage d’infrastructures. Cela montre que l’écosystème entre dans une phase de montée
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