Finances News Hebdo N° 1099

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 9 mars 2023 - 8 DH - N° 1099

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Pétrole russe Le Maroc joue-t-il avec le feu ?

France – Afrique

Macron, un naufrage diplomatique

P. 26/27

P. 14

Le secteur négocie un virage serré P. 8/9 ASSURANCE AUTOMOBILE Focus Deux femmes d'exception Sortie de la liste grise du GAFI «Des impacts positifs sur l’économie»

Entretien avec Nabil Badr, adjoint à la responsable de la Supervision bancaire à Bank Al-Maghrib.

P. 10

Taux directeur Shakespeare à Bank Al-Maghrib P. 11

Pr Hasnaa Chennaoui, présidente de la fondation Attarik

Pr Amal El Fallah Seghrouchni, directrice du Centre international d’intelligence artificielle «Ai movement»

P. 22 à 25

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

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S OMMAIRE

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> Actualité

Voyons voir : Tunisie : Racisme d’Etat, punition économique Ça se passe au Maroc 4 5

> Bourse & Finances

Editorial

Point Bourse Hebdo : Consolidation et attentisme

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Crédit bancaire : Coup de frein après la hausse des

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taux

Par Fatima Ouriaghli

Assurance automobile : Le secteur négocie un virage

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serré

Retraite

Entretien avec Nabil Badr : Sortie de la liste grise du

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> Focus agricole

L a France est dans la rue. La réforme de la retraite est actuellement la source d’une colère sociale qui risque de faire date. Pour la première journée de mobilisation, près de 2 millions de Français ont battu le pavé pour dire non à une réforme jugée «inutile» , voire «inéquitable et injuste» . Leur objectif : paralyser le pays pour faire plier le gouvernement en le poussant à retirer sa réforme. L’âge de départ à la retraite, qui va être porté de 62 à 64 ans, est le point de cette réforme qui cristallise toutes les tensions. Les syndicats qui, pour la première fois, semblent parler d’une même voix, comme l’opposition politique, disent un niet catégo- rique au report de l’âge légal de départ, d’autant qu’il s’agirait d’un projet «au service de la finance plutôt que de la France» , notamment dans un contexte de hausse des taux d’intérêt souverains sur le marché obligataire. Le gouvernement, qui a vendu cette réforme comme un outil pour rétablir l’équilibre des comptes publics, s’entêtera-t-il au risque d’attiser davantage la colère sociale ? Ou cédera-t-il à la pression populaire, au risque de donner un mauvais signal aux marchés financiers et de voir les taux d’intérêt de la dette française (3.000 milliards d’euros) partir à la hausse ? En tout cas, la situation tendue en France ne laisse pas indiffé- rentes les autorités marocaines. Elle suscite même inquiétude. Car, ici aussi, après la réforme paramétrique initiée en 2016, se prépare la seconde étape de la réforme des retraites. Dans son rapport au titre de 2021 publié mardi dernier, la Cour des comptes (CC) estime ainsi qu’au vu de l’élargissement de l’adhé- sion aux régimes de retraite en 2025 pour couvrir les travailleurs ne percevant aucune pension, la garantie de la viabilité du système à long terme exige l’activation de la mise en œuvre du chantier de la réforme structurelle des régimes. Et ce, d’autant qu’ «en dépit des réformes paramétriques apportées principale- ment au régime des pensions civiles de la Caisse marocaine des retraites depuis 2016 et au régime collectif des allocations de retraite en 2021, lesdites réformes n’ont pas permis d’atteindre les équilibres financiers de ces régimes. Cette situation a conduit à un quasi-épuisement de leurs réserves à des horizons diffé- rents» , constate la CC. Comme en France, l’un des points saillants de cette réforme structurelle sera le recul de l’âge légal de départ. Ce sera for- cément un sujet de crispation entre les syndicats et l’exécutif. Lequel est déterminé cependant à mener cette réforme jusqu’au bout, promettant une reprise du dialogue avec les différents partenaires durant ce mois de mars pour se mettre d'accord sur les éventuelles solutions. Objectif : clore ce dossier d'ici l'été ou septembre prochain. Ça promet ! u DE PARIS À RABAT

GAFI, «La lutte contre la criminalité financière consti-

Machinisme : Le constat alarmant des professionnels

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tue une priorité nationale»

du secteur

Shakespeare à Bank Al-Maghrib

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Entreprises cotées : Les grandes tendances du qua-

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> Développement durable

trième trimestre

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Construction durable : Coup d’envoi de la 7 ème édition

Taqa Morocco : Terrain balisé pour la nouvelle stra-

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des Holcim Awards

tégie

> Focus

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Entretien avec Amal El Fallah Seghrouchni :

Intelligence artificielle : «Il faut protéger l’IA

de l’humain pour protéger l’humain de l’IA»

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Entretien avec Hasnaa Chennaoui : Météorites,

«Le Maroc est l’un des plus importants pays

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au monde en termes de trouvailles»

> Politique

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France – Afrique : Macron, un naufrage diplomatique

> Santé

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Accident vasculaire cérébral : «Au Maroc, un AVC

sur deux se solde par un handicap à vie»

> Société Fake news : Épidémie 2.0 30

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> Culture

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Entretien avec Karima Ahdad : «Mes héroïnes sont

une mosaïque d’instants et de sentiments forts»

> High-tech 35 VPN : Sous le sceau du secret !

> Economie

Pétrole russe : Le Maroc joue-t-il avec le feu ?

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Céréales : Bousculade attendue sur le marché mondial

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cette année

Entretien avec Amine Mernissi : Immobilier, «Le sec-

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teur vit une situation complexe et peine à redresser

la pente»

Emploi : Les Marocains préfèrent travailler en pré-

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sentiel

> L'univers des TPME

Promotion de l’entrepreneuriat : Casablanca-Settat se

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donne à fond

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com • Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Adil Hlimi, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Réda Kassiri Houdaifa, Ibtissam Zerrouk, Malak Boukhari, Meryem Ait Ouaanna, • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal • Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri, Rania Benchaib • Administratif : Fatiha Aït Allah, Nahla Sahlal • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Maroc Soir • Distribution : Sochpress • Tirage entre 15.000 et 18.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05

V OYONS VOIR

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Tunisie Racisme d’Etat, punition économique

Par D. William

L a présence en Tunisie d'immi- grés clandestins provenant de pays d'Afrique subsaharienne est source de «violence, de crimes et d'actes inaccep- tables»; cela relève d'une «entreprise criminelle» visant à «changer la compo- sition démographique» du pays. Voici un extrait des propos irresponsables et inadmissibles tenus le 21 février dernier par le président tunisien Kaïs Saïed. Depuis, les 21.000 ressortissants origi- naires d’Afrique subsaharienne ne se sentent plus en sécurité, qu’ils soient en situation irrégulière ou non. C’est une véritable chasse aux noirs qui est en effet organisée dans ce pays, où ils sont persécutés, insultés, violentés physiquement par des citoyens tuni- siens avec la complicité des autori- tés et virés de leur logement par les bailleurs. Conséquence : Ivoiriens, Maliens, Guinéens… ont pris d’assaut leur ambassade et demandé à quitter la Tunisie, certains ayant été même contraints d’interrompre leurs études. Depuis samedi dernier, les opérations de rapatriement ont commencé. Le dis- cours haineux de Saïed a payé. Le mal

est fait. Les objurgations de la société civile tunisienne n’y ont rien changé. Encore moins la condamnation des pro- pos du président tunisien par l’Union africaine. Aujourd’hui, l’image de la Tunisie est plus que jamais ternie, malgré la piteuse tentative de rétropédalage des autori- tés, qui ont annoncé quelques mesures en faveur des Subsahariens. Car le discours xénophobe de Saïed a eu une résonnance internationale. Même l’ONU a réagi. «Nous sommes très préoccupés par la vague d'arrestations que nous avons constatée et les arrestations arbi- traires, qui concernent en particulier l'opposition politique, la société civile, les journalistes, ainsi que la répression croissante à l'égard des migrants» , a souligné le porte-parole de l’Organisa- tion onusienne, Stéphane Dujarric, ajou- tant que «condamnons sans réserve toutes les déclarations xénophobes et racistes». Même son de cloche aux USA. «Nous sommes profondément préoccupés par les propos tenus par le président tunisien concernant la migration des Subsahariens vers la Tunisie ainsi que oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

les informations faisant état d'arresta- tions arbitraires de migrants ces der- nières semaines» , a indiqué le porte- parole du département d’Etat américain, Ned Price. Qui appelle «les autorités tunisiennes à respecter leurs obliga- tions en vertu du droit international pour protéger les droits des réfugiés, des demandeurs d'asile et des migrants». Dans la foulée, le Groupe de la Banque mondiale a décidé de suspendre sa coopération avec la Tunisie. Dans une note envoyée dimanche soir au per- sonnel, le président de la BM, David Malpass, a déclaré que l’institution financière suspend le cadre de parte- nariat avec la Tunisie, qui définissait les futurs programmes de 2023 à 2025, et reporte jusqu'à nouvel ordre une réu- nion de son Conseil d'administration, prévue initialement le 21 mars courant, pour examiner ce nouvel engagement stratégique. «La sécurité et l'inclusion des migrants et des minorités font partie des valeurs fondamentales d'inclusion, de respect et d'antiracisme de notre institution sous toutes leurs formes», a-t-il sou- ligné. «Les commentaires publics qui attisent la discrimination, l'agression et la violence raciste sont totalement inacceptables», a ajouté le président de la Banque mondiale. Les propos inconséquents de Saïed vont donc avoir des répercussions éco- nomiques importantes, puisque la BM reste l’un des principaux donateurs de la Tunisie, à travers notamment l'aide à l'importation de produits alimentaires et le développement des entreprises. Dans le même sens, des appels au boy- cott des produits tunisiens sont relayés sur les réseaux sociaux dans plusieurs pays africains. La punition économique est-elle cependant une réponse suffi- sante face à ce racisme d’Etat ? Elle peut faire mal, mais il faudrait que l’UA riposte de manière plus ferme face à ces dérives racistes d’un chef d’Etat membre de l’Union. ◆

La Banque mon- diale a décidé de suspendre sa coopération avec la Tunisie, après que les déclarations du président tunisien sur les migrants sub- sahariens ont déclenché une vague de vio- lences à carac- tère raciste.

Ç A SE PASSE AU MAROC

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L e Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) s'est réuni le lundi 6 mars en session informelle pour discuter d'une demande des autorités marocaines d'un accord de deux ans au titre de la Ligne de crédit modulable (LCM), pour un montant équivalent à 3,726 milliards de DTS (environ 417% de la quote-part, soit 5 milliards de dollars). Cette ligne de crédit aide à se prémunir contre les chocs externes. Compte tenu du cadre macroéconomique très solide du Maroc, la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a l'intention de recommander l'approbation de l'accord LCM pour le Maroc. Et ce, lorsque le Conseil d'administration du FMI se réunira à nouveau pour prendre une décision dans les semaines à venir. Le FMI est prêt à continuer à soutenir le Maroc face aux risques liés à un envi- ronnement mondial très incertain, fait savoir l’institution. Le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, avait annoncé qu’une ligne de crédit modulable avec le FMI est envisagée en mars 2023. Lors du point de presse à l’issue de la 4 ème et dernière réunion trimestrielle de 2022 de BAM, Jouahri a expliqué que ce «mécanisme de financement est réputé pour sa sou- plesse et assure aux pays admissibles l’accès immédiat à un montant élevé de ressources du FMI sans conditionnalité continue». L’éligibilité du Maroc à la LCM dépendra en grande partie de sa sortie de la liste Le Maroc sollicite la Ligne de crédit modulable du FMI

grise du Groupe d’action financière (GAFI), avait encore précisé le gouverneur de la Banque centrale. Le Groupe d’action financière a décidé, à l’unanimité de ses membres, la sortie du Maroc de la liste grise, et ce lors de l’Assemblée générale du GAFI, tenue à Paris, du 20 au 24 février 2023. ■

Bancarisation

Santé

Déficit de 47.000 médecins S elon le rapport de la Cour des comptes au

Net écart entre hommes et femmes au Maroc L a détention d'un compte bancaire demeure marquée par un net écart entre les hommes et les femmes, selon le haut-

commissariat au Plan (HCP). «Au plan de la bancarisation, la détention d'un compte bancaire demeure marquée par un net écart entre les deux sexes : 71% des bancari- sés âgés de 15 ans et plus sont des hommes et 29% des femmes», précise le HCP dans une note d’information publiée à l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée cette année sous le thème «Pour un monde digital inclusif : innovation et technologies pour l’égalité des sexes». Parallèlement, ladite note fait état d'une amé- lioration de l'accès des femmes aux nouvelles technologies de l'information et de la com- munication (NTIC), indiquant qu'entre 2015 et 2020, la part des femmes âgées de 5 ans et plus possédant un téléphone mobile est passée de 92,2% à 94,9%. Pour les hommes, cette part est passée de 95,5% à 96,4% sur la même période. Selon les résultats de l'enquête par Panel sur les répercussions de la pandé- mie du covid-19 sur la situation des ménages, réalisée par le HCP en trois passages entre 2020 et 2022, le temps moyen d'utilisation des smartphones, des tablettes ou ordinateurs pour la communication, la socialisation et les loisirs à travers les réseaux sociaux a été, durant le confinement, de 1h40mn pour les personnes âgées de 15 ans et plus, 1h57mn pour les hommes et 1h23mn pour les femmes, 2h01mn en milieu urbain et 1h01mn en milieu rural. Ce temps est plus long parmi les jeunes de 18 à 24 ans (3h05mn), parmi ceux ayant le niveau d’enseignement supérieur (3h01mn) et ceux en cours d’étude ou de formation (3h30mn). Avant confinement, plus de la moi-

titre de l’année 2021, le contrôle de ges- tion des ressources humaines du minis- tère de la Santé a révélé que les effec- tifs du personnel de santé ont globale-

tié des Marocains (51,5%) y consacrent plus de temps (53,3% des hommes et 49,4% des femmes), 38,2% autant de temps (38,4% des hommes et 37,8% des femmes), et 8,8% moins de temps (7,1% des hommes et 10,8% des femmes). Par ailleurs, 1,5% de la popula- tion (1,2% des hommes et 2% des femmes) exerce cette activité pour la première fois pendant le confinement. A la sortie de la crise sanitaire, ce temps moyen a baissé à 48mn (54mn pour les hommes et 42mn pour les femmes), soit 1h0mn pour les citadins et 26mn pour les ruraux. Il s’est situé à 1h35mn pour les personnes ayant le niveau des études supérieures, contre 17 min pour les sans niveau scolaire, 1h45mn pour les étudiants contre 50mn pour les actifs occupés et 37mn pour les femmes au foyer, 1h31mn pour les jeunes de 15 à 24 ans contre 36mn pour les personnes âgées de 45 à 59 ans. La note du HCP rappelle que le programme mondial des Objectifs de développement durable (ODD) à l'horizon 2030 accorde une place centrale à l'égalité entre les deux sexes, une thématique transversale présente au niveau des 17 ODD de l'Agenda 2030, et à laquelle est consacré le cinquième objectif dédié spécifiquement à l'égalité entre les sexes et à l'autonomisation des filles et des femmes. ■

ment augmenté, passant de 19.444 médecins au niveau natio- nal en 2011 à 25.575 médecins en 2020, dont 11.953 exercent dans le secteur public et 13.622 dans le privé. Quant aux infirmiers et techniciens de santé relevant du secteur public, leur nombre est passé, au cours de la même période, de 29.025 à 33.837. Toutefois, estime le rapport, cette augmentation n'a pas per- mis une couverture suffisante des besoins de la population et des structures de soins (de 1,51 agent de santé pour 1.000 habitants en 2011 à 1,64 en 2020, contre 4,45 agents pour 1.000 habitants selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé). Cette situation est due à l’existence de disparités au niveau de la répartition territoriale du personnel de la santé qui ne repose pas sur des critères objectifs d'allocation des ressources aux établissements de santé sur la base de leur cadre de référence. La couverture de la population est également affectée par le déficit enregistré dans les nombres de médecins, d’infirmiers et de techniciens spécialisés, note le rapport, estimant que ce déficit devrait continuer à croître. Selon la Cour des comptes, si les mesures nécessaires ne sont pas prises, le déficit devrait passer d'environ 47.000 médecins en 2023 à plus de 53.000 en 2035. En revanche, il est prévu une diminution du déficit en infirmiers et techniciens de santé, en régressant d'environ 56.000 infirmiers et techniciens de santé à 54.000 au cours de la même période, relève le rapport, jugeant que l'aboutissement à une bonne couverture de la population ne pourrait être envisageable qu’à long terme. ■

B OURSE & F INANCES

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Point Bourse Hebdo

Evolution de l'indice Masi depuis février 2022

Consolidation et attentisme ◆ Le marché actions a cédé du terrain après les résultats trimestriels. ◆ Désormais, les investisseurs seront particulièrement attentifs aux rémunérations proposées par les entreprises cotées.

chiffre d’affaires agrégé de 282,2 mil- liards de DH, soit une progression de 13,9%. Le marché va assurément intégrer ces aspects, et la rotation du cash devrait profiter aux entreprises résilientes et rémunératrices. D'ailleurs, cette pre- mière semaine de mars a été pimentée par quelques annonces de dividendes, notamment Disway, Taqa Morocco ou encore Attijariwafa bank qui compte distribuer le dividende le plus élevé depuis son 2006. Durant les trois semaines restantes du mois, le marché sera particuliè- rement attentif aux rémunérations proposées par les entreprises cotées. Les investisseurs appréciant tout par- ticulièrement les entreprises géné- reuses en matière de dividendes lors de périodes d’instabilité boursière et des tensions sur les taux, comme c’est le cas actuellement.

Comportement du marché sur la semaine

M onotone, la phase de digestion post-résultats trimestriels s'est étalée sur toute la semaine passée, avec une absence très marquée des volumes. L'indice Masi, qui a montré des signes techniques de faiblesse, a mis fin à son rebond pour terminer la semaine en baisse de 1,21% à 10.712 points. Les gérants et analystes ont, en effet, pris le temps d’affiner les calculs des revenus agrégés de la cote. Ceux-ci ressortent en hausse de 12,4% au 4 ème trimestre (Vs. 11,6% au 3 ème tri- mestre). La hausse a donc été plus rapide que celle enregistrée au tri- mestre d'avant, en dépit de l’accé- lération des tensions inflationnistes. Notons que sur l’ensemble de l’année, les entreprises cotées ont dégagé un Par Y. Seddik

Côté secteurs, 14 indices ont terminé la semaine dans le rouge, 8 en hausse, alors que celui des boissons est resté stable. Les secteurs de la chimie (-4,92%), des mines (-4,2%) et du transport (-3,94%) ont accusé les plus fortes baisses. A l'opposé, les indices «Ingénieries et biens d'équipement industriels» (+2,71%), «Industrie pharmaceutique» (+2,24%) et «Participation et promotion immobilières» (+1,35%) ont signé les meilleures performances. Le volume global des échanges s'est, quant à lui, élevé à 224,26 MDH sur le marché central. Sur le podium des valeurs les plus actives de la semaine, figurent Attijariwafa bank avec un volume de 80,78 MDH, soit une part de 36,02%, Maroc Telecom (49,15 MDH et une part de 21,91%) et BCP (15,66 MDH et une part de 6,98%). ◆

Sur l’ensemble de l’année, les

entreprises cotées ont dégagé un

chiffre d’affaires agrégé de 282,2 milliards de DH, soit une progres- sion de 13,9%.

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Par ailleurs, au T4-2022, les banques déclarent des critères d’octroi inchan- gés pour les prêts à la consommation et durcis pour les prêts à l’habitat. Pour la demande, elle aurait baissé aussi bien pour les prêts à l’habitat que pour ceux à la consommation. Pour ce qui est des taux appliqués aux nouveaux crédits aux ménages, ils ressortent au T4-2022 à 4,32% pour les crédits à l’habitat et à 6,40% pour ceux à la consommation. ◆

Crédit bancaire Coup de frein après la hausse des taux

L e resserrement monétaire entamé par Bank Al-Maghrib en septembre 2022, et renfor- cé en décembre de la même année, commence à porter ses fruits. L’enquête de conjoncture de BAM indique que le coût du crédit aurait été en stagnation, selon 62% des patrons, et en hausse selon 38%. Dans le détail, les taux d’intérêt bancaires sont passés en moyenne à 4,30% au dernier trimestre, contre 4,04% le tri- mestre précédent et 4,03% entre mars et juin 2022. Pour les TPME, le taux est même passé en moyenne au-dessus de 5%, de quoi conforter l'institution diri- gée par Abdellatif Jouahri dans sa stratégie visant à durcir les conditions financières pour faire baisser l'inflation. Justement, le renchérissement du coût du crédit s’accompagne par un reflux des encours, puisqu’en janvier 2023, le crédit bancaire a reculé de 2,4% par rapport à décembre, plombé par la baisse des crédits aux entreprises de 2,2% et par la demande des agents financiers de 10,9%, après un mois de décembre habituellement gonflé pour des raisons techniques et comptables pour cette catégorie d’entreprises. Une demande en baisse… Pour ce qui est de la demande, elle aurait connu une stagnation pour les grandes entreprises et une baisse pour les TPME. Chez les entreprises privées, ce sont les crédits de trésorerie (-4,5%) et les crédits à la promotion immobilière (-3,9%) qui baissent le plus en janvier, alors que les créances en souffrance ont augmenté de 1,1% et de près de 13% sur une année glissante. L’enquête sur les conditions d’octroi de crédit au Par A. Hlimi ◆ A fin janvier 2023, le crédit bancaire a ralenti de 2,4% par rapport à décembre. Il demeure sur une hausse robuste de 7,1% en glissement annuel.

titre du T4- 2022 indique que les critères auraient été assouplis pour les facili- tés de trésorerie, maintenus inchangés

pour les crédits à l’équipement et durcis pour les prêts à la promotion immobi- lière.

AGENCE MCA-MOROCCO AVIS DE CLOTURE DU « COMPACT II » DU MAROC

Le Royaume du Maroc, représenté par son Gouvernement (le «Gouvernement»), et les Etats-Unis d’Amérique, représentés par Millennium Challenge Corporation («MCC»), ont conclu, le 30 novembre 2015, un accord dénommé le «Millennium Challenge Compact Programme» («Compact II») visant à rehausser la qualité du capital humain et à améliorer la productivité du foncier au Maroc, d’un montant de 460,5 millions de dollars américains («Financement MCC») auquel s’ajoute une contribution du Gouvernement d’une valeur équivalente à au moins 15% du Financement MCC.

Le Gouvernement a créé l’Agence MCA-Morocco et lui a confié la mise en oeuvre des activités du «Compact II» qui est entré en vigueur le 30 juin 2017 et qui prendra fin le 31 mars 2023.

A ce titre, l’Agence MCA-Morocco informe l’ensemble de ses partenaires ainsi que les entreprises, fournisseurs et prestataires ayant conclu des conventions ou contrats avec elle que la date limite pour traiter vos factures correspondant aux travaux, fournitures, biens et services exécutés jusqu’au 31 mars 2023, est le 30 mai 2023. De même, aucune activité mise en oeuvre après la date de fin du «Compact II» ne sera financée par MCC, à l’exception de quelques activités liées exclusivement à la clôture du «Compact II» qui durera jusqu’au 29 juillet 2023. Par conséquent, l’Agence invite vivement tous les fournisseurs, entreprises de travaux prestataires de services, consultants et bénéficiaires de subventions à soumettre toutes les factures certifiées bien avant cette date limite, de préférence au terme de leurs contrats ou à la date de fin du «Compact II», selon l’hypothèse qui se réalise en premier. Les entreprises, fournisseurs et prestataires de services et de biens dont les contrats resteront en vigueur pendant la période de clôture (du 1er avril au 29 juillet 2023) seront informés individuellement des procédures de paiement.

Pour toutes informations complémentaires relatives à la Clôture du «Compact II» ou à votre contrat, nous vous invitons à nous contacter à l’adresse suivante :

Agence Millennium Challenge Account-Morocco Complexe administratif et culturel de la Fondation Mohammed VI de promotion des oeuvres sociales de l’Education - Formation, Avenue Allal El Fassi- Madinat Al Irfane, Hay Riad, Rez-de-chaussée, Rabat - Maroc Tel /Fax : +212 (0) 5 38 01 32 50 / +212 (0) 5 38 01 32 46 E-mail : procurement@mcamorocco.ma

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Assurance automobile ◆ Transformation digitale, inflation, nouveaux acteurs… : les compagnies face à de nouveaux défis. Le secteur négocie un virage serré

quelques messages aux assu- reurs marocains. Parmi eux, celui relatif aux indemnisations des victimes des accidents de la circulation dans le cadre de l’assurance automobile. «C’est un sujet qui doit rete- nir toute notre attention. Le barème d’indemnisation actuel date d’il y a 40 ans et doit être revu pour tenir compte de l’inflation et permettre à nos concitoyens de faire face à l’augmentation du coût de la vie… Les assureurs ne doivent pas occulter cette probléma- tique» , note-t-il. Un sujet qui risque de jeter un froid dans un secteur déjà confronté à la hausse des coûts. El Alamy s’est par ailleurs félicité de l’offre sur le mar- ché de l’assurance automo- bile, et particulièrement des initiatives visant à améliorer le parcours client, notamment dans la gestion des sinistres. Commentant le projet de dématérialisation des polices d’assurance, El Alamy a expri- mé l’engagement de l’ACAPS pour soutenir cette initiative et encourager les initiatives de vente en ligne. Pour El Alamy, il est temps d’initier la réflexion pour libé-

L’impact de l’inflation Hassan Bensalah a fait savoir que le secteur souffre d’une hausse significative des coûts des sinistres du fait de l’in- flation. «C’est un phénomène qu’il faudra surveiller de près

pour ne pas déstabiliser les résultats techniques, alors que les marchés financiers connaissent des performances négatives», relève-t-il. A noter que les professionnels prévoient à terme de revoir les prix à la hausse pour intégrer cette

Mohammed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d'assu- rances et de réas- surance

nouvelle donne. S’adressant au régulateur, Bensalah soulève également d’autres défis pour le sec- teur, comme l’IFRS 17 et le projet SBR : «il est important de garder en vue la taille de notre secteur» , a-t-il lancé, fai- sant référence aux contraintes techniques et comptables que provoquent ces normes. Accidents de la circulation : Les indemnisations doivent être revues à la hausse ! Othman Khalil El Alamy, pré- sident par intérim de l’ACAPS, a profité de ce parterre de 1.000 assureurs marocains et étrangers pour passer

e-constat est un bon exemple de l’apport du digital dans le secteur. «C’est un moyen efficace pour lutter contre certaines formes de fraude», s’est-il félicité. Mais le véritable chantier que tout le monde attend, est celui de la dématé- rialisation de l’assurance auto- mobile. Et, bien que la nouvelle circulaire de l’ACAPS publiée en 2022 le prévoie, ce méca- nisme, objet de tensions avec les distributeurs qui y voient une perte directe d’un mar- ché colossal, n’est pas encore opérationnel. Bensalah espère qu’il verra le jour au deuxième semestre de cette année. Outre la transformation digi- tale, le président de la FMSAR a soulevé le problème du recouvrement des assurances auto. «Il n’est pas normal que le marché reste tributaire de procédures archaïques» , dit-il, faisant savoir là aussi qu’une réflexion est en cours avec un leader mondial de la monétique pour fluidifier le processus et le digitaliser entre la compagnie, l’agent et le client.

N ouvelles technolo- gies, importance grandissante de l’IA, véhicules autonomes, trotti- nettes électriques sont, entre autres, les bouleversements qui touchent l’assurance auto- mobile et qu’il faudra analy- ser, quantifier et intégrer pour continuer à assurer correcte- ment. Mais, ce n’est pas tout. Au Maroc, où les prix ne sont pas encore libéralisés, les défis réglementaires sont nombreux. Ces sujets sont au cœur de la neuvième édition des Rendez- vous de Casablanca de l’assu- rance (8 et 9 mars) qui met cette année l’assurance auto- mobile à l’honneur. Dématérialisation de l’assu- rance automobile : chantier en cours Pour Mohammed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d'assurances et de réassurance (FMSAR), le Par A. Hlimi

Le e-constat est un bon exemple de l’apport du digital dans le secteur.

La 9 ème édition des Rendez-vous de Casablanca de l’assu- rance a connu la participation d’un millier de personnes, dont plusieurs intervenants étrangers, à l’image de James Kent, CEO de Gallagher Re. Ce dernier s’est exprimé sur la manière dont les assureurs relèvent les défis posés par les progrès technologiques et l’essor des nouveaux modes de mobilité. Cet événement a également accueilli plusieurs panels, dont celui relatif au digital dans l’assurance automo- bile ou encore la sécurité routière et l’assurance affinitaire. Un événement riche

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rer les critères tarifaires et instau- rer une vraie concurrence dans le secteur de l’assurance automobile obligatoire. «Je suis confiant dans votre capacité d’adaptation» , a-t-il dit aux compagnies. L’assurance automobile est le plus important segment de la branche non-vie au Maroc, avec 14 Mds de dirhams de primes émises en 2022. Pour le régulateur, les nouvelles évolutions sectorielles poussent les compagnies à vite repenser leurs métiers en mettant la data au cœur de leurs stratégies. «Les assureurs ne possèdent pas assez de données sur leurs clients ou ne les utilisent pas de manière optimale» , souligne- t-il, insistant sur l’importance des partenariats avec les acteurs de la tech pour en tirer profit. S’exprimant au nom de la ministre de l’Economie et des Finances, la directrice du Trésor et des finances

Fouzia Zaaboul, directrice du Trésor et des finances extérieures

Othman Khalil El Alamy, président par intérim de l’ACAPS

extérieures, Fouzia Zaaboul, a rap- pelé l’importance de la stratégie nationale pour l’inclusion financière, notamment sur les produits inclu- sifs qu’il faudra développer dans le secteur. Elle insiste également sur le

rôle des fintech, qu’elle considère comme un relais pour gagner en agi- lité et proposer des offres adaptées et de l’actuariat de pointe. Zaaboul a évoqué également comme piste de développement l’assurance

comportementale qui, grâce aux objets connectés, permet de per- sonnaliser les primes. «Appliquer la même prime automobile à tous les automobilistes n’est pas équitable» , a-t-elle relevé. ◆

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Sortie de la liste grise du GAFI «La lutte contre la criminalité financière constitue une priorité nationale» ◆ Nabil Badr, adjoint à la responsable de la supervision bancaire à Bank Al-Maghrib, revient pour Finances News Hebdo sur les implications pour le Maroc de la sortie de la liste grise du GAFI.

d’autre part, pour renforcer l’efficacité de son dispositif légal et réglementaire. La sortie de liste du Maroc du GAFI aura des impacts positifs sur l’écono- mie et le système financier marocains, notamment sur : • La consolidation de sa réputation; • Une plus grande attractivité des investisseurs étrangers; • Une plus grande éligibilité aux opé- rations de financement de bailleurs de fonds étrangers; • La consolidation des relations de correspondants Banking; • L’allègement des formalités et délais de traitement des transactions finan- cières et commerciales avec l'étranger. F.N.H. : Dans quelle ambiance s'est déroulée la plénière, notam- ment concernant le vote pour le Maroc. La sortie de la liste grise a-t-elle fait unanimité ? Quels sont les éléments qui ont plaidé pour cette sortie ? N. B. : Les membres du GAFI ont adopté à l'unanimité la décision de sortie du Maroc du processus de suivi renforcé. A ce niveau, les pays et orga- nisations représentés au niveau de cette instance ont reconnu les avan- cées réalisées par le Maroc et l’ont appelé pour certains à partager son expérience dans la région. Cette sortie a été actée au regard des réalisations dans les domaines suivants : • Renforcement du cadre légal et réglementaire (loi 12-18 amendant la loi 43-05 et ses décrets d’application); • Coopération internationale en matière d’entraide judiciaire, d'enquêtes finan-

cières, des saisies et confiscations des dons et actifs; • Renforcement de la disponibilité et de l’accès aux informations sur les bénéficiaires effectifs des personnes morales et constructions judiciaires; • Renforcement des ressources finan- cières et humaines ainsi que des outils d’analyses stratégiques et opération- nels de l'ANRF; • Formation, sensibilisation, accom- pagnement et supervision basés sur les risques des professions non finan- cières; • Renforcement du rôle des autorités d’application de la loi dans le cadre de l'identification, l’enquête et la pour- suite de tous les types de blanchiment de capitaux ainsi que des infractions sous-jacentes liées au blanchiment des capitaux. F.N.H. : Quelles sont les actions à mettre en œuvre, selon vous, pour se maintenir dans cette position et la consolider ? N. B. : La lutte contre la criminalité financière constitue une priorité natio- nale et une garantie pour l’intégrité du système financier. La préservation de ces acquis requiert : • Une mise en conformité permanente par rapport aux normes internationales qui sont en constante évolution dans un contexte marqué la sophistication des techniques et moyens utilisés par les criminels; • Le maintien de la mobilisation et de la coordination au niveau national entre les secteurs public et privé pour accompagner ces développements. ◆

Propos recueillis par A. Hlimi

Finances News Hebdo : Que signifie pour le Maroc la sor- tie de la liste grise du GAFI et quelles sont les implications de cette décision ? Nabil Badr : La sortie de la «liste grise» signifie que le Maroc ne fait plus l’objet d’un suivi renforcé par le GAFI, au vu des progrès qu’il a réalisés pour rehausser son dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le finan- cement du terrorisme. Cette décision reconnaît que le Maroc a respecté ses engagements pris vis- à-vis du GAFI et a mis en œuvre son plan d’actions dans les délais impartis. D’une part, pour se mettre en confor- mité avec les normes du GAFI et,

La sortie de liste du Maroc du GAFI aura

des impacts positifs sur l’économie et le système financier marocains.

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Shakespeare à Bank Al-Maghrib

n’étaient pas en reste, puisque plusieurs pro- grammes d’aide ont été mis en place par le gouvernement. Cependant, l’heure est désormais grave, puisque cette inflation, au départ importée, a fini par contaminer l’économie, devenant ainsi endogène. Les récentes hausses du taux directeur n’ont certes pas permis de la réduire, mais au moins elles ont peut-être permis de la contrôler. Toutefois, le prix à payer c’est que toute l’aide apportée par l’Etat durant la pandémie pour éviter des faillites en masse, risque d’être annihilée par des hausses trop importantes du taux directeur. Car l'Etat n'a plus les moyens d’aider massivement les entreprises, étant lui-même confronté à des difficultés de plus en plus graves, notamment concernant sa capacité à mobiliser l’épargne pour combler les déficits. Résultat des courses : les taux du marché risquent de s’envoler, les crédits devenir de plus en plus rares; quant aux investisse- ments, ils risquent de rétrécir comme peau de chagrin, avec toutes les conséquences néfastes qui s’en suivent : hausse du chô- mage, baisse des recettes fiscales,... C’est l’assainissement ou la purge que j’ai évoquée précédemment. Elle est douloureuse et surtout irrémédiable. Mais c’est le prix à payer quand le taux directeur devient un ins- trument politique, là où il devrait être le reflet d’un jeu de l’offre et de la demande sur le marché de l’épargne et de l’investissement. Car, si la plupart des entreprises ont de la peine à s’autofinancer de manière importante, c’est principalement en raison de la pression fiscale de plus en plus importante qu’elles ont à subir, puisque le gouvernement s’obs- tine à s’acharner sur les mêmes qui payent déjà, là où il doit chercher à élargir l’assiette fiscale, en allant voir ceux qui ne payent rien, et qui brassent des millions et des millions de dirhams. Par conséquent, les entreprises et les salariés sont investis d’une mission qui n’est pas la leur, celle de supporter les déficits de l’Etat. On ne fonde pas une économie solide et dyna- mique à coup de pressions fiscales et de mani- pulations du taux directeur, mais en obtenant un tissu économique vivant et diversifié, fondé sur des PME compétitives et innovantes. Quant à l’inflation, comme à chaque fois qu’il y a une crise au Maroc, elle révèle des défail- lances structurelles, davantage qu’elle n’en crée. Ainsi, hausse ou pas hausse du taux directeur, là n’est pas la question. La vraie question c’est que réformes ou pas réformes, courage politique ou pas courage politique, égalité de tous devant la loi et l’impôt ou deux poids deux mesures. ◆

Si la plupart des entreprises ont de la peine à s’autofinancer de manière importante, c’est prin- cipalement en raison de la pres- sion fiscale qu'elles ont à subir.

miste suédois libéral, Knut Wicksell. Tout écart du taux d’intérêt par rapport à ce référentiel «naturel», exprime un déséquilibre entre l’épargne et l’investissement. Ainsi, si le taux du marché qui découle de l’offre et de la demande de monnaie dimi- nue par rapport à ce taux d’équilibre, cela engendre une augmentation de l’investisse- ment et de la consommation. Ce qui, de prime abord, paraît souhaitable. Cependant, des investissements nourris par de l’argent facile ou pas cher risquent d’être moins rationnels et efficaces que des investissements pro- venant d’une épargne réelle, car comme on dit, on gère moins bien l’argent des autres. Il pourrait en résulter une allocation sous-opti- male de l’épargne, avec des risques de faillite et d’inflation. De même, et dans une logique cyclique, une hausse des taux d’intérêt supé- rieure au taux d’équilibre pourrait succéder à cette situation, donnant lieu à un assainisse- ment et à une purge de l’économie, pour la nettoyer de tous les mauvais investissements. Et ce, à travers notamment la faillite des entre- prises les plus fragiles et les moins efficaces. De même, le chômage étant le corollaire de cette dynamique, l’inflation aura également tendance à baisser. Dans le cas du Maroc, la politique de taux faibles menée par BAM durant la période COVID, soit entre 2020 et début 2022, était celle d’un soutien indirect autant du pou- voir d’achat des ménages, malmenés par les conséquences de la crise, que du gouverne- ment, afin de lui offrir plus de latitude dans sa capacité d’endettement. Les entreprises

Par Rachid Achachi, chroniqueur, DG d’Archè Consulting

G rand suspens avant la prochaine réunion de Bank Al-Maghrib qui se tiendra le 21 mars prochain, puisqu’une seule et unique ques- tion tourmente tous les agents économiques : hausse ou pas hausse du taux directeur ? Là est la question, aurait dit Shakespeare, mais avec plus d’élégance j’en conviens. Plus sérieusement, le lien entre hausse du taux directeur et baisse de l’infla- tion n’a été que trop discuté et analysé, bien que vu que le contexte actuel et la douleur qu’il engendre, on n'en parlera jamais assez. Mais, aujourd’hui, c’est d’un autre volet dont il s’agit. Celui de l’impact de la hausse du taux directeur sur l’investissement. Car c’est bien de lutter contre l’inflation à coup de hausse du taux, mais il ne faut pas non plus tuer une mouche avec un canon, puisque les dégâts collatéraux risquent d’affecter profondément l’épargne, l’investissement et le comporte- ment des agents économiques, et pas forcé- ment dans le meilleur sens. Quoique, tout est question de perspective comme on le verra dans ce qui suit. Commençons tout d'abord par voir, sur le plan théorique, certains aspects de la relation «taux/investissement» à travers une dystopie. Dans une économie idéale qui n’existe nulle part, l’équation économique idéale serait : Investissements = Epargne. Dans ce cas de figure, nous avons un taux d’intérêt qualifié de «naturel» ou «d’équilibre», par le grand écono-

Les entreprises et les salariés sont investis d’une mission qui n’est pas la leur, celle de supporter les déficits de l’Etat.

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Entreprises cotées

◆ Les revenus globaux s’améliorent de près de 14%. ◆ La dette nette des sociétés s’est alourdie, alors que l’effort d’investissement se maintient, avec une enveloppe en hausse de 12%. Les grandes tendances du quatrième trimestre

taSanad affiche un CA stable comparativement à 2021, pénalisé par la mauvaise tenue de la branche Vie (-9,7%), en lien avec la non-récur- rence de la dynamique de la collecte enregis- trée sur les produits de capitalisation lors du T4 2021.

nette des valeurs cotées (hors financières) s’alourdit de 8,6% à 57,2 Mds de DH à fin 2022. Par contributeur, l’opérateur historique des télécoms pola- rise 28,6% de l’encours glo- bal, suivi par les immobilières avec 15,8%, les matériaux de construction (12%) et Taqa Morocco avec 11%. Pour ce qui est des investisse- ments, les valeurs cotées ont mobilisé une enveloppe glo- bale de 16,2 Mds de DH à fin 2022. Encore une fois, Maroc Telecom draine 46,6% suite au renforcement des capex du Groupe, en ligne avec les guidances 2022 annonçant le déploiement d’un important programme d’investissement. BKGR relève également que les minières ont brassé 15,3% des investissements de la cote, dont 87% par Managem, suite principalement à l’achè- vement des investissements dans le projet TRI K et à l’ef- fort d’investissement dans de nouveaux projets, notamment l’extension de l’usine de pro- duction d’or au Soudan et le projet cuprifère Tizert au Sud du Maroc. ◆

malgré l’accentua- tion des tensions inflationnistes au dernier trimestre, les revenus de la cote boursière se sont appréciés de 12,4% à 73 Mds de DH.

73 Mds de DH de revenus au dernier trimestre Malgré l’accentuation des ten- sions inflationnistes au dernier trimestre, les revenus de la cote boursière se sont appré- ciés de 12,4% à 73 Mds de DH comparativement au T4-2021. Cela grâce à la dynamique prix des valeurs industrielles (+11,7% à 48,3 Mds de DH), la hausse de 11,6% du PNB des financières à 19,3 Mds de DH, liée principalement à la bonne tenue des réalisations de BCP (près de +737 MDH) et d’Attijariwafa bank (+606 MDH), ainsi que la progression de 22,3% du CA des compa- gnies d’assurances à 5,5 Mds de DH. Au volet bilanciel, la dette

8,2% à 187,6 Mds de DH, suite principalement à une amélio- ration du chiffre d’affaires de TotalEnergies Maroc qui res- sort en hausse de 53,2% (19 Mds de DH), grâce à un effet prix favorable consécutif à la flambée des cours des hydro- carbures à l’international, ou encore de Taqa Morocco dont le chiffre d’affaires consolidé affiche un bond de 74,1%. Les financières, elles, affichent un PNB en hausse de 5,9% à 72,7 Mds de DH, tiré de l’en- semble des banque cotées et ce, en dépit de l’impact négatif de la hausse des taux moné- taires et obligataires au Maroc. Cette évolution a été portée principalement par Attijariwafa bank, suite à une dynamique commerciale favorable, et par Bank of Africa. De son côté, le CA du sec- teur des assurances ressort en progression de 8,3% à 22 Mds de DH. Dans cet ensemble, Wafa Assurance a amélio- ré ses revenus de 19% à 11 Mds de DH, alors qu’Atlan-

C onfrontées à de mul- tiples contraintes, avec en tête une inflation galopante, les sociétés cotées ont tiré leur épingle du jeu en 2022. Du moins, en termes de revenus, puisqu’elles dégagent un chiffre d’affaires global en hausse de 13,9% à 282,2 Mds de DH, selon les données compilées par BMCE Capital Global Research (BKGR). Ces performances commer- ciales sont dues essentielle- ment à une croissance à deux chiffres de l’activité des indus- tries (+18,2% à 187,6 Mds de DH), combinée à une bonne orientation du PNB des finan- cières (+5,9% à 72,7 Mds de DH) ainsi qu’à la progression des primes émises brutes du secteur des assurances (+8,3% à 22 Mds de DH). Plus en détail, la Recherche souligne que les sociétés industrielles enregistrent des revenus en appréciation de Par Y. Seddik

Les sociétés industrielles enregistrent des revenus en apprécia- tion de 8,2% en 2022.

Toujours selon le bureau de recherche, les principaux contributeurs à la progression du chiffre d’affaires en 2022 sont les opérateurs gaziers (9,24 Mds de DH), suivis de l’électricité (5,79 Mds de DH) et de l’agroalimentaire (5,07 Mds de DH). A l’inverse, la distribution spécialisée plombe l’évolution des revenus cumulés à hauteur de 435 MDH, compte tenu de la dégradation des ventes automobiles. Les opérateurs gaziers, principaux contributeurs à la progression du CA en 2022

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