FNh N° 1050

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 13 janvier 2022 - 8 DH - N° 1050

PREMIERHEBDOMADAIREDE L'INFORMATIONFINANCIÈREAUMAROC

Directeur de la publ ication : Fatima Ouriaghl i

Enseignement Omicron, un vrai cas d’école

Marché des capitaux 2022, l’année du renouveau

P. 25

P. 10

«Il convient plus que jamais de nous réapproprier notre politique monétaire» P. 20 à 23 RELANCE ÉCONOMIQUE

Tarik El Malki , docteur en économie, directeur de l’ISCAE Rabat

Loi sur la S.A.

Cryptomonnaies

Produits de base

La culture du «Old Boys Club», un frein à la féminisation des organes de gouvernance

Le gouvernement a-t-il les moyens de dompter l’inflation ?

Le Maroc campe sur sa position

● La loi 19-20 modifiant et complétant la loi 17-95 relative aux sociétés anonymes, adoptée en juillet 2021, entend apporter plus d’équilibre au niveau de la représentativité des femmes au sein du management des entreprises. ● Entretien avec Me Nesrine Roudane, avocate au Barreau de Casablanca. P. 26/27

P.8

Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des Finances

Industrie du microcrédit

P. 19

La transformation se fait toujours attendre

Algérie

Le temps du délire

P. 14/15

P. 32/33

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massi ra El Khadra, Casablanca - Tél. : ( 0522) 98.41.64/66 - Fax : ( 0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

www.facebook.com/FNhebdo

S OMMAIRE

2

JEUDI 13 JANVIER 2022 FINANCES NEWS HEBDO

www.fnh.ma

8

> Actualité

Voyons voir : Omicron : Désorganisation sociale Ça se passe au Maroc 4 6

> Bourse & Finances

Point Bourse Hebdo : Boosté par les flux OPCVM, le Masi retrouve du tonus Cryptomonnaies : Le Maroc campe sur sa position Marché des capitaux : 2022, l’année du renouveau Bourse : Quelle stratégie en 2022 ? Bourse : AtlantaSanad profite d'un bon alignement des planètes Industrie du microcrédit : La transformation se fait toujours attendre La Livre turque craque

7

Editorial

8 10 11 12

Par Fatima Ouriaghli

Inflation

> Economie

14

S ur fond de flambée épidémique, Omicron cristallise les débats partout dans le monde. Quatrième vague par- ci, 5 ème vague par-là, la pandémie est toujours mise en orbite en ce début d’année. Et aucun pays n’y échappe. Le Maroc, en pleine troisième vague selon les autorités, fait face à une hausse soutenue des cas de contamination. Mais cette vague portée par Omicron n’inquiète pas outre mesure les citoyens. Surtout depuis qu’il a été démontré que ce nouveau variant est certes plus contagieux, mais beaucoup moins dan- gereux que Delta. Les préoccupations des citoyens se sont maintenant déplacées sur le champ économique. Car, depuis plusieurs semaines, ils font face à une quatrième vague : l’inflation importée. Leur pouvoir d’achat s’érode sensiblement dans un contexte marqué notamment par une hausse quasi généralisée des prix. Même si le gouvernement tente de se montrer rassurant, en brandissant constamment les 16 Mds de DH mis sur la table au titre du bud- get de la Caisse de compensation, le ressenti des ménages est autre. Et on le comprend aisément, d’autant que ces 16 Mds de DH sont uniquement destinés à garantir la stabilité des produits subventionnés. Autrement dit, trois produits : la farine, le sucre et le gaz butane. Or, comme le rappelle Bouazza Kharrati, président de la Fédération marocaine des droits des consommateurs, «le panier de la ménagère le plus élémentaire compte au moins une quarantaine de produits de large consommation». Cette hausse des prix s’explique par la flambée des prix des pro- duits alimentaires et produits énergétiques dans le monde, dans un contexte marqué par une poussée de la reprise économique qui a entraîné de fortes distorsions entre l’offre et la demande. Et le phénomène est mondial. L’inflation dans la zone OCDE a ainsi atteint le taux le plus élevé depuis 25 ans, selon les chiffres publiés mardi par l'Organisation de coopération et de dévelop- pement économiques. Elle a nettement augmenté pour atteindre 5,8% en glissement annuel en novembre 2021, après 5,2% en octobre et seulement 1,2% en novembre 2020, atteignant ainsi le taux le plus élevé depuis mai 1996. Et actuellement, tout porte à croire qu’il ne s’agit pas d’une inflation ponctuelle. Elle est appelée à durer encore et à rogner davantage le pouvoir d’achat des Marocains. Reste à savoir quelle réponse supplémentaire pourra apporter le gouvernement Akhannouch pour soutenir les ménages, lui qui a placé la préser- vation du pouvoir d'achat des citoyens à la tête de ses orienta- tions pour la Loi de Finances 2022. u LA QUATRIÈME VAGUE

Produits de base : L'exécutif interpellé sur le renché- rissement des prix Le gouvernement a-t-il les moyens de dompter l’infla- tion ? Entretien avec Tarik El Malki : Relance économique, «il convient plus que jamais de nous réapproprier notre politique monétaire…» Maroc- Libre-échange : Faut-il dépoussiérer Friedrich List ? Enseignement : Omicron, un vrai cas d’école Entretien avec Me Nesrine Roudane : Loi sur la S.A., la culture du «Old Boys Club», un frein à la féminisa- tion des organes de gouvernance Stress hydrique : La stratégie du gouvernement pour réduire le déficit mise à rude épreuve

18

16

19

20

24

25 26

18

28

> L'univers des TPME

Prorogation de l’amnistie sociale : Une décision bien accueillie par les TPME

29

> Focus Agricole

Développement rural : Le gouvernement s’apprête à adopter une nouvelle approche 30

20

25

> High-tech CES 2022 : Ce qu’il faut en retenir 31 > Politique Algérie : Le temps du délire 32

> Developpement durable

34

Infrastructures des eaux pluviales et usées : Lydec réalise deux galeries et deux collecteurs

> Culture

Exposition : Mohamed Kacimi, peintre nomade et poète errant 35

30

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

• Directeur des rédactions &Développement : DavidWilliam • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Adil Hlimi, Momar Diao, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Réda Kassiri Houdaifa, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique &maquettiste : Abdelillah Chamseddine •Mise en page : Zakaria Beladal • Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri, Salma Benmakhlouf, Rania Benchaib • Administratif : Fatiha Aït Allah, Nahla Sahlal • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Maroc Soir • Distribution : Sapress • Tirage entre 15.000 et 18.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05

V OYONS VOIR

4

JEUDI 13 JANVIER 2022 FINANCES NEWS HEBDO

www.fnh.ma

Omicron Désorganisation sociale

Par D. William

“L a vague III est très rapide avec un temps de doublement de 4 jours, alors qu’il était de 8 jours dans les 4 premières semaines de la vague Delta et de 14-15 jours dans les 4 premières semaines de la vague I (…). Les nou- velles contaminations continuent à aug- menter de façon très rapide pour la 4 ème semaine consécutive, avec un der- nier Weekly Change record : 231,3%, jamais enregistré depuis le début de la transmission communautaire du virus au Maroc». C’est le constat fait par le coordonnateur du Centre national des opérations d'urgence de santé publique, Mouad Mrabet. Mais ce n’est pas tant la hausse exponentielle des contaminations qui inquiète. Du moins, pour le moment en

tout cas, surtout que le risque d’hospi- talisation est plus faible avec Omicron qu’avec Delta. Ce qui inquiète, c’est toute cette désorganisation sociale induite par ces cas positifs. Les chefs d’entreprise sont à ce titre très embêtés. Ils sont contraints de faire face à un taux d’absentéisme élevé, entre contaminés à la covid-19, ceux atteints de grippe ou rhume et qui s’isolent en attendant de faire le test et les cas contacts… Dans ce contexte où, déjà, des pans entiers de l’économie sont pénalisés par les restrictions, ce sont les patrons de TPE et PME qui souffrent le plus de cette situation. Puisque, le plus sou- vent, il s’agit de petites entités avec en général peu de salariés, et qui sont dans l’incapacité de basculer en mode télé- travail. Au final, beaucoup de structures ne roulent pas à plein régime, ce qui

constitue un manque à gagner impor- tant. Parallèlement, cette flambée épidémique contrarie sérieusement cette année scolaire. Le virus se propage dans les écoles, contraignant les établissements scolaires à des fermetures prolongées et au recours à l’enseignement à distance (voir page 25). Absentéisme dans les entreprises, acti- vités au ralenti, enseignement chahu- té…, à l’échelle du Royaume, la facture économique est salée, surtout que la vague Omicron est loin d’être terminée. Bien au contraire, elle risque de s’inten- sifier durant les prochaines semaines, avec en toile de fond une dégradation plus accentuée des indicateurs sani- taires. Forcément, tout cela plombe la dynamique économique enclenchée au titre de l’exercice 2021. ◆

Absentéisme dans les entre- prises, activi- tés au ralenti, enseignement chahuté…, à l’échelle du Royaume, la facture éco- nomique est salée.

oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

Ç A SE PASSE AU MAROC

6

JEUDI 13 JANVIER 2022 FINANCES NEWS HEBDO

www.fnh.ma

Covid-19 : Pas de pénurie de médicaments

L es médicaments essentiels prescrits dans le cadre du protocole thérapeutique national de prise en charge des cas Covid-19 sont disponibles en quantités suffisantes pour couvrir la demande, selon le ministère de la Santé et de la Protection sociale. Ainsi, les quantités disponibles de ces médicaments, notamment la chloroquine, l'azithromycine, le zinc, la vitamine C, la vitamine D, le paracétamol et l'héparine, sont suffisantes pour satisfaire la demande. Le ministère a, à cet égard, démenti les informations erronées rapportées par certains médias et réseaux sociaux, selon lesquelles les médicaments prescrits dans le protocole thérapeutique national Covid-19 feraient l'objet d'une pénurie excessive ou d'une rupture de stock dans les pharmacies. ■

Emploi

Activité économique

Coup d'envoi du programme national «Awrach» L e programme national d’emploi «Awrach» a officiel-

Le Maroc table sur une croissance de 3,2% en 2022

S ous l’effet, plus particulièrement, de l’amélioration de la valeur ajoutée non agricole et l’hypothèse d’une campagne agricole moyenne, la perspec- tive de croissance cette année s’annonce favorable et l’économie nationale devrait progresser de 3,2% en 2022, selon des données du ministère de l’Economie et des Finances (MEF). En 2021, l’économie nationale devrait enregistrer un rebond du Produit intérieur brut (PIB), en volume, dépassant les 6%, relève la même source. Après une récession de 6,3% en 2020, l’activité économique nationale a affiché, en 2021, un redressement progressif et significatif à la faveur des avancées enre-

lement été lancé mercre- di 12 janvier 2022 à Rabat, par le chef de gouverne- ment, Aziz Akhannouch. Le programme «Awrach» profitera sur une période de deux ans (2022 et 2023) à un total de

250.000 Marocains et Marocaines qui ont perdu leur emploi en raison de la pandémie au niveau de l’ensemble des régions et provinces du Royaume, et ce dans le cadre de chantiers temporaires. À noter que le gouvernement a consacré une enveloppe budgétaire de 2,5 milliards de DH pour l’opérationnalisation de Awrach. Ce dernier se compose de deux volets : le premier portant sur des emplois publics temporaires d'une durée moyenne d'envi- ron 6 mois, tandis que le second volet porte sur des ateliers d'accompagnement à l'insertion durable. ■

gistrées en matière de vaccination contre la pandémie du Covid-19, des résultats très positifs de la campagne agricole et du bon comportement de certains sec- teurs. ■

Casablanca-Settat

37 MDH mobilisés pour lutter contre la Covid-19

F ace à l’accélération de la troisième vague de la Covid-19, notamment dans la ville de Casablanca qui repré- sente plus de 62% des contaminations au niveau national, les Conseils élus de la région de Casablanca-Settat, de la pro- vince de Casablanca et ceux du Conseil de la ville de Casablanca ont débloqué en urgence une enveloppe budgétaire de 37 millions de DH. En partenariat avec le département de la Santé, les fonds alloués seront destinés à financer les opérations de traitement ou de prévention au niveau des sites de soins dédiés. Le Conseil de la ville de Casablanca a octroyé 12 millions de dirhams pour lan-

cer des centres de soins de campagne au niveau de la commune de l’hôpital Mohammed V à Hay Mohammadi, au CHU Ibnou Rochd, au centre médico-légal du cimetière Arrahma ainsi qu’à l’hôpital pro- vincial de Ain Sebaâ. ■

19.898.142 C’est le nombre d’opérations de paiement en ligne durant l’année 2021, pour 7.263.552.812 DH, effectuées par les cartes bancaires marocaines, auprès des sites des facturiers, des sites eGov et des sites marchands affiliés au CMI. La progression est de +44,5% en nombre et +27,1% en montant par rapport à l’année 2020.

Le chiffre de la semaine vous est proposé par

B OURSE & F INANCES

7

JEUDI 13 JANVIER 2022 FINANCES NEWS HEBDO

www.fnh.ma

Point Bourse Hebdo

Evolution de l'indice Masi depuis janvier 2021

Boosté par les flux OPCVM, le Masi retrouve du tonus ◆ Le Masi progresse de 0,89% cette semaine, marquant un plus haut de 2 mois. ◆ Parmi les moyennes capitalisations, AtlantaSanad se distingue par une hausse de 8,75% depuis le début d’année.

plus soutenue comparativement à la semaine d’avant. Les OPCVM ont entretenu la hausse qui a profité aux grandes cylindrées du secteur bancaire, du ciment et de l'agroalimentaire. Dans une moindre mesure, les flux ont profité aux moyennes capitalisations prisées par les investisseurs particuliers. Sur le plan sectoriel, 14 indices ont mar- qué des variations positives sur cette période, contre 9 secteurs ayant perdu du terrain. Ainsi, le secteur «Sylviculture et papier» (+19,55%) est arrivé en tête du classement, devançant «Ingénieries et biens d'équipement industriels» (+16,97%) et «Electricité» (+8,57%). Attijariwafa bank a été la valeur la plus travaillée de la semaine avec près de 148,71 MDH, soit une part de 32,78% des transactions, devançant TGCC S.A avec plus de 50,39 MDH (11,11%) et BCP avec plus de 31,66 MDH (6,98%).

Au chapitre des moyennes capitalisa- tions, c'est AtlantaSanad (+8,57%) qui s’est le plus distinguée depuis le début du mois. D'un point de vue graphique, la dyna- mique reste haussière comme indiqué dans les précédents débriefs. Autre fait marquant de la semaine : suite au reclassement annuel des titres de capital sur la base de la capitali- sation boursière, calculée en tenant compte des cours de clôture enregis- trés les 90 derniers jours de Bourse précédant le 25/08/2021, la Bourse de Casablanca annonce le transfert de 6 titres d'entreprises du marché «Principal B» au marché «Principal A». Ces entreprises sont : AtlantaSanad, Auto Hall, CDM, Lesieur, Sothema, Saham Assurance. Ces dispositions entrent en vigueur à partir du 18 janvier courant, informe la Bourse de Casablanca. ◆

A près un lent au démar- rage aux toutes premières séances de l'année, le mar- ché boursier a enfin retrou- vé un peu de vigueur cette semaine, porté essentiellement par les flux OPCVM. L'indice Masi gagne 0,89% du 4 au 10 janvier, sans s'inquiéter outre mesure de la nouvelle vague de contamina- tions à la courbe exponentielle. Car au moment où le nombre de cas a dépassé les 6.000 en moyenne quoti- diennement au Maroc, l'indice boursier inscrit un plus haut de 2 mois à 13.477 points. Un comportement identique à celui des marchés internationaux en début de semaine, avant que la FED ne vienne jouer aux trouble-fêtes. A 583 MDH, la volumétrie hebdo- madaire sur le marché central est Par Y. Seddik

A 583 MDH, la volumétrie hebdomadaire sur le marché central est plus soutenue com- parativement à la semaine d’avant.

8

BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

www.fnh.ma

Cryptomonnaies

◆ La ministre de l'Economie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, a été interpellée lundi au Parlement sur l'usage grandissant des cryptomonnaies au Maroc, pourtant interdites par les autorités monétaires. Le Maroc campe sur sa position

les citoyens sont les plus actifs dans l'investissement en cryp- tomonnaies. «A mon avis, l’accroissement de la prise de conscience des avantages de la cryptomon- naie de la part des Marocains pourra contribuer efficacement

ché des capitaux avaient attiré l’attention du public sur plu- sieurs risques, dont principale- ment l’absence de protection du consommateur, et plus pré- cisément l’absence de protec- tion règlementaire pour couvrir les pertes en cas de défaillance des plateformes d’échange. Les régulateurs évoquent aussi l’absence d’un cadre juridique de protection spécifique des usagers de ces monnaies en rapport avec les transactions effectuées, surtout en cas de vol ou de détournement, et la volatilité du cours de change de ces monnaies virtuelles contre une devise ayant cours légal - les cours pouvant varier for- tement à la hausse comme à la baisse, en très peu de temps, de façon imprévisible -. Il y a également, - et c’est la rai- son la plus évoquée par les États et les Banques centrales- l’utilisation de ces monnaies à des fins illicites ou criminelles, notamment le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. ◆

à une utilisation massive, et sûrement à la légalisa- tion ensuite. Parce que les autorités auront tout inté- rêt à encadrer l’usage et le rendre formel, avec tous les avantages qui vont avec (transparence, recettes fis- cales, gestion des devises,

Le gouvernement travaille avec ses partenaires pour étudier l'intérêt d'un cadre légal pour ces cryptomonnaies.

2020 la constitution d'un comité chargé de la gestion d'un projet de monnaie digitale de Banque centrale. Récemment, le wali de la Banque centrale a avoué que le projet est à un stade très préliminaire et permettrait de contourner les aspects négatifs des cryptomonnaies, notam- ment le non adossement à une monnaie centrale et la traçabi- lité des transactions. Le Maroc est le deuxième pays arabe et le 24 ème mondial où

etc.). La monnaie numérique facilite les transferts de fonds et les paiements à l’étranger, avec des coûts défiant toute concur- rence», expliquait la semaine dernière Badr Bellaj, CTO de l’entreprise technologique Mchain et expert en la matière. Pourquoi le Maroc dit non Etant une activité non régulée, le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib et l’Autorité marocaine du mar-

U ne parlementaire USFP a interpellé la ministre sur ce que compte faire le gou- vernement face à ces usages de plus en plus impor- tants. Nadia Fettah Alaoui a tout de suite rappelé la position offi- cielle du Maroc, exprimée de manière commune par le minis- tère des Finances, l'AMMC et Bank Al-Maghrib dans un com- muniqué en 2017, et dans lequel ils alertent sur les différents risques liés aux cryptomon- naies. Et d'ajouter que le Maroc suit également les recomman- dations du Groupe d'action financière (GAFI) en la matière, dont il est un pays membre et qui n'encourage pas l'adoption des crypto-monnaies. Tout en rappelant l'interdiction, la ministre a souligné que le gouvernement travaille avec ses partenaires pour étudier l'intérêt d'un cadre légal pour ces cryp- tomonnaies. BankAl-Maghribavait indiquéen Par A. Hlimi

Le Maroc est le deuxième pays arabe et le 24 ème mon- dial où les citoyens sont les plus actifs dans l'inves- tissement en cryptomon- naies.

En2021, l'équivalent de 14milliards de dollars ont transité sur des adresses liées àdes acti- vités illégales, contre 7,8milliards en 2020, estime le cabinet d'analyse Chainalysis. «Mais ces nombres ne racontent pas toute l'histoire. L'utilisation de cryptomonnaies a cru à un rythme jamais atteint auparavant», remarque l'étude, avec des transactions représentant 15.800 milliards de dollars en 2021, soit une hausse vertigineuse de 567% par rapport à l'année précédente. Le cabinet spécialisé dans l'étude des transactions sur la blockchain, la technologie derrière le bitcoin et la grande majorité des cryptomonnaies, estime donc que les transactions illégales ne représentent plus que 0,15% de l'utilisation totale des cryptomonnaies. Dans le détail, les arnaques représentent, à elles seules, 7,8 milliards dedollars, avecnotamment l'essor des «RugPulls», (tiragede tapis) qui ont coûté 2,8 milliards de dollars aux investisseurs. Ces derniers achètent une nouvelle crypto- monnaie, faisant grimper son prix, mais ses créateurs vendent enmasse au plus haut des cours, faisant s'écrouler le cours avant de disparaître. Cryptomonnaies : Record de transactions illégales en 2021

10

BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

www.fnh.ma

Marché des capitaux

◆ Trois chantiers phares devront dynamiser la gestion d’actifs en 2022. ◆ Les opérateurs ont bon espoir que la loi sur les OPCVM aboutisse au premier semestre. 2022, l’année du renouveau C’ est une période charnière pour le marché des capitaux qui va connaître en Par Y. Seddik

Le projet, préparé en collabora- tion entre l’AMMC, la Direction du Trésor et des finances exté- rieures (DTFE) et l’Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement maro- cains, est en cours de finalisa- tion sous la coordination de la DTFE, apprend-on de l’Autorité. Plusieurs sources du marché nous confirment par ailleurs que l’entrée en vigueur de la loi sur les OPCVM se fera à la fin du premier semestre 2022. Cette loi fait en effet consensus auprès des opérateurs qui l'at- tendaient avec impatience pour passer à un autre niveau de performance et relever d'autres défis, après celui de la taille. Marché à terme Depuis la publication au BO du décret n° 2-18-827 fixant la composition et les moda- lités de fonctionnement de l’Instance de coordination du marché à terme (ICMAT), com- posée de Bank Al-Maghrib et de l’AMMC, plusieurs réunions de travail de l’Instance ont été

tenues. Les premiers échanges ont porté sur la désignation de la présidence et du secré- tariat de l’ICMAT. Ainsi, Bank Al-Maghrib a été désignée pour assurer la première présidence de l’ICMAT et son secrétariat pour une durée de deux ans, au terme de laquelle l’AMMC assu- rera à son tour la présidence et le secrétariat pour une durée équivalente. Reste à faire : la définition d’une feuille de route pour l’élabora- tion des textes d’application, l’élaboration d’un projet de règlement intérieur de l’ICMAT et les règlements généraux du marché à terme et de la chambre de compensation. Par ailleurs, selon le Directeur général de la Bourse de Casablanca, les premiers pro- duits dérivés seront lancés dès cette année. «Nous sommes en train de sortir le marché des produits dérivés listés. L’année prochaine (2022: ndlr), on aura la Chambre centrale de com- pensation et la société ges- tionnaire du marché à terme»,

jet : la Bourse de Casablanca, la Bourse d’Egypte, la Bourse de Johannesburg, la Bourse de Nairobi, la Bourse du Nigeria, la Bourse de Maurice et la Bourse régionale des valeurs mobi- lières (BRVM) de la zone de l’UEMOA. Le Botswana et le Kenya sou- haitent également faire par- tie de ce projet pilote et il ne serait pas impossible, selon Edoh Kossi Amenounve, pré- sident de l'African Securities Exchanges Association (ASEA), qu'elles rejoignent les autres participants en cours de route. Ce projet est en préparation depuis quelques années. Il permettra, dans une première étape, à un courtier en Bourse de passer des transactions pour ses clients locaux, sur un autre marché africain, en fai- sant appel à un courtier parte- naire appelé sponsor. Ainsi, une société de Bourse marocaine pourrait acheter des actions pour son client marocain sur la BRVM en passant par un courtier qui opère en Afrique de l'Ouest et qui lui assure un «accès sponsorisé» à ce mar- ché. Soulignons que la première phase du projet AELP, qui ambi- tionne de connecter au moins 7 Bourses africaines, devrait aboutir en avril ou mai 2022. Au final, il y a bon espoir que ces avancées aboutissent cette année. Elles apporteront sans doute une marge de manœuvre supplémentaire aux opérateurs, qui ont longtemps souffert de l’étroitesse du marché et du manque d’alternatives d’inves- tissement. ◆

2022 un véritable renouveau. L'opérationnalisation de plu- sieurs projets structurants pro- pulsera notre marché national vers une dimension supérieure et libèrera son vrai potentiel. Annoncé en grande pompe, le projet d’amendement du dahir portant loi n° 1-93-213 relatif aux OPCVM introduit plusieurs nouveautés pour le marché de la gestion d'actifs. Il prévoit, entre autres, la constitution d’OPCVM à compartiments et l’introduction de fonds à règles de constitution et de fonc- tionnement allégées. D'autres avancées majeures sont atten- dues de cette loi, comme le coup d'envoi des OPCVM Sharia Compliant et la possi- bilité aux fonds d'être cotés, ce qui aidera à initier les très attendus ETF's.

Les premiers produits déri- vés seront indexés sur l’indice MSI20 et éga- lement sur la courbe des taux.

indique-t-il. Les premiers produits seront très pro- bablement indexés sur l’in- dice MSI20 et également sur la courbe des taux. A noter que ce type d’ins- truments permettra une gestion d’actifs plus dyna- mique.

2022 connaîtra le démarrage de plu-

sieurs chantiers tant attendus par les opé- rateurs du marché des capitaux marocains.

Interconnexion des Bourses africaines C'est un autre chantier de dimension régionale dont le déploiement est également attendu cette année. Sept Bourses participent à ce pro-

11

BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

www.fnh.ma

Bourse Quelle stratégie en 2022 ?

sous surveillance pour leur intégra- tion dans le portefeuille dans le cadre d’éventuels remaniements tactiques à venir : Afriquia Gaz, Cosumar, CMT et Auto Hall» , écrivent les analystes. En 2022, cette sélection de valeur pré- sente un potentiel théorique de crois- sance de près de +7,4%. Le niveau de performance ciblé se trouve limité, s’expliquant par la prépondérance relative des valeurs défensives. ◆

F ort d’une surperformance remarquable pour son porte- feuille en 2021 (+34,63% au 31 décembre contre +22,10% pour son benchmark le MASI- RB), le bureau de recherche BMCE Capital Global Research (BKGR) pré- sente sa stratégie pour 2022, qui tient compte d’un ensemble d’éléments : «Pour 2022, nous escomptons une poursuite de la reprise du marché boursier qui devrait principalement profiter d’un arbitrage au profit du marché actions dans un contexte de taux favorable, et ce en raison du pro- bable maintien du taux directeur à un niveau bas et de la reprise attendue de l’activité économique qui demeure néanmoins tributaire de l’éradication de la pandémie». Le portefeuille recommandé s’ap- puie, comme à l’accoutumée, sur une approche de type Top Down, combinant un filtre macro et secto- riel permettant de tenir compte de l’environnement économique dans sa globalité, et une sélection basée sur les caractéristiques fondamentales et quantitatives de chaque valeur afin de sélectionner les top performers des différents secteurs d’activité. «Nous avons retenu pour l’année 2022 des secteurs qui devraient continuer de faire preuve de résilience, notamment les banques, les télécoms, la pharma et la concession portuaire. A profil défen- sif, cette sélection a été renforcée par l’introduction de CIH et TotalEnergies, ◆ Le bureau de recherche BMCE Capital Global Research a retenu pour l’année 2022 des secteurs qui devraient continuer de faire preuve de résilience, notamment les banques, les télécoms, la pharma et la concession portuaire. Par A. Hlimi

avec maintien d’une forte pondéra- tion sur les valeurs de rendement, à savoir AtlantaSanad. Notre portefeuille

accueille également la nouvelle recrue de la place casablancaise, TGCC. Enfin, 4 valeurs à potentiel ont été placées

POUR NE RIENRATER DE LABOURSE @bourse_news @boursenews www.boursenews.ma Bourse news

12

BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

www.fnh.ma

Bourse

◆ Le titre AtlantaSanad démarre l'année sur les chapeaux de roues, profitant d'une série de catalyseurs positifs. ◆ Réservé à la hausse lundi, le titre AtlantaSanad confirme sa bonne orientation en Bourse, avec un gain de 8,57% les premières séances de 2022 et de 61% sur un an, contre 27% pour son indice sectoriel. AtlantaSanad profite d'un bon alignement des planètes

compagnie d'assurances. La décision du management a été interprétée comme l'entrée de la compagnie dans une nouvelle ère en matière de rendement par le mar- ché. D'ailleurs, ce lundi, les analystes de BKGR ont bien placé la valeur dans la case «rendement» dans leur portefeuille recommandé pour l'année 2022.

d'une part de marché de 5,6% sur cette branche en pleine croissance et génératrice de marges. AtlantaSanad déve- loppe également une offre d'épargne en unités de compte qui sera commercialisée cette année. Sur un autre registre, la com- pagnie a obtenu son agré- ment Takaful et sera parmi les premiers opérateurs maro- cains à se lancer dans ce mar- ché. Pour BKGR, «le lancement prochain du nouveau plan stratégique triennal 2022-2024 de AtlantaSanad, ayant pour objectif de fixer les principales orientations pour atteindre la position de leader du marché marocain sur le segment des assurances non-Vie, notam- ment à travers l’accès à un nombre et à des affaires de tailles plus importantes par le réseau des courtiers grâce à la fusion-absorption de Sanad et à l’extension de la gamme produit» est également un évé- nement à surveiller. A plus court terme, la profi- tabilité de la compagnie sera boostée par la reprise du mar- ché actions qui a gagné près de 18% en 2021. AtlantaSanad étant fortement exposée sur ce marché (22% du total des placements en 2020, selon BKGR). ◆

En plus du rende- ment, AtlantaSanad est également une valeur de crois- sance.

De forts relais de croissance

En plus du rendement, AtlantaSanad est également une valeur de croissance. La compagnie croît plus vite que la moyenne du marché depuis 7 ans. Et son positionnement sur le marché se consolide après le renforcement des synergies entre Atlanta et Sanad suite à l’opération de fusion-absorption, faisant du nouvel ensemble un acteur majeur (Top 2) dans la non-Vie. Le rapprochement, en négo- ciation actuellement, entre Holmarcom et les actionnaires de Crédit du Maroc pour la reprise de la banque va éga- lement permettre, en cas de concrétisation, et quel que soit le montage retenu, d'ac- croître sensiblement la posi- tion de AtlantaSanad dans le segment de l'assurance Vie. Crédit du Maroc disposant

avec l'annonce de la fusion par absorption de Sanad par Atlanta pour créer le nouvel ensemble que nous connais- sons aujourd'hui. Le titre cotait autour de 70 DH à l'époque contre 130 DH aujourd'hui. Au-delà de l'intérêt écono- mique et opérationnel, le marché s'est très vite projeté dans la capacité de la nouvelle entité à distribuer de meilleurs dividendes, le résultat social de la société absorbante étant appelé à augmenter mécani- quement. Ceci a produit un véritable rush de la part des OPCVM, qui s'est consolidé avec l'annonce d'un dividende de 4,5 DH/ action pour le compte de 2020, un niveau historique pour la

L e titre profite d'une série de cataly- seurs qui en feront sans doute l'une des valeurs les plus scru- tées cette année. Avec une activité en croissance robuste, le deal CDM qui peut débou- cher sur un nouveau gisement de chiffre d'affaires, le Takaful ou encore le rendement qui devrait mécaniquement s'ap- précier, les arguments ne manquent pas. La fusion AtlantaSanad détonateur d'un large mou- vement haussier La dynamique haussière du titre a démarré l'été 2020 Par A. Hlimi

AtlantaSanad a obtenu son agré- ment Takaful et sera parmi les premiers opérateurs marocains à se lancer dans ce mar- ché.

14

BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

www.fnh.ma

Industrie du microcrédit

◆ L’opérationnalisation intégrale de la loi n°50-20 n’est pas encore possible en raison de l’absence de décrets d’application. ◆ D’après les professionnels, le retour du niveau nominal d’avant crise prendra plus de temps que prévu. La transformation se fait toujours attendre L a centralité de la microfinance est reliée à sa forte pro- pension à inclure économiquement et La priorité du moment Interrogé sur l’opération- nalisation de la loi n°50- 20, Youssef Bencheqroun, Directeur général d’Al Amana Microfinance, apporte une précision de taille. Par M. Diao

lieu de rappeler l’élaboration du décret du 7 août 2019, qui a relevé le plafond maximum des prêts à 150.000 DH contre (50.000 DH auparavant). La mise sur pied de la loi n°50- 20 relative au microcrédit est également un fait majeur. Ce dispositif juridique est censé, entre autres, transformer le secteur du microcrédit, l’inté- grer dans le système finan- cier, tout en améliorant la gouvernance. Sachant que le champ d’activité des établis- sements de la microfinance est élargi par la loi n°50-20 qui permet, outre l’octroi de microcrédits de la part des établissements de microfi- nance, la collecte des dépôts et les opérations de la micro- assurance. Concrètement, en vertu de l’instrument juridique précité, les entités de micro- finance peuvent dispenser, au profit de leurs clients, des prestations de conseil, de formation et d’accompagne- ment technique en matière de microcrédit.

de 2019. Or, nous n’y sommes pas encore», explique notre interlocuteur. Faudrait-il le rappeler, à l’instar de plusieurs pans de l’économie nationale, les paramètres de sortie de crise échappent au contrôle du secteur du microcrédit. L’actuelle fermeture des fron- tières, qui a mis à genoux le tourismeet d’autres secteurs et professions (artisanat, guides touristiques, restauration tou- ristique, location de voitures, etc.), n’est pas sans impact sur l’industrie du microcrédit. «Le risque de sécheresse qui se profile constitue une source d’inquiétude pour notre busi- ness» , analyse le patron d’Al Amana Microfinance. Rappelons que selon les chiffres disponibles sur le site de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM), l’encours du micro- crédit a évolué de 9,77% entre le premier trimestre de 2020 et celui de 2021. Il est ainsi passé de 7,44 Mds de DH en mars 2020 à 8,16 Mds de DH à la même période de 2021. Et ce, avec en prime une amélio- ration au niveau des montants débloqués entre le 1 er trimestre 2020 et le 1 er trimestre de l’an- née 2021. Concrètement, le montant des prêts débloqués a augmenté de 22.6% en 2021 pour atteindre 728 MDH. Youssef Bencheqroun est for- mel. Eu égard à l’ampleur de la crise, prolongée par le variant Omicron, il faudra du temps pour que la loi n°50-20 fasse bouger les lignes du marché. Pour l’heure, la fiscalité, jugée prohibitive, suscite une pos-

socialement les personnes aux revenus très modestes, donc peu attrayantes pour les établissements bancaires classiques et les compagnies d’assurances. Pour avoir un ordre de grandeur, le nombre de clients actifs a connu une baisse pendant le 1er trimestre 2021 à 886.109, soit un repli de 1.66% par rapport au même trimestre de 2020. Conscients du fort impact économique de la microfinance sur les populations dépourvues de revenus conséquents, les pouvoirs publics ont pris au cours des dernières années des mesures significatives allant dans le sens du ren- forcement de la capacité de financement et de la transfor- mation des établissements de microcrédit. A ce titre, il y a

«L’opérationnalisation inté- grale de la loi n’est pas encore possible en raison de l’ab- sence de décrets d’applica- tion. La question cruciale de la fiscalité n’est pas encore tranchée» , révèle le patron de l’établissement. La crise liée à la pandémie a joué le rôle de ralentisseur pour l’arri- vée des différents décrets d’application. Pour l’heure, la fiscalité constitue une épine dans le pied des entités de microfinance, conscientes de la nécessité d’investir davan- tage le segment du finance- ment des TPE. Ce qui revient à prendre plus de risques. Or, une telle orientation suppose le renforcement des fonds propres qui ne doivent pas être grevés par une lourde fis- calité pénalisante. La matière

Al Amana Microfinance a déve- loppé un portefeuille Corporate expérimental qui pèse entre 10 et 15% de son porte- feuille global.

fiscale constitue un point d’achoppement, puisque dans le contexte pan- démique, l’Etat a besoin de plus de recettes fis- cales afin de financer les dépenses croissantes de la collectivité. La crise liée à la covid-19 a également amené certains acteurs de la microfinance à reconsi-

A en croire les professionnels, la hausse des créances en souf- france en 2021 serait une manifes- tation des consé- quences de la crise.

dérer l’ordre de leurs priorités. «Nous sortons d’une année de crise qui n’est pas encore der- nière nous. Tout l’enjeu est de revenir au niveau nominal d’avant crise, c’est-à-dire celui

15

BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

www.fnh.ma

ture attentiste de la part des acteurs majeurs du secteur, qui voient dans la mésofinance un véritable relais de croissance et de transformation. Pour rappel, la mésofinance est par- ticulièrement adaptée aux TPE, aux PME et aux auto-entrepreneurs, les- quels peinent à trouver des offres de financement adaptées à leurs besoins et aux réalités de leurs acti- vités.

de microcrédit a développé un por- tefeuille Corporate expérimental qui pèse entre 10 et 15% de son porte- feuille global. L’objectif à terme est d’être plus actif sur le segment du financement des TPE, un métier nouveau pour l’établissement de microfinance. Au final, d’après les professionnels, le retour du niveau nominal d’avant crise prendra plus

de temps que prévu. En revanche, il est de bon augure de consta- ter que la loi n°50-20, qui autorise la collecte des dépôts, élargit la fenêtre d’opportunités d’une crois- sance différente pour l’industrie de la microfinance. «En termes de busi- ness, le cap de la transformation a un effet de levier» , conclut Youssef Bencheqroun. ◆

risque est encore patent. Près d’ ¼ de nos créances sont compro- mises sous l’effet de la pandé- mie» , révèle notre source. En dépit de ce contexte délicat, Al Amana Microfinance, dont jusqu’ici le cœur de métier a été, entre autres, le financement des activités généra- trices de revenus (AGR), mise sur les TPE. Pour preuve, l’établissement

Hausses des créances en souffrance

A en croire les professionnels, la hausse des créances en souffrance en 2021 serait une manifestation des conséquences de la crise. «Le

Les transformations majeures qu’apporte la loi n° 50-20 rela- tive au microcrédit, publiée au Bulletin officiel en juillet 2021, constituent une réponse aux doléances de plusieurs acteurs majeurs d’un secteur, aujourd’hui, résolument déter- miné à accroître ses parts de marché en matière de finan- cement des TPE. Composé de vingt articles, le texte prévoit entre autres, les formes que peuvent adopter les établisse- ments de microcrédit. En clair, ces derniers peuvent opter soit pour le statut d’associa- tion, soit pour celui de société anonyme (SA). Sachant que les associations ne peuvent pas gérer directement le ser- vice de microcrédit et doivent créer, à cet effet, des sociétés anonymes. Il importe de rap- peler que le même dispositif juridique précise les conditions requises pour l’exercice de l’ac- tivité. Les sociétés anonymes créées doivent être des établis- sements de crédit constitués conformément à la loi n°103- 12 relative aux établissements de crédit et organismes assimi- lés, puisqu’il est interdit aux associations de microcrédit de collecter des fonds auprès du public. Une loi transformatrice

16

BOURSE & FINANCES

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 13 JANVIER 2022

www.fnh.ma

La Livre turque craque L a Turquie traverse une crise de change sans précédent. La Livre n’arrive pas à freiner sa dégringolade : elle a perdu 46% de sa valeur en 2021, Par Omar Fassal *

mique, stimuler la création d’emplois, et in fine, stabiliser le change pour mettre un terme à l’inflation. Un rai- sonnement non-orthodoxe, qui va à l’encontre aussi bien de la théorie que de l’expérience. Nombreuses sont les Banques centrales dans l’histoire qui se sont lancées dans cette fuite en avant, convaincues de pouvoir freiner l’infla- tion au bon moment, avant que celle-ci ne s’emballe. Pour pallier cette crise, la Turquie a annoncé deux mesures phares. La première est le relèvement du salaire minimum de +50% à 274 dollars en 2022, ce qui concerne 40% des travail- leurs. Cette mesure louable sur le court terme– car elle offre un supplément de pouvoir d’achat aux travailleurs dure- ment touchés par la hausse du coût de la vie – aura un effet contreproductif sur le moyen terme. Elle risque de mettre en place un cercle vicieux, fait de hausse des prix, de hausse des salaires, qui provoque une nouvelle hausse des prix. La seconde mesure phare est la mise en place d’une couverture contre la dépré- ciation future de la Livre. Au moment où les ménages et les entreprises cèdent la Livre pour placer leur épargne sur des comptes en dollars et se protéger contre la baisse, l’exécutif tente de mettre un terme à cette dollarisation. Les banques vont offrir – uniquement aux particuliers – des comptes cou- verts contre toute dévaluation future. Les fonds doivent être bloqués entre 3 et 12 mois. Le client obtiendra un taux d’intérêt sur son dépôt rémunéré par la banque. Si jamais la baisse de la Livre face au Dollar dépasse le ren- dement offert par le compte, l’Etat s’engage à payer la différence pour que le client conserve a minima la valeur de son capital en Dollar. Cette démarche est également contreproductive, car si jamais la Livre se déprécie, l’Etat compensera la différence certainement en empruntant auprès de la Banque centrale. Cela correspondra à une nou- velle injection monétaire, et accentuera l’inflation, alors que l’inverse est requis. De plus, pareille mesure peut s’avérer

avec un effondrement brutal sur les deux derniers mois de l’année. Mais pour comprendre la crise que traverse l’économie turque, il faut prendre du recul et remonter à 2016. Cette année- là, un coup d’Etat avorté a plongé le pays dans l’incertitude. Les perfor- mances de l’économie turque ne sont plus les mêmes, avant et après ces événements. Avant 2016, la croissance réelle moyenne du PIB s’élevait à +7,3%; depuis elle a été divisée par deux à +3,8%. La croissance réelle moyenne du PIB par habitant est passée de +6,0% avant, à +2,5% après. Le taux de chômage est passé d’une moyenne de 9,6% à 12%. Le déficit budgétaire de -1,7% du PIB à -3,9% avant le Covid, puis à -5,5% après la crise sanitaire. Le solde budgétaire primaire (c’est-à-dire avant le remboursement de la dette) est passé d’un surplus de 0,5% du PIB à un déficit de -2,5%. La dette publique brute de 27% du PIB à 38% en 2021. Depuis 2016, les investissements directs étrangers (IDE) en Turquie sont sur une trajectoire baissière, passant de près de 18,5 milliards de dollars en 2015 à 7,5 milliards en 2020. Ces entrées de capitaux sont importantes, car malgré les prouesses avérées de ses industries exportatrices, l’écono- mie turque reste cloitrée dans un déficit commercial structurel de -6% du PIB en moyenne, avec un taux de cou- verture de 78% des importations par les exportations. L’économie turque compte donc beaucoup sur les entrées de capitaux et sur les revenus du tou- risme pour compenser sa balance com- merciale déficitaire. Certes, l’inflation dans les pays émer- gents est supérieure à celle des pays développés en raison d’une plus forte croissance, et bien sûr, l’inflation turque

a toujours été élevée – de l’ordre de +7,8% entre 2009 et 2016 –, mais 2021 a marqué une hausse conséquente. L’inflation moyenne avait déjà doublé pour atteindre +14,6% entre 2017 et 2020. Puis en 2021, la Turquie n’a pas échappé à la tendance mondiale infla- tionniste, alors que le niveau était déjà élevé, pour atteindre des chiffres jamais atteints depuis 20 ans : un pic de +36% en décembre sur une année glissante, une hausse des prix de l’électricité de +125% pour les industriels et de +50% pour les particuliers. Cette inflation a pesé à la baisse sur le taux de change. Dans ce contexte marqué par une infla- tion galopante, un taux de change sous pression, et un resserrement de la poli- tique monétaire des grandes Banques centrales (FED et BOE), la Turquie aurait dû relever son taux directeur. Mais les autorités ont refusé. Pire encore, elles ont choisi le chemin inverse. Elles ont baissé le taux en septembre de 19% à 18%, en octobre à 16%, en novembre à 15%, puis en décembre à 14%. L’effet sur le change fut immédiat, provoquant un crac de la Livre. La Banque centrale et l’exécutif défendent l’idée que des taux bas vont booster les exportations et les investis- sements, relancer la croissance écono-

Au moment où les ménages et les entre- prises cèdent la Livre pour placer leur épargne sur des comptes en dollars, l’exécutif tente de mettre un terme à cette dollarisation.

Page 1 Page 2 Page 3 Page 4 Page 5 Page 6 Page 7 Page 8 Page 9 Page 10 Page 11 Page 12 Page 13 Page 14 Page 15 Page 16 Page 17 Page 18 Page 19 Page 20 Page 21 Page 22 Page 23 Page 24 Page 25 Page 26 Page 27 Page 28 Page 29 Page 30 Page 31 Page 32 Page 33 Page 34 Page 35 Page 36

fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker