FNH 992

Du 30 jui l let 2020 - 8 DH - N° 992

Directeur de la publ ication : Fatima Ouriaghl i

Gestion de la crise

P. 8/9 Les actes forts du Roi P. 50/51

Entretien avec Hicham Zanati Serghini, DG de la CCG «Nous n'avons pas pour vocation de concurrencer les banques»

P. 10/11

Marocains résidant à l’étranger

Politique «Le Souverain est interventionniste parce que le gouvernement est défaillant» ● Si le gouvernement assumait vraiment la plénitude de ses attributions, ce serait un grand acquis et la monarchie serait moins directive et moins exécutive. ● Entretien avec Mustapha Sehimi, professeur de droit et politologue.

Les trois priorités de Nezha El Ouafi

P. 52 à 55

P. 32/34

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massi ra El Khadra, Casablanca - Tél. : ( 0522) 98.41.64/66 - Fax : ( 0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

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S OMMAIRE

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Actualité Voyons voir : Covid-19 : Ils ont oublié tous ces morts ! Ça se passe au Maroc

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Bourse & Finances Point Bourse : Dans un marché creux, les actions tergiversent Entretien avec Hicham Zanati Serghini : Transformation de la CCG en SA, «La SNGFE n’a pas vocation à faire concurrence aux banques universelles» Réglementation bancaire : L’adoption des nouveaux textes en stand-by Entretien avec Laila El Andaloussi : Loi de Finances rectificative, «Les exigences de la relance ont pris le pas sur certains équilibres budgétaires» Monétique : Touchée par la crise, l’activité baisse au 1 er semestre Entretien avec Idriss Bensmail : BMCI confirme sa résilience malgré les soubresauts de la crise Bourse de Casablanca : Le marché intègre déjà la baisse de la capacité bénéficiaire en 2020 Bourse de Casablanca : Comment l’envolée des métaux précieux a profité aux minières Entretien avec Younes Benboujida : «Nous gardons le cap avec une vision claire de notre trajectoire» Bourse news

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Editorial Par Fatima Ouriaghli

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RAID MEURTRIER COVID-19

N ous n’avons cessé de tirer la sonnette d’alarme quant à la désinvolture dont font preuve nombre de citoyens. Les autorités, aussi, ont réitéré les appels envers la collectivité pour l’inciter au respect des mesures barrières afin de limi- ter la propagation du coronavirus. Cela n'a rien changé. Pour cer- tains, le déconfinement rime avec liberté retrouvée, laxisme et sur- tout une terrible inconscience par rapport à une réalité : la Covid-19 est là. Plus meurtrière que jamais. Au-delà de l’augmentation du nombre des nouvelles contami- nations, ce sont les cas graves et la hausse substantielle des décès qui inquiètent. Car, même au plus fort de cette crise sanitaire, jamais le Maroc n’avait enregistré autant de morts du coronavirus. Le déconfinement n’a pas réussi au Royaume. Ce qui légitime d’ailleurs que les autorités aient décidé de boucler 8 villes marocaines (www.laquo- tidienne.ma). C’est la première étape d’une sanction qui guettait la population. Et la seconde étape, si les citoyens n’adoptent pas la bonne attitude, sera un retour au confinement. Le ministre de la Santé a lancé tout dernièrement un avertissement dans ce sens : « un reconfinement reste envisa- geable à tout moment en cas de non-respect des mesures de prévention et de sécurité, puisque le virus est toujours présent et

guette la moindre occasion pour se propager davantage ». Aujourd’hui, nous sommes à une étape décisive dans la lutte contre le coronavirus. Les autorités ont confiné la population pendant plusieurs mois pour assurer leur protection et les préserver de ce virus. Elles ont ensuite déconfiné pour donner du souffle à l’écono- mie, tout en comptant sur le sens de la responsabilité des citoyens afin de respecter les mesures pré- Au-delà de l’augmenta- tion du nombre des nou- velles contaminations, ce sont les cas graves et la hausse substantielle des décès qui inquiètent. ventives sanitaires édictées. Elles ont fait le job. Aux citoyens, maintenant, de faire le leur. Chacun, à son niveau, doit assumer sa responsabilité. Celle du respect des mesures barrière. Celle de se protéger et donc de protéger son entourage. Celle d’éviter d’être les vecteurs de propagation de la Covid-19. En l’absence de vaccin, il n’y a qu’un seul remède contre ce fléau : notre comportement. Prenons-en conscience ! Une bonne fois pour toutes ! u

Economie Tourisme : L’espoir d’un rattrapage parti en fumée Retour des ressortissants marocains : Un casse-tête… chinois Marocains résidant à l'étranger : Les trois priorités de Nezha El Ouafi pour les MRE Entretien avec Xavier Tytelman : Covid-19 / Vols spéciaux, La décision du Maroc jugée anticoncurrentielle Relation client : Les opérateurs s’adaptent à la crise Nouveau modèle de développement : Un projet authentiquement marocain Entretien avec Mohamed Amrani : «Les réformes initiées par le Maroc ont amélioré le climat des affaires» Climat des affaires : Il faut miser encore plus sur le digital Entretien avec Nesrine Roudane : Climat des affaires, «La numérisation des procédures doit être effective ...» Marché du travail : Le Big Data, un nouveau moyen de prédiction Exportations marocaines : Les professionnels retiennent leur souffle Entretien avec Danielle Tobias : Intensifier la R & D pour contrer la Covid-19

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Politique Gestion de la crise : Les actes forts du Roi Entretien avec Mustapha Sehimi : «Le Souverain est interventionniste parce que le gouvernement est défaillant» 50 52

Focus Agricole Génération Green : Des ambitions plus fortes que le PMV 56 L'univers des TPME TPME technologiques : La demande, source d’inquiétude 57

Développement durable Etudes d’impact environnemental : Le Maroc bétonne son arsenal juridique Energies propres : Vers la révolution de la batterie lithium-ion 60 61

Culture Fatima Ezzahra El Jaouhari : L’enchanteresse Expositions : Un été haut en couleur

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Tribune libre Les PME doivent être au cœur de la relance économique Insuffisance rénale chronique

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• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com • Directeur des rédactions &Développement : DavidWilliam • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Adil Hlimi, Momar Diao, Youssef Seddik, Badr Chaou, Khalid Aourmi • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique &maquettiste : Abdelillah Chamseddine •Mise en page : Zakaria Beladal • Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri, Salma Benmakhlouf, Rania Benchaib • Administratif : Fatiha Aït Allah, Nahla Sahlal • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Maroc Soir • Distribution : Sapress • Tirage entre 15.000 et 18.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05

V OYONS VOIR

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Covid-19 Ils ont oublié tous ces morts !

Par D. William

L es citoyens se sont tirés une balle dans le pied. Le laxisme outrancier dans l’application des mesures barrières a fata- lement conduit à un dur- cissement des mesures de restriction. L’interdiction de déplacement de et vers huit villes marocaines a ainsi plongé des milliers de citoyens dans le désarroi, surtout ceux pour qui l’Aid Al-Adha est l’occasion de voyager pour célébrer cette fête musulmane en famille. Voilà ce qui arrive quand on fait fi des appels incessants des autorités à respecter le port du masque, la distan-

ciation physique, les règles d’hygiène… Le Maroc était pourtant sur la bonne voie, avec une ges- tion exemplaire de la pandé- mie de la Covid-19, saluée d’ailleurs à l’international. A-t-on alors failli, pour en venir à remettre en quaran- tainehuit villesduRoyaume ? Doit-on, aujourd’hui, en vou- loir aux autorités ? A la première question, nous répondrons par l’affirmative. Mais en situant les respon- sabilités. Les seuls fautifs dans cette hausse vertigi- neuse des cas de conta- mination et des décès sont les citoyens. Le déconfine- ment «libérateur» leur a fait

perdre le sens de la réalité pour les plonger dans une insouciance coupable face à un virus qui sévit toujours. Et qui fait de leur légèreté un terreau propice à sa pro- pagation. Ils ont oublié ces patients en souffrance dans les hôpitaux. Ils ont oublié tous ces soignants qui se Pour quelques incons- cients qui, de par leurs comportements désin- voltes, répandent les miasmes du coronavirus, la punition est collective.

démènent jour et nuit pour être aux côtés des malades, quitte à mettre leur vie en danger. Ils ont oublié ces morts par dizaines et toutes ces familles endeuillées qui n’ont pu rendre l’hommage qui sied à leurs proches dis- parus. Bref, pour quelques incons- cients qui, de par leurs com- portements désinvoltes, répandent les miasmes du coronavirus, la punition est collective. Alors, pour répondre à la seconde question, on ne peut rien reprocher aux autorités. Lesquelles ont toujours pris les mesures qu’il faut au moment où il le

fallait. Boucler huit villes n’a pas été une décision facile, sur- tout que le Maroc tablait sur le déconfinement pour relancer une économie qui est sur les rotules. Mais c’est une décision doulou- reuse qu’il fallait prendre. Et qui est en phase avec la doctrine prônée par les autorités depuis le début de cette crise sanitaire : priorité à la préservation de la santé des citoyens. Il faut donc espérer qu’une telle décision fera, enfin, grandir certains et leur fera prendre conscience que nous sommes toujours en guerre contre la Covid-19. ◆

oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 52 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du série.

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Ç A SE PASSE AU MAROC

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Le Roi ordonne des investigations Cacophonie au Conseil de la concurrence

A l’occasion de la Fëte du Trône et de l'Aïd Al-Adha, La Direction de JMA Conseil et l’ensemble du personnel de Finances News Hebdo, d’Autonews, de L@Quotidienne et de Boursenews présentent leurs voeux déférents à SA MAJESTÉ LE ROI MOHAMMED VI Que Dieu Le glorifie Son Altesse Royale le Prince Héritier Moulay Al Hassan, Son Altesse Royale la Princesse Lalla Khadija, Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid, à l’ensemble de la glorieuse Famille Royale, ainsi qu’au peuple marocain. La crainte du reconfinement plombe l’activité des entreprises freinée par plusieurs facteurs, dont prin- cipalement la baisse de la demande locale selon 76.6% des entreprises, et les difficultés finan- cières avec 62.3%. Selon une enquête du haut-commissariat au Plan (HCP), 71% des entreprises appréhendent également un retour au confinement. Par catégorie d’entreprises, 50% des TPE ont déclaré que les mesures restrictives mises en place par les autorités administratives afin de limiter la propagation de la Covid-19 constituent une entrave à une reprise normale de l’activité de l’entreprise. Ce taux atteint 45% pour les PME et près de 36% chez les grandes entreprises (GE). ■ L a reprise nor- male de l’acti- vité après le confinement est

L e Roi Mohammed Vi a reçu le jeudi 23 juillet 2020 une note du président du Conseil de la concurrence relative à la «décision du Conseil» sur les «éven- tuelles ententes des sociétés pétrolières et du Groupement des pétroliers du Maroc». Selon un communiqué du cabinet royal, “dans cette note, le président porte à la Très Haute Attention de Sa Majesté le Roi, la teneur de «la décision adoptée par la plénière, le mercredi 22 juillet par 12 voix pour et 1 voix contre» d’infliger une sanction pécuniaire d’un montant de «9% du chiffre d’affaires annuel réalisé au Maroc pour les 3 distributeurs leaders et d’un montant infé- rieur pour les autres sociétés”. Le Roi a reçu, mardi 28 juillet 2020, une deu- xième note du même président du Conseil de la concurrence portant sur le même sujet et par laquelle l’intéressé informe le Souverain du «montant des sanctions infligées» aux distributeurs, lors de la plénière du 27 juillet. Cette fois-ci, le montant est fixé à hauteur de 8% du chiffre d’affaires annuel sans dis- tinction entre les sociétés et sans aucune indication sur la répartition des voix. Par ailleurs, le Souverain a également reçu le 28 juillet 2020, une fiche émanant de plu- sieurs membres du Conseil dans laquelle ces derniers relèvent que «la gestion de ce dossier a été caractérisée par des transgres- sions de procédure et des agissements de la part du président qui entachent la qualité et l’impartialité de la décision prise par le Conseil». A cet égard, les signataires évoquent les griefs suivants : • Communication dommageable à l’examen

de l’affaire et à la crédibilité du Conseil; • Passage forcé au vote avant que le débat ne soit clos; • Interprétation tronquée et violation de l’article 39 de la loi relative à la liberté des prix et de la concurrence; • Opacité de la procédure d’instruction, mar- quée par un partage sélectif des documents; • Non satisfaction des requêtes desmembres en vue d’un examen équilibré des arguments avancés par les sociétés; • Comportement du président qui laisse penser qu’il agit sur instructions ou selon un agenda personnel. Compte tenu de ce qui précède et au regard de la confusion qui entoure ce dossier et des versions contradictoires présentées, le Roi, fermement attaché à l’indépendance et à la crédibilité des institutions et garant de leur bon fonctionnement, a décidé la constitution d’une commission ad-hoc chargée de mener les investigations nécessaires à la clarifi- cation de la situation et de soumettre à sa Haute attention un rapport circonstancié sur le sujet dans les meilleurs délais. Le Souverain a désigné comme membres de ladite commission les hauts responsables suivants : • Les 2 présidents des Chambres du parle- ment; • Le président de la Cour constitutionnelle; • Le président de la Cour des comptes; • Wali de Bank Al-Maghrib; • Le président de l’Instance de la probité, de la prévention et de la lutte contre la cor- ruption. La mission de coordination sera assurée par le secrétaire général du gouvernement. ■

B OURSE & F INANCES

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Point Bourse Hebdo

Dans un marché creux, les actions tergiversent ◆ L'activité sur le marché casablancais, dans ces semaines estivales, plombée par l'absence d'une partie des opérateurs. ◆ Les volumes y sont injectés au compte-gouttes, alors que la volatilité est au plus bas.

Evolution de l'indice Masi depuis juin 2019

le marché central. Taqa Morocco a dominé les échanges (28,73%) grâce à des opérations de reclassement opérées lors de la séance du 24 juillet. Elle est sui- vie par Maroc Telecom (13,11%), Attijariwafa bank (7,43%) et Managem (7,17%). La configuration actuelle du mar- ché pousse les investisseurs par- ticuliers à s’en éloigner. De ce fait, les institutionnels deviennent passifs en attendant les résultats semestriels qui devraient générer quelque peu de la volatilité. Physionomie du marché Au niveau de la physionomie, 25 valeurs sur les 75 de la cote ont terminé la période dans le vert,

contre 36 dans le rouge, tandis que les 14 autres valeurs sont demeurées inchangées. Sur le plan sectoriel, les minières ont signé la plus forte hausse de la semaine avec un gain de 9,15%. Cela s’explique par la hausse des cours des métaux précieux (or et argent) sur les marchés internationaux. L’or a d’ailleurs marqué un sommet historique à 1.940 dollars l’once. Les secteurs «Ingénieries et biens d'équipement industriels» et de la «Chimie» ont également gagné 8,09% et 7,61%, respec- tivement. À l’opposé, le secteur du Transport (-5%) a subi la plus forte baisse, suivi de celui de la

distribution (-3,49%), de l’hôtel- lerie et de l'immobilier, qui ont lâché 2,98% et 2,58% respecti- vement. Éléments techniques À court terme, le Masi latéralise autour du seuil pivot des 10.200 points. La MM20 J s'aplatit pour indiquer l'absence de tendance sur un horizon court. Elle joue aussi le rôle de support pour le moment. En données hebdomadaires, la MM 20s fait office de résistance dynamique. Elle coiffe les cours du Masi depuis début mai. A moyen terme, la tendance est toujours baissière sous 10.880 points. ◆

Par Y. Seddik

C ette période de creux estival est rarement propice aux rallyes boursiers. Une partie des opérateurs «juille- tistes» est en vacances, l'autre se tient à carreau en attendant des jours meilleurs. Autant dire que la chaleur les a fait fuir et a fait évaporer leurs convictions. En manque d’orientation, le mar- ché a marqué un retrait de 0,57% à 10.280 points sur la semaine du 21 au 28 juillet. Les échanges, quant à eux, se maintiennent sur les mêmes niveaux dernièrement observés. Il s'est échangé 385,05 MDH sur

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cadre légal régissant cette institution dans le but de lui permettre d’accompagner les stra- tégies et politiques publiques en matière de facilitation de l’accès au financement des entre- prises publiques et privées, des établissements publics et des autres populations ciblées par l’Etat. Cette transformation vise également à adop- ter un cadre juridique permettant d’introduire de bonnes pratiques en ce qui concerne les modalités de gouvernance de la «SNGFE», qui demeure une entreprise publique, et également de la soumettre aux mêmes règles imposées aux sociétés privées, en matière de responsa- bilité et de transparence dans le processus de sa gestion. F.N.H. : Une société anonyme se doit d'être performante financièrement. N'est-ce pas en conflit avec votre mis- sion de «facilitateur» d'accès au finan- cement ? H. Z. S. : La mission de la Société nationale de garantie et du financement de l’entreprise, en continuité à celle de la CCG, demeure d’intérêt général et consiste principalement en la facilita- tion de l’accès au financement des cibles préci- tées. Ainsi, le bénéfice attendu des activités de

Transformation de la CCG en SA

«La SNGFE n’a pas vocation à faire concurrence aux banques universelles» ◆ La CCG devient la Société nationale de garantie et de financement de l’entre- prise, une société anonyme dont le capital est intégralement détenu par l’Etat. ◆ L’élargissement de la mission de la nouvelle société vise principalement l’accompagnement des orientations et politiques publiques en matière de facili- tation d’accès au financement des EEP. ◆ Tour d’horizon sur les tenants et les aboutissants de cette transformation avec son Directeur général, Hicham Zanati Serghini.

la Société nationale n’est pas le même que celui de toute société commer- ciale et se mesure par son impact sur le développement socioéconomique du pays. Ceci étant, la «SNGFE» est appelée à être per- formante dans la réalisation de cette

Au 20 juillet, ce sont plus de 7.000 entre- prises qui ont pu bénéficier de l’offre «Relance» pour un volume de crédit de 8,7 milliards de DH.

mission à travers une gouvernance alignée sur les meilleures pratiques et l’adoption d’un dis- positif financier et prudentiel solide. F.N.H. : Le projet de loi évoque l'élar- gissement des missions de la CCG. Pouvez-vous nous en dire plus ? H. Z. S. : Parmi les objectifs de la loi portant transformation de la CCG en société anonyme, l’élargissement de son champ d’intervention pour couvrir de sa garantie les entreprises et établissements publics. L’élargissement de la mission de la nouvelle société vise principalement l’accompagne- ment des orientations et politiques publiques en matière de facilitation d’accès au finance- ment aux entreprises et établissements publics, et ce compte tenu de leur poids et de leur rôle stratégique et important dans l’économie nationale. Ces entreprises et établissements

Hicham Zanati Serghini : L’amendement du cadre juridique de la Caisse centrale de garantie s’inscrit dans le sillage d’une réflexion menée par les instances de cette institution et visant l’implémentation des bonnes pratiques interna- tionales en matière de garantie. Cette réflexion a abouti à la transformation de la CCG en une société anonyme dénommée «Société nationale de garantie et du financement de l’entreprise» (SNGFE). Ainsi, la transformation en question a pour objectif principal de revoir et de moderniser le

Propos recueillis par A. Hlimi

Finances News Hebdo : Le Conseil de gouvernement a adopté le projet de loi n°44.20 modifiant et complétant la loi relative aux établissements de crédit et organismes assimilés. Ceci dans l'objectif d'accompagner la transforma- tion profonde de la CCG - future Banque publique de l'entreprise - en société anonyme. Qu'implique cette transfor- mation pour vous ?

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publics connaissent aujourd’hui des difficultés en matière de financement de leurs activités, dont la levée des fonds auprès de bailleurs exige souvent le recours à la garantie de l’Etat qui sera assurée dorénavant par la «SNGFE». Cet élargissement concerne également l’octroi de crédits en appui à ceux distribués par le secteur financier et l’assistance aux entreprises cibles. F.N.H. : Justement, concernant l'octroi des crédits aux entreprises, allez-vous faire concurrence aux banques univer- selles ? H. Z. S. : La SNGFE n’a pas vocation à faire concurrence aux banques universelles, mais plutôt à procéder à des financements avec celles-ci de différentes opérations, dont notamment des programmes d’investissement et d’innovation initiés par le tissu productif. Ces financements viennent s’ajouter à ceux du sec- teur et apportent de l’additionnalité au marché en faveur des TPME, notamment celles opérant dans des domaines considérés prioritaires pour

les pouvoirs publics.

sant moins de 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires. Sans sûretés exigées, cette ligne de financement est plafonnée à 10% du chiffre d’affaires avec un minimum de 10.000 DH. Pour sa part, l’instrument «Damane Relance» est, quant à lui, destiné aux petites, moyennes et grandes entreprises réalisant un chiffre d’af- faires supérieur à 10 millions de DH, avec une quotité de garantie allant de 80% à 90%. Le montant du crédit garanti est fixé à un mois et demi de chiffre d’affaires pour les entreprises du secteur industriel, et à un mois de chiffre d’affaires pour les entreprises relevant des autres secteurs. Au 20 juillet 2020, ce sont plus de 7.000 entre- prises qui ont pu bénéficier de l’offre «Relance» pour un volume de crédit de 8,7 milliards de DH. Il serait opportun de préciser qu’en termes de répartition des crédits garantis selon les secteurs d’activité, les mécanismes «Relance» ont principalement profité aux secteurs du com- merce et de la distribution (32%), de l’industrie (31%), suivis des secteurs du BTP (16%) et des services (8%). ◆

F.N.H. : Enfin, pouvons-nous avoir un bilan d'étape sur l'évolution de Damane Relance. Commencez-vous à ressentir de l'intérêt ? Si oui, quelles sont les catégories d'entreprises (par taille) qui le demandent le plus actuellement ? H. Z. S. : Il faut rappeler que les deux nou- veaux produits de garantie «Relance TPE» et «Damane Relance», décidés par le Comité de veille économique (CVE), ont été mis en place afin d’assurer la reprise post-Covid-19 pour les TPE, PME et grandes entreprises. L’objectif de ces mécanismes de financement est de per- mettre aux entreprises un retour progressif à une activité normale en opérant un déblocage opérationnel de l’ensemble des maillons de la chaîne de valeurs économique. En effet, le produit «Relance TPE» est conçu en faveur des très petites entreprises (TPE), y com- pris les commerçants, artisans, coopératives et professions libérales. Il est destiné à garantir, à hauteur de 95%, les prêts des entreprises réali-

A l’occasion du 21 ème anniversaire de l’intronisation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Le Directeur Général et l’ensemble des collaborateurs de L’Agence Marocaine pour l’Efficacité Énergétique (AMEE) ont l’insigne honneur de présenter à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, leurs vœux les plus déférents, ainsi qu’à Son Altesse Royale le Prince Héritier Moulay El Hassan et à Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid et à toute la Famille Royale. Ils renouvellent à Sa Majesté l’expression de leur fidélité et de leur attachement indéfectible au Trône Alaouite et affirment leur engagement à accompagner, sous les Hautes Directives de leur Souverain, le processus de développement économique, social et environnemental que connaît le Royaume.

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Réglementation bancaire

◆ Bank Al-Maghrib a finalisé un ensemble de projets de textes réglementaires en 2019 dans le domaine prudentiel et de la finance participative. ◆ Compte tenu de la crise de la Covid-19, elle a décidé de différer leur adoption au 4 ème trimestre 2020. L’adoption des nouveaux textes en stand-by “L a Banque cen- trale a finalisé plusieurs pro- jets de textes réglementaires Par Y. Seddik BAM a préparé un projet de directive pour inciter les banques

à prendre en compte les risques financiers liés au chan- gement cli- matique.

en 2019. L'adoption était pré- vue pour le premier 2020; néan- moins, compte tenu de la crise sanitaire, leur adoption a été reportée au quatrième trimestre 2020 », a indiqué lundi 27 juillet 2020 Hiba Zahoui, directrice de la Supervision bancaire auprès de Bank Al-Maghrib, lors de la présentation du rapport annuel sur la supervision bancaire. Parmi les réformes les plus importantes, la directrice de la Supervision bancaire en a cité quatre. La classification et provi- sionnement des créances A l’issue des consultations avec la profession bancaire sur la réforme de la classification des créances, la Banque centrale a retenu une entrée en vigueur progressive et en 2 étapes : fin 2022 pour les dispositions régis- sant les créances en souffrance, et fin 2024 pour les dispositions régissant les créances sensibles. « Par ailleurs, une consultation a été effectuée auprès du Conseil national de la comptabilité sur le traitement comptable de l’impact de la première application selon les normes comptables maro- caines en vigueur pour l’établis- sement des comptes sociaux », signale H. Zahoui. Les dations en paiement et ventes à réméré Bank Al-Maghrib a également finalisé le cadre réglementaire

devant régir ces opérations à l’effet de mitiger le risque qui y est associé. Ce dispositif pré- voit la mise en place de règles comptables dédiées, l’édiction d’une directive fixant les bonnes pratiques en matière de gouver- nance et de gestion desdites opérations et l’introduction d’un traitement prudentiel spécifique des expositions sur les actifs acquis par voie de dations en paiement et ventes à réméré. Cette réforme sera accompa- gnée de la mise en place de dispositions transitoires visant à lisser son impact sur une durée déterminée. Selon nos infor- mations, ce lissage se fera sur cinq ans, sauf pour les nouveaux biens immobiliers acquis. La révision de la circulaire sur le ratio de liquidité LCR Dans le cadre de l’élaboration des textes prudentiels relatifs aux banques et fenêtres parti- cipatives, la circulaire de Bank Al-Maghrib n°15/G/13 relative au ratio de liquidité à court terme

des banques est en cours de révision à l’effet de couvrir les spécificités de l’activité bancaire participative. Dans le respect des exigences du Comité de Bâle et de l’IFSB (Islamic Financial Services Board), les principales adapta- tions portent sur l’intégration du traitement des Sukuk et autres titres équivalents dans la liste des instruments qualifiés d’ac- tifs liquides de haute qualité, ainsi que sur la prise en compte des instruments spécifiques tels que les dépôts d’investissement, les ressources collectées sous forme de Wakala Bil Isthitmar ou encore de Hamish Al Jiddiya recueillis auprès des clients pour sécuriser leurs demandes de financement. Risques financiers liés au changement climatique et à l’environnement Les problématiques environ- nementales sont considérées par la communauté interna- tionale des Banques centrales

et superviseurs, notamment le réseau « Network for Greening the Financial System » (NGFS), comme un type de risque dont les autorités de régulation doivent se saisir dans le cadre de leurs mandats à l’effet d’assurer la résilience du système financier. « Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib a préparé un projet de directive, qu’elle a partagé avec la pro- fession bancaire, à l’effet d’inci- ter les banques à prendre en compte les risques financiers liés au changement climatique et à l’environnement au niveau de leur gouvernance et leurs stra- tégies, à les comprendre et les évaluer et à renforcer leurs capa- cités dans ce domaine », indique la directrice de la DSB. Ce projet réglementaire appelle les banques à faire évoluer le dis- positif de gestion desdits risques au fur et à mesure du renforce- ment de l’expertise du secteur bancaire sur le sujet, pour tenir compte de la complexité de ce type de risque et de son carac- tère nouveau. ◆

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les entreprises n’ont pas les moyens de le faire. Nombreuses sont en arrêt et n’ont ni la capacité d’investissement ni les moyens financiers. Mais l’Etat doit assurer le meilleur équilibre entre une dépense publique nécessaire et son rôle de moteur de cette reprise. L’endettement auprès des ins- tances internationales peut être bénéfique tant que notre souveraineté n’est pas remise en cause. Un niveau raisonnable et soutenable de déficit devrait être maintenu. En tout cas, je pense que cette option reste, dans ce contexte, meilleure que de recourir à une fiscalité plus lourde. F.N.H. : Ne fallait-il pas laisser courir davantage le déficit budgétaire en soutenant plus les entreprises pour préserver les emplois ? L. A. : Le niveau du budget général de l’Etat en termes d’investissement a été porté à un montant important, sans marquer véritablement une rupture avec l’ortho- doxie budgétaire précédente. Le secteur informel a été fortement soutenu. La crise sanitaire a effectivement sévèrement sanc- tionné les entreprises. Mais, aujourd’hui, face à la réduction des recettes fiscales, il sera très difficile de soutenir davantage le tissu productif pour relancer la machine, à l’exception des secteurs dans le coma, qui méritent des mesures d’urgence. Les entreprises elles-mêmes doivent revoir leur mode de gestion pour dégager des niches et des moyens à même de mieux rationaliser leurs dépenses. Il y a des charges superflues et le respect d’une ortho- doxie financière, notamment par les dirigeants, est une réflexion qui pourrait émerger suite à la prise de conscience induite par la crise. F.N.H. : En tant qu’expert-comptable et com- missaire aux comptes, vous êtes bien au fait des problématiques auxquelles font face les entreprises marocaines en cette période de crise. Quelles sont les difficultés qui remontent le plus ? L. A. : Les mesures de confinement qui ont été prises, ont permis de sauver des vies mais, paradoxalement, ont eu un impact sur les grands agrégats de l’écono- mie, et sur les entreprises. Beaucoup de secteurs ont été exposés, comme vous le savez. Par excellence, le tourisme et la restaura- tion, mais aussi les secteurs exportateurs, le textile, le service, les industries agroalimentaires, les bâti- ments travaux publics… Les entreprises sont confrontées à des probléma- tiques de trésorerie, dont une part importante est orientée vers le paiement des salaires, charges sociales, mais aussi les fournisseurs. L’activité est en train de reprendre progressivement et les entreprises sont à court de fonds. Les mécanismes de financement et de garantie déployés par l’Etat, notamment le produit Damane Relance, qui promet d’apporter une bulle d’oxygène, offrent des conditions qui séduisent. Cependant,

Loi de Finances rectificative

«Les exigences de la relance ont pris le pas sur certains équilibres budgétaires» ◆ Dans cet entretien, Laila El Andaloussi, expert-comptable et dirigeante du Cabinet ABS Consulting, analyse avec lucidité la Loi de Finances rectificative et les mesures prises pour relancer l’économie nationale. ◆ Elle estime, par ailleurs, que les entreprises doivent revoir leur mode de gestion pour dégager des niches et des moyens à même de mieux rationaliser leurs dépenses.

(CVE), aujourd’hui l’heure est à la relance. La Loi de Finances rectificative qui vient d’être adoptée par la première Chambre n’a pas fait dans l’austérité. Les exigences de la relance ont pris le pas sur certains équilibres budgétaires. Car, dans ce contexte difficile, la priorité est à la consolidation des secteurs sociaux, à la relance de la demande, à l’amélioration de la couverture médi- cale et meilleure protection du citoyen, mais aussi à l’accompagnement des entreprises en proie à des difficultés graves. Le rôle de l’Etat dans cette politique de relance est incontournable. Principal consommateur et com- manditaire des marchés, il doit contribuer active- ment à l’effort d’investissement à un moment où

Propos recueillis par D. William

Finances News Hebdo : Quelle lecture faites-vous de la Loi de Finances rectificative ? Est-ce, selon vous, réellement un budget de relance économique ou s’inscrit-il plutôt dans une optique de préservation des équilibres macro- économiques ? Laila El Andaloussi : La Loi de Finances rectificative s’est imposée à nous en raison de ce contexte ins- table et alarmant. La croissance économique a été amputée de façon considérable. Les recettes fiscales se sont contrac- tées drastiquement. Après le plan de sauvetage mis en œuvre par le Comité de veille économique

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sonnelle, cette crise a-t-elle chan- gé votre rapport à l’entreprise marocaine d’une manière géné- rale ? L. A. : Cette crise a mis en évidence le besoin des entreprises en accompa- gnement sur le volet financier, tech- nologique, approche stratégique et fiscalité. L’entreprise doit développer son capital immatériel. Cela aura un impact sur le conseil qui doit être plus qualitatif et innovant. ◆

l’offre reste limitée à 10% du montant du chiffre d’affaires et reste insuffi- sante par rapport aux besoins néces- sités par la relance pour certaines TPE. F.N.H. : Pensez-vous, dans ce cadre, que tous les mécanismes sont actuellement réunis pour la relance économique ? L. A. : La relance doit d’abord se foca- liser sur les secteurs qui ont été très durement touchés. Pour ces derniers, il y a vraiment urgence et danger. Elles devraient, à mon avis, bénéfi- cier d’aides directes et de subven- tions pour couvrir leurs charges de structures fixes. Ce serait des méca- nismes à court terme qui permettraient de cibler directement les entreprises guettées par la mortalité pour que les bénéficiaires soient ceux réellement en difficulté. F.N.H. : Fallait-il d’autres leviers à activer et lesquels, compte tenu cependant des marges de manœuvre du gouvernement ? L. A. : Parmi les piliers de cette loi, il y a la préservation de l’emploi qui reste un facteur de cohésion sociale avant toute chose. Allouer des fonds spéciaux d’ici la fin de l’année et accompagner certains secteurs plus spécifiquement dans un cadre contractuel devraient se concrétiser dans les meilleurs délais. Face au problème du cash, le crédit Damane Relance n’est pas suffisant à mon avis, comme je l’ai souligné. Le système bancaire devrait davantage jouer le jeu, d’autant plus que la poli- tique monétaire a été activée à deux reprises cette année pour réduire les taux directeurs. Cette baisse devrait se répercuter au niveau des banques et concerner tous les types de crédit afin d’encourager davantage la reprise. F.N.H. : A la lumière des enseigne- ments tirés de cette crise, com- ment devrait donc se construire le modèle de développement en cours d’élaboration ? L. A. : La pandémie a été effectivement riche en enseignements. Le nouveau modèle de développement ne peut en faire l’impasse. Les contributions faites dans ce cadre ont intégré l’impact de la pandémie sur la vision future du Maroc de demain, de l’entreprise de demain, de la société de demain, à travers un nouveau para-

digme. Celui qui s’impose désormais privilégie une société plus inclusive, qui doit accélérer les changements et remettre en cause aussi notre système de santé, tel qu’il est actuellement. On devrait s’orienter vers une entreprise plus apprenante et collaborative dont le cœur et le centre sont le capital humain. Une entreprise qui arrive à mobiliser le génie, la compétence et le talent de ses acteurs et dont la digitalisation n’est qu’un processus

support et incontournable. Une régulation plus importante sur le plan international des échanges s’im- pose également, pour réduire notre dépendance en approvisionnement que la crise a mise à nu de façon alarmante. La transition écologique devient aussi une urgence. La fiscalité doit prendre pied dans ces ambitions comme levier incitant ces progrès.

F.N.H. : Enfin, question plus per-

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Monétique

◆ Le volume global de l’activité a reculé de 9,6% au premier semestre 2020. ◆ L'activité eCommerce maintient le cap, avec une progression de plus de 31% en nombre d’opérations. Touchée par la crise, l’activité baisse au 1 er semestre S ur fond de crise sani- taire qui s’est déclen- chée à la mi-mars 2020, l’activité nationale de la monétique rompt avec Par Y. Seddik Au terme du 1 er semestre, les cartes émises par les banques marocaines ont atteint 16,7 millions.

la bonne dynamique observée lors des dernières années. Ainsi, le volume global de l’activité, qui était en hausse de 7,8% durant le 1er trimestre 2020, a basculé pour terminer par un repli de 9,6% au terme du 1 er semestre 2020, selon le dernier rapport du CMI. Les réalisations globales de l’activi- té monétique, comprenant les opé- rations de retrait d’espèces sur le réseau des guichets automatiques, les opérations de paiement auprès des commerçants et eMarchands, les opérations de paiement sur les GAB et les opérations de Cash advance par cartes bancaires, maro- caines et étrangères, au Maroc, ont atteint durant le 1er semestre 2020, 171,5 millions d’opérations pour un montant global de 148,4 milliards de DH. L’activité est en régression de 13,4% en nombre d’opérations et de 9,6% en montant par rapport au 1 er semestre 2019. Durant le 1 er semestre 2020 et au Maroc, les cartes marocaines ont enregistré, en paiements et en retraits, 165,5 millions d’opérations

pour un montant de 140,8 milliards de DH, soit une baisse de 12,2% en nombre et de 6,8% en montant.

L’activité des paiements en ligne des cartes marocaines a progres- sé de 29,6% en nombre d’opéra- tions, en passant de 4,5 millions de transactions durant le 1 er semestre 2019 à 5,8 millions de transactions durant le 1 er semestre 2020, et de 26,2% en montant, en passant de 2,1 milliards de DH durant le 1 er semestre 2019 à 2,7 milliards de DH durant le 1 er semestre 2020. L’activité des paiements en ligne des cartes étrangères a progressé de 84% en nombre d’opérations, en passant de 141 mille transac- tions durant le 1 er semestre 2019 à 260 mille transactions durant le 1 er semestre 2020, et a régressé de 5,9% en montant, en passant de 191,2 millions de DH à 180,0 mil- lions de DH sur la même période, relève le rapport. L’activité reste très fortement domi- née par les cartes marocaines à hauteur de 95,7% en nombre de transactions et de 93,7% en mon- tant. Plus de 16 millions de cartes en circulation Au terme du 1 er semestre, les cartes

émises par les banques maro- caines ont atteint un encours de 16,7 millions de cartes, en hausse de 3% par rapport à fin 2019, dont 16,2 millions de cartes paie- ment & retrait sous les labels Visa, Mastercard et la marque nationale CMI. Cette croissance de l’encours est la conséquence d’une progression significative du nombre des cartes sous label Mastercard (+14,6%), d’une progression modérée du nombre des cartes sous label Visa (+3,6%), et d’une régression sen- sible du nombre de cartes sous label CMI (-5,1%), et enfin d’une régression prononcée des cartes privatives (-22,9%) par rapport au 31.12.2019, d’après la même source. L’encours des cartes CMI s’est établi à 3,4 millions de cartes au 30.06.2020. Les cartes prépayées, qui représentent un encours de 1,6 million de cartes, se déclinent en 62,7% de cartes sous label Visa, 28,4% de cartes sous label CMI, 8,4% de cartes sous label Mastercard et enfin 0,5% de cartes privatives. ◆

L'activité eCommerce maintient le cap

Les sites marchands et sites des facturiers affiliés au CMI ont réa- lisé 6 millions d’opérations de paie- ment en ligne via cartes bancaires, marocaines et étrangères, pour un montant global de 2,9 milliards de DH durant le 1 er semestre 2020, en progression de 31,3% en nombre et 23,6% en montant par rapport au 1 er semestre 2019, selon le CMI.

Le réseau des GAB s’étoffe au S1

Le réseau des guichets automatiques bancaires (GAB) a connu une extension de 0,7% à 7.667 GAB au cours des six premiers mois de 2020, soit l'installation de 54 nouveaux guichets. Ce réseau a réalisé durant le 1 er semestre (S1) de l'année en cours 132,8 millions de retraits effectués par les cartes bancaires marocaines et étrangères, en régression de 15,5%. Le ratio du nombre de cartes émises au Maroc par GAB, défini par le rapport de l’encours des cartes bancaires marocaines sur le nombre des GAB installés, ressort à 2.178 au 30 juin 2020, selon le CMI.

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Paribas. Les collaborateurs de la banque se sont mobilisés, au quotidien et sans relâche, pour contribuer au maintien de l’activité éco- nomique du Royaume. Tout au long de l’état d’urgence sanitaire, nos équipes œuvrent pour le maintien de la totalité de nos services. En fonction des situations, nos clients ont été orientés vers des solutions digitales. Durant cette période, tout a été mis en œuvre pour que notre banque participe activement au financement de l’économie nationale, à la maîtrise des impacts économiques et sociaux de la crise, et à favoriser une reprise d’activité durable. Cela s’est matérialisé par un certain nombre de mesures exceptionnelles, comme par exemple : • La contribution au Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du Coronavirus, créé sur hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à hauteur de 85 millions de dirhams.

• L’annulation des divi- dendes ordinaires et exceptionnels au titre de l’exercice 2019 en vue de faciliter l’accès aux crédits dans ces circonstances excep- tionnelles. • L’offre de solutions de financement adap- tées aux besoins des clients, notamment le report des échéances de crédits et la mise en place des solutions «Damane Oxygène», «Damane Relance» et «Relance TPE».

La BMCI dispose d’excellents indica- teurs en matière de ratios de solvabi- lité et de liquidité, parmi les meilleurs sur la place.

Banques

BMCI confirme sa résilience malgré les soubresauts de la crise ◆ Idriss Bensmail, membre du Directoire et Directeur général adjoint de la BMCI, revient pour Finances News sur les principaux faits marquants de la période de la crise sanitaire. Il apporte un éclairage édifiant sur les mesures prises par BMCI ainsi que les évolutions post-crise. ◆ Pour le DGA de la banque, sur la première moitié de juillet, la tendance est moins sombre que certains l’avaient prédit.

• La distribution des aides mises en place par l’État, telles que l’indemnité CNSS et les sub- sides pour les bénéficiaires et les non bénéfi- ciaires du Ramed. • L’engagement auprès de plusieurs associa- tions caritatives et organismes avec la distri- bution de dons financiers et matériels. Nous avons mis les valeurs de notre banque et sa résilience au service de la société et de l’intérêt de la Nation. Servir l’économie maro- caine est notre préoccupation permanente et nous œuvrons à son service pour une crois- sance saine et durable. Nous sommes et res- terons mobilisés pour accompagner la reprise de l’économie et dépasser cette crise. F.N.H. : Voyez-vous des signaux de reprise actuellement dans le com- portement de vos clients ? Que leur

En veillant à suivre rigoureusement toutes les mesures d’hygiène et de prévention néces- saires pour assurer la sécurité de nos collabo- rateurs et de nos clients, la BMCI a déclenché rapidement son plan de continuité d’activités afin d’assurer la pérennité des flux finan- ciers, de garantir les services attendus par nos clients, tout en les aidant à franchir cette crise sanitaire inédite et être prêts à faire face aux imprévus. Ces trois objectifs sont inscrits dans l’ADN de la BMCI et du Groupe BNP

Propos recueillis par A. Hlimi

Finances News Hebdo : Tout d'abord, parlez-nous de votre plan de continui- té d'activité durant la crise sanitaire ainsi que des mesures prises pour accompagner vos clients. Idriss Bensmail : Au cours de ce premier semestre 2020, nous avons été confrontés à un défi de taille : faire face à cette crise sans précédent liée à la Covid-19.

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offrez-vous pour les accompagner durant cette phase ? I. B. : La sortie de moratoire (les reports d’échéances) a lieu actuellement pour les différents segments de clientèle. Sans pour autant avoir encore une vision définitive, nous pouvons indiquer que nos clients sont pour la majorité en situation de faire face à leurs échéances. Cela dépend bien sûr du segment de client (particulier, professionnel, PME, grande entreprise, institutionnels) et des secteurs d’activité; mais dans l’ensemble, sur la première moitié de juillet, la tendance est moins sombre que certains l’avaient prévu, avec des signes encourageants. Il est néces- saire d’avoir plus de recul pour pouvoir ana- lyser ces éléments et nous devrions, au cours du troisième trimestre, toute chose étant égale par ailleurs, avoir plus d’éléments d’analyse. Afin de soutenir une reprise durable qui réta- blisse et renforce la croissance de notre éco- nomie, la BMCI s’est mobilisée auprès des particuliers et entreprises pour les aider à surmonter cette crise. Pour la clientèle entreprise, et dans la conti- nuité des actions menées par le Comité de veille économique, nous proposons les cré- dits «Damane Relance» et «Relance TPE», garantis par la CCG avec un taux d’intérêt exceptionnel de 3,5% (HT), dont le rembour- sement peut s’étaler sur 7 ans, avec un différé pouvant aller jusqu’à 2 ans. Notre objectif est de venir en aide à cette clientèle, dont la trésorerie a été fragilisée et leur permettre ainsi de sauvegarder les emplois. Nous avons adopté très rapidement de nou- velles pratiques digitales et de nouvelles solu- tions ont été proposées à nos clients : • le Chatbot multilingue accessible via l’appli- cation Messenger du réseau social Facebook et disponible aux utilisateurs 24H/24 et 7J/7, qui permet d’instaurer un dialogue interactif avec les clients et prospects. Nous avons été la première banque à le lancer; • le paiement sans contact pour une large gamme de cartes de paiement; • le lancement de Smart Flouss, solution de mobile paiement. Aujourd’hui, plus que jamais, nous restons mobilisés pour améliorer l’accompagnement de nos clients à travers des produits et des services innovants, qui répondent au mieux à leurs attentes. F.N.H. : Comment se comporte votre portefeuille en termes de risques ? I. B. : La BMCI dispose d’excellents indica- teurs en matière de ratios de solvabilité et de

Durant la période de la crise, BMCI a déclenché rapidement son plan de continuité d’activités afin d’assu- rer la péren- nité des flux financiers.

liquidité, parmi les meilleurs sur la place. Ces ratios démontrent la résilience de notre banque, l’efficacité de notre modèle écono- mique ainsi que la gestion anticipative des risques, qui caractérise le groupe. La BMCI a des fondamentaux financiers solides et béné- ficie de l’appui et de la solidité du Groupe BNP Paribas. Par ailleurs, et comme vous le savez, nous sommes heureux et fiers que l’agence inter- nationale de notation Fitch Ratings ait main- tenu au mois de mai 2020, durant le pic de la crise sanitaire, les ratings de la BMCI, traduisant sa solidité financière (Note à long terme : AAA (mar) - Perspective d’évolution de la note à long terme : Stable - Note à court terme : F1+ (mar)). Ces notations sont parmi les meilleures obtenues à l’échelle nationale. Nous suivons de près l’évolution de la crise et avons intégré ses premiers impacts dans la gestion dynamique de nos risques. F.N.H. : Enfin, quels sont pour vous les premiers enseignements de la crise ? Vous attendez-vous à l'émergence de nouveaux besoins clients ? I. B. : Cette crise sanitaire sans précédent a mis en avant la vulnérabilité des populations dans le monde, mais aussi de grands groupes internationaux comme les compagnies aériennes, les opérateurs touristiques, etc. A travers cette crise exogène au secteur finan- cier, nous vivons la plus importante récession

de ces dernières décennies, avec des impacts économiques et sectoriels majeurs. Au cours des derniers mois, d’importants moyens ont été mobilisés pour faire face à cette crise. En plus des impacts sanitaires, les conséquences sociales et économiques sont désormais tangibles. L’objectif aujourd’hui est d’en limiter les effets, notamment par notre accompagnement en tant que banque et la mobilisation d’importants moyens financiers pour assurer la capacité des entreprises de notre pays à rebondir de façon inclusive et résiliente. Des changements profonds seront à envi- sager dans nos modes de vies, dans notre façon de travailler, de consommer et d’appré- hender l’avenir. D’importantes transforma- tions en relation avec nos services financiers, nos modèles d’affaires et nos productions sont en train d’émerger et vont façonner les prochaines décennies dans le monde des affaires, mais aussi de la culture, du savoir et de la médecine. ◆ D’importantes transformations en relation avec nos services finan- ciers, nos modèles d’affaires et nos productions sont en train d’émerger.

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